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Full text of "Précis du cours de statistique, générale et appliquée;"

PRÉCIS 

DU 

COURS DE STATISTIQUE 

GÉNÉRALE ET APPLIQUÉE 



M. WEISSENBRUCH, IMPRIMEUR DU ROI, ÉDITEUR 

RUE DU POINÇON, 49, BRUXELLES 



PRÉCIS 



DU 

COURS DE STATISTIQUE 

GÉNÉRALE ET APPLIQUÉE 

PAR 

Armand JULIN 

Directeur à VOffice du Travail 

2« ÉDITION 

Avec une Préface par M. A. de FO VILLE, de l'Institut de France 




BRUXELLES 
MISCH & THRON 

ÉDITEURS 
126, RUE ROYALE, I26 



PARIS 
MARCEL RIVIÈRE 

ÉDITEUR 
3T, RUE JACOB, 31 



I9IO 



Digitized by the Internet Archive 
in 2014 



https://archive.org/details/prcisducoursdestOOjuli 



Table des Matières 



PAGES 

Préface par M. A. de Foville, de l'Institut de France, ix 

PREMIÈRE PARTIE. STATISTIQUE GÉNÉRALE 
i^^ Section. Méthodologie théorique 
Ch. I. Définition et objet de la statistique (i-8) . . 3 
Ch. II. Des limites de la statistique (9-14) 8 

2^ Section. Méthodologie technique 

Ch. I. Considérations générales et division delà matière 

(15-17) i3 

Ch. II. Du relevé statistique (18-19) i5 

Du relevé direct 

A. Définition et modalités du relevé direct 
(20-22) 16 

B. Préparation du relevé statistique (23-27) . ^7 

C. Organes du relevé (28) . ...... 21, 

Ch. III. Du relevé indirect 

A. Définition et modalités du relevé indirect 
(29-32) 21 

B. Les enquêtes (33-35) 24 

C. Monographies de familles et budgets 
ouvriers (36-43) 26 



— VI — 

PAGES 

Ch. IV. De la critique statistique 

1. Définition et division de la matière (44-46). . 32 

II. Critique de sincérité (47-49) 34 

III. Critique d'exactitude po-52) 36 

Ch. V. Du dépouillement (53) 38 

I. Préparation du dépouillement (54-57) ... 38 
IL Du dépouillement considéré en lui-même 

(58-62) 43 

III. Appareils à dépouiller et machines à calculer 

(63-67) 5o 

Ch. VI. De l'exposition 

I. Définition et règles pratiques (68) .... 60 

II. Procédés arithmétiques de Fexposition 

A. Les séries (69-72) .62 

B. Les moyennes (73-87) 65 

C. Les procédés auxiliaires (88). .... 74 

D. Les pourcentages et rapports (89-94) . . 77 

E. Les coefficients statistiques (95) .... 81 

III. Procédés graphiques de l'exposition (96-110). 82 

Ch. VIL De l'interprétation 

1. Remarques générales (11 i-ii5) ..... 93 
IL Des règles logiques de l'interprétation 

(116-119) 96 

III. Des causes et de la recherche des causes 

(120-125) 9S 

IV. De la loi des grands nombres (126-135). . . 102 



— vu — 

DEUXIÈME PARTIE. STATISTIQUE APPLIQUEE 
Introduction 

PAGES 

Notions de Sémiologie économique (136-143) .... m 

A. STATISTIQUE DE LA PRODUCTION 

7''^ Section. Statistique industrielle 

Ch. I. Des recensements industriels et professionnels 
en général (144-148) 

Ch. II. Des recensements professionnels ayant une 
portée économique (149-155) 

Ch, III. Du recensement industriel de la Belgique au 
3i octobre 1896 (156-164) 

Ch. IV. Notions sur les recensements de la production 
(165-170) 

2^ Section. Statistique agricole 

Ch. I. Importance de la statistique agricole (171-175). 141 
Ch. II. Organisation de la statistique agricole (176-182). 148 

B. STATISTIQUE DES ÉCHANGES 

j''^ Section. Statistique du commerce extérieur 

Ch. I. De l'objet et de l'importance de la statistique 

commerciale (i83-i86) 148 

Ch. II. De la dénomination des marchandises (187-194). i52 

Ch III. Des groupements de marchandises (195-202) . . i58 

Ch. IV. Des poids et des quantités (2o3-2o6) 166 



117 
120 
126 

l32 



— vin — 



PAGES 



Ch. V. Des valeurs (207-224) 169 

Ch. VI. Des divisions statistiques du commerce exté- 
rieur (225-235) 186 

Ch. VIL Des provenances et des destinations (236-248) . 200 

Ch. VIII. De l'interprétation des statistiques commer- 
ciales (249-256) 209 

2^ Section. Statistique des transports 

Ch. I. De l'objet et de Timportance de la statistique 

des transports (257-262) . . . . . . . . 2i5 

Ch. II. Des unités (263-266) 217 

Ch. III. Du tonnage brut et du tonnage net (267-270) . 220 

Ch. IV. Des provenances, des destinations et du charge- 
ment des bateaux (271-273) . . 222 

C. STATISTIQUE DES PRIX 

Ch. J. De l'objet et de l'importance de la statistique 

des prix (274-277) 224 

Ch. IL Généralités sur les (c Index-Numbers » (278-284) 226 

Ch. III. Des « Index-Numbers » en particulier (285-293). 235 



PREFACE 



Bien des gens s'imaginent^ aujourd'hui encore, que la 
statistique est à l'usage exclusif des statisticiens, Cest 
commettre la même erreur que si Von croyait lepai7t fait 
pour les seuls boulangers, La vérité c'est que, à des 
degrés divers, tous les métiers, toutes les industries, tous 
les commerces ont besoin de la statistique. Napoléoji qui, 
à Sainte-Hélène, rappelait « le budget des choses » enten- 
dait par là qxie son rôle est de mettre dans la vie maté- 
rielle et dans la pratique des affaires la lumière, la 
sûreté, V heur eux équilibre qu'un budget bien établi 
procure aux finances d'un État, d'une ville ou d'une 
famille. Ce ne sont pas seulement les économistes qui ont 
de grandes obligations à cette science essentiellement 
pratique : ce sont les producteurs, les consommateurs, 
les intermédiaires ; en un mot, c'est tout le monde. 

Pour ne citer ici qu'un exemple entre mille des bien- 
faits de la statistique, on a pu dire en toute justice qu'elle 



n'avait pas moins contribué que la liberté des échanges 
et le perfectionnement des moyens de transport à la dis- 
parition de ce fléau jadis périodique et meurtrier 
qu'était la disette, qiC était la famine. Nos aïeux ne 
savaient mes2irer ni les exigences ni les ressources de 
raliiueutation publique et les gouvernements s'évertuaient 
en vain à empêcher les peuples de mourir de faim. En 
France, au XV IP siècle encore^ les hommes d'État 
professaient qu'une bonne récolte pouvait nourrir ce pays 
pendant trois années^ erreur grossière qjii fit bien des 
victimes. Aujourd'hui ce faux empirisme a fait place à 
l'observation systématique et continue des faits, La sta- 
tistique officielle et la statistique commerciale s'appliquent 
à déterminer^ ati moins approximativement, l'étendue 
des ensemenceme7its, les progrès de la végétation^ l'effet 
probable des vicissitudes atmosphériques, finalement la 
consistance et la qualité des récoltes. Ainsi documentée^ 
la spéculation peut vite évaluer ce que la moisson 
nouvelle ajoutera de blé aux stocks existants. Elle sait 
où il y a déficit et oiï il y a surabondance; et le trafic 
international n'a plus qu'à assurer, au gré de l'offre et 
de la demande, l' exacte répartition des disponibilités. Le 
simple jeti des intérêts privés résout donc, sans que les 
gouvernements aient à intervenir, l'tmiversel problème 
du pain quotidien. Et si le commerce peut ainsi conjurer 
les maux auxqiiels V espèce humaine paya pendant tant 
de siècles iin terrible tribut, il le doit à la statistique 
sans laquelle il opérerait comme à tâtons. Le négociant 
qui prétendrait se passer d'elle se mettrait par cela même 



à Vétat d'infériorité par rapport à ses collègues et il 
aurait bientôt à s'en repentir. 

Quelle que soit sa spécialité professionnelle, V homme 
d'affaires ne peut réussir dans ses entreprises qu^à la con- 
dition de suivre de près les mouvements des marchandises, 
la marche des importations, des exportations, des tran- 
sits,.,, les variations des prix sur les divers marchés; et 
c'est la statistique qui lui fait connaître tout cela. Elle 
lui apprend même à lire dans. V avenir , après avoir lu 
dans le passé. Elle lui annonce les crises qui se préparent 
et le met à même de ne pas trop en souffrir, La statis- 
tique est à la météorologie économique et sociale ce que 
le haroynètre est à la météorologie physique. 

Seulement^ pour bien faire, il faut savoir se servir et 
du baromètre et de la statistique; il faut en connaître le 
maniement, en traduire fidèlement le langage, en bien 
interpréter les indications^ savoir, dans chaque cas, quel 
degré de confiance elles méritent. Or^ c'est ce qu'on ne 
fait pas toujours. Les oracles de la statistique ne sont 
pas tous clairs et ceux même qui les consîiltent font 
quelquefois fausse route. 

C'est que, comme toute science et comme toute méthode, 
la statistique ne s'improvise pas. Pour parler et pour 
comprendre cette languie dont les mots sont des chiffres, 
il faut V avoir apprise. Voilà pourquoi la statistiqiie, 
après bien des résistances, a su se faire admettre dans 
renseignement de la plupart des grandes écoles commer- 
ciales, industrielles, financières, 

A Anvers, l'Institut supérieur de commerce a cette 



bonne fortune que la statistique y est enseignée par un 
spécialiste, par un maître, par tin haut fonctionnaire 
dont les travaux mettent journellement V arithmétique 
sociale en cause. Mais ceux qtti auraient profit à suivre 
ses leçons ne peuvent pas tous aller s'asseoir sur les bancs 
de son amphithéâtre. Il était donc désirable que 
M, Armand Julin^ après avoir parlé son cour s ^ voulut 
bien V écrire et le publier. C'est maintenant chose faite et 
bien faite. Il nous plait d'être le premier à souhaiter 
à ce petit livre tout le succès qu'il mérite. 



A. DE FOVILLE, 



Précis du cours de statistique 



PREMIÈRE PARTIE 

STATISTIQUE GÉNÉRALE 



r PARTIE 



Section. Méthodologie théorique 



CHAPITRE PREMIER 
Définition et objet de la statistique 

1. Les définitions de la statistique sont très nom- 
breuses ; les unes la considèrent comme une science, 
les autres comme une méthode. Cette discussion théo- 
rique est, somme toute, assez vaine au point de vue 
du but que nous nous proposons. Pour nous, la statis- 
tique est la science qui, par le calcul, arrive à la 
connaissance des caractères des sociétés humaines et dont 
l'objet est V étude des masses au moyen du dénombrement 
des unités qui les composent. 

2. L'objet de la statistique est Tétude des 
(( masses )) humaines, sous les différents aspects de 
l'activité sociale. Ceci doit s'entendre d'une manière 
très large : il s'agit de l'activité physique, intel- 
lectuelle, morale... Par contre, on exclut certains 
éléments matériels de l'étude desquels on ne peut 



4 



i^^' Partie. Statistique générale 



rien conclure quant à la vie et au développement des 
sociétés, par exemple certains relevés administratifs. 
La raison en est que la méthode statistique peut 
s'appliquer à des recherches dont Tobjet ne concerne 
pas directement la statistiqtie elle-même. 

3. La statistique n'étudie que les masses; elle 
opère sur de grandes quantités. Les phénomènes 
naturels sont typiques les uns par rapport aux 
autres; une roche représente exactement les carac- 
tères d'un autre échantillon de nature identique. Au 
contraire, les phénomènes sociaux présentent une 
variété infinie dans leurs manifestations individuelles. 
Si l'on veut dégager les caractères les plus fréquents, 
les tendances les plus communes, il faut nécessaire- 
ment observer un grand nombre de cas afin de réunir 
tous les cas possibles, et classer ensemble tous ceux 
qui présentent des analogies. 

A mesure qu'on avance dans la série des êtres, la loi de typi- 
cité s'atténue. Dans la nature inanimée, tous les phénomènes 
sont typiques les uns aux autres ; dans la série animale, les 
caractères d'identité s'atténuent; arrivés à l'être humain nous 
nous trouvons en présence d'une diversité incroyable. Or, c'est 
l'être humain qui forme le sujet de notre étude puisque celle-ci 
vise avant tout la découverte des lois des sociétés humaines. 

4. Pour pouvoir être étudiées avec fruit, les 
masses doivent être limitées dans l'espace et le 
temps. 

Dans r espace : l'observation ne peut être précise et 



Définition et objet de la Statistique 



5 



exacte qu'à la condition d'être nettement circons- 
crite. Il faut savoir où commencer et où s'arrêter. 

Dans le temps : on cherche à saisir le phénomène 
dans des conditions telles qu'on échappe aux acci- 
dents de variabilité. Il est permis alors de supposer 
que tous les faits observés, dans un ordre d'idées 
donné, sont du même genre et déterminés par les 
mêmes causes. On ne pourrait commencer un recen- 
sement industriel en janvier et le terminer en 
décembre; ni relever les prix de certaines marchan- 
dises tel mois de l'année, d'autres un mois plus tard, 
et réunir ces données en une moyenne. 

La détermination du moment statistique -est une affaire très 
importante. En général, plus ce moment est court, mieux cela 
vaut pour la netteté, la facilité et l'identité supposée des obser- 
vations. 

Dans certains pays, dans certains états sociaux, la fixation 
du moment de l'observation peut présenter de grandes difû- 
cultés : émigrations périodiques, ou jours consacrés au culte, 
par exemple, qui mettent obstacle au dénombrement. Dans les 
recensements de l'industrie, il importe aussi de faire corres- 
pondre le relevé à une période d'activité normale. 

5. L'étude des masses peut se faire à deux points 
de vue : aspect quantitatif ou aspect qualitatif. Dans 
la pratique les deux points de vue sont étroitement 
unis. On ne se borne pas à déterminer la grandeur 
d'un phénomène, on en reconnaît aussi la nature; il 
faut donc fixer, dans des formules plus ou moins pré- 



6 



irc Partie. Statistique générale 



cises,la nature des faits semblables soumis à Tobser- 
vation. 

L'importance des éléments qualitatifs augmente avec la com- 
plexité des phénomènes à enregistrer. Assez simple quand il 
s'agit d'éléments démographiques (sexe, âge, état-civil), cette 
détermination présente de grandes difficultés quand on arrive 
aux éléments économiques (professions principale et acces- 
soire), modalité d'emploiement (en atelier, à domicile, profes- 
sion indépendante). 

La statistique des accidents du travail, par exemple, ne se 
borne pas à enregistrer le nombre des accidents, mais elle porte 
encore sur leur gravité, les causes, la nature des lésions, le 
genre d'entreprise et d'industrie, l'âge des victimes, leur salaire, 
les charges de la réparation, etc. 

Dans la statistique commerciale, on nV.nregistre pas unique- 
ment la quantité et la nature des marchandises échangées, mais 
aussi leur valeur, leur provenance et leur destination, etc. 

6. Le mo3'en employé pour Tétude statistique est 
le dénombrement. Dénombrer, c'est reconnaître 
certains caractères des phénomènes à enregistrer et 
noter ces phénomènes dans les conditions où ils se 
présentent. La difficulté spéciale du dénombrement 
consiste en ce que Tauteur de la statistique ne peut 
pas observer par lui-même, mais seulement par per- 
sonnes interposées. L'exactitude des faits recueilHs 
dépend donc d'une quantité d'éléments : bon ou 
mauvais procédé de dénombrement, questionnaire 
bien ou mal préparé, zèle ou insouciance des agents 
employés. De toute façon, le dénombrement est une 
opération compliquée et coûteuse. 



Définition et objet de la Statistique 



7 



On a eu parfois recours à certains expédients en vue de 
suppléer au dénombrement. Méthode des fouages pour déter- 
miner le chiffre de la population ; c'est de cette manière que 
procéda Vauban dans sa « Dîme royale » (1707). Pour con- 
naître la surface des terres en culture en France, Lavoisier fait 
faire le relevé des charrues (1790). Une légère erreur dans le 
multiplicateur théorique qu'on adopte produit alors une erreur 
énorme dans le total. — Kiœr, statisticien norvégien, a pro- 
posé la méthode « typologique », qui obéit à la même tendance 
et présente des inconvénients de même nature. 

7. Les faits à enregistrer se nomment, en langage 
statistique, les imités. Les unités sont donc les faits 
dont Tensemble constitue les phénomènes soumis à 
Tobservation statistique, mais la nature, Tétendue et 
les qualités des unités varient d'un relevé à l'autre 
selon le but que Ton se propose. 

80 II importe de déterminer exactement ce que 
Ton compte, Tunité. Ainsi, dans un recensement 
industriel, Tunité essentielle sera Tentreprise indus- 
trielle, d'après la nature de l'industrie. Mais qu'est-ce 
que Tentreprise? Examen des cas suivants : division 
d'entreprise, nature économique, etc. 

Dans la statistique des grèves, l'unité est la grève. 
Examen des cas ci-après : lock-out, fermeture défi- 
nitive de l'entreprise, malentendus de courte durée, 
etc. 

(Voir no 5.) Ce qu'on a dit plus haut d'une manière générale 
au sujet de la détermination qualitative s'applique ici en parti- 
culier. 



8 



i^^ Partie. Statistique générale 



Pour les grèves, il y a lieu par exemple, de s'occuper non 
seulement de leur nombre, mais encore des points suivants : 
leur résultat favorable ou défavorable aux revendications 
ouvrières, au transactionnel; leur durée ; leur importance, le 
mode de terminaison. Tous ces points doivent 'être fixés 
d'avance pour qu'ils puissent être soumis à l'observation et 
pour qu'on puisse en tirer des conclusions. 

Références. — Chaque auteur se fait de la statistique une 
idée qui, par un point ou par l'autre, lui est particulière. Il ne 
faut point, cependant, s'exagérer la portée de ces divergences, 
plus apparentes que réelles. Les traités cités à la fin du volume 
contiennent les éléments de discussion de la matière. Citons 
plus spécialement Liesse dans son volume La statistique^ ses 
dirfïcîiïtés, ses procédés, ses résultats (Paris, igoS), qui résume exac- 
tement la portée du débat, en se prononçant en faveur de la 
conception qui voit dans la statistique une méthode. Dans le sens 
opposé, la plupart des statisticiens allemands. La fraction des 
statisticiens qui fait de notre science une sorte de branche de 
l'arithmétique [The science of Counting, dit Bowley) adopte par 
contre un point de vue manifestement trop étroit. Pour ce qui 
est du caractère de masse de l'investigation statistique, de la 
nature de l'unité, du mode d'énumération et des fonctions 
quantitatives et qualitatives du relevé, il y a unanimité. On ne 
peut donc que renvoyer, en général, à la littérature du sujet. 

Sur la méthode typologique, consultez Kiœb,, BidJetin de 
rinstitut international de statistique, Ville session, p. 66 et suiv. 



CHAPITRE II 

Des limites de la statistique 

9. Pour savoir quel est le domaine propre de 
la statistique on doit se demander : a) en quoi con- 
siste la méthode propre à la statistique? b) quels sont 
les obstacles que rencontre, en certains cas, Tappli- 



9 



cation de cette méthode, même quand elle est légi- 
time ? 

10. Il faut distinguer la méthode^ de la science 
statistique. 

La méthode ou le procédé statistique s'applique 
fréquemment au classement des phénomènes naturels. 
Exemple : météorologie. 

Si tous les phénomènes auxquels on peut appliquer 
cette méthode relèvent de la statistique, celle-ci n'a 
plus de limites : c'est un amas monstrueux de con- 
naissances hétérogènes. 

La science statistique se borne au contraire à 
l'étude des phénomènes qui caractérisent les sociétés 
humaines, 

11. En ce qui concerne les phénomènes naturels, 
le procédé statistique reste un moyen accessoire et 
subsidiaire. Mais appliqué aux sociétés humaines, ce 
procédé, à défaut de l'expérimentation, nous permet 
de découvrir les lois des sociétés, ce qui est le propre 
de la science. 

12. Comme corollaire pratique de la distinction 
ci-dessus, on s'est demandé si la recherche statis- 
tique coniprend l'analyse des faits observés et l'indi- 
cation des rapports de causalité ? La négative est 
soutenue, comme l'affirmative. 

Ceux qui ne voient dans la statistique qu'un procédé doivent 
professer lopinion négaiive; le statisticien classe, comme le 



lO 



i^e Partie. Statistique générale 



chimiste expérimente. — Les autres répondent : l'interpréta- 
tion est une fonction du statisticien. La spécialisation n'interdit 
pas de recourir à d'autres sciences pour expliquer les phéno- 
mènes ; il y a fusion entre les deux fonctions. 

13. Dans Tensemble des sciences, la statistique 
appartient aux sciences sociales et par sa méthode 
elle se rattache à la logique. 

En statistique on observe une multitude de faits 
particuliers, desquels on essaye de remonter aux 
principes généraux : ce procédé de raisonnement 
s'appelle Vinduction, Or Tinduction est une méthode 
de la logique et elle a pour base l'observation. 

La succession des phases de toute opération statistique 
prouve qu'on emploie en statistique la méthode inductive : 

Reconnaître qu'un phénomème peut être observé au 
moyen de la statistique ; 

2° Observer la nature exacte du phénomène ; 
3° Enregistrer les observations ; 

40 Grouper les faits de même nature dans des tableaux 
ad Jioc, 

50 Procéder au dépouillement des observations ; 
6° Faire les calculs nécessaires (totaux, moyennes, propor- 
tions) ; 

7® Découvrir les phénomènes semblables, trouver les liens 
de causalité, indiquer les tendances et les lois ; 
80 Exposer et publier les résultats. 

14. Même lorsque l'application de la méthode 
statistique est légitime, certaines raisons peuvent 
empêcher d'y recourir : 

A. Motifs d'ordre psychologique. 1^ Mauvaise volonté. 



Des limites de la Statistique 



II 



Il n^est pas recommandable d'indaguer sur des sujets 
qui touchent au domaine de la conscience ; 2^ crainte 
de communiquer les renseignements demandés 
(peur des impositions, des indiscrétions). 

C'est une des raisons pour lesquelles TEtat peut dresser des 
statistiques plus facilement que les particuliers ; disposant de 
la contrainte, il peut mettre celle-ci en action. En Belgique, en 
1896, on a prévu des peines de simple police contre ceux qui 
refuseraient de répondre aux questions du bulletin du recen- 
sement industriel. (Loi du 29 juin 1896, art. 3 ) En Angleterre, 
les réponses au questionnaire du Censtis of production de 1908 
sont obligatoires. [Censtis production Ad, art. 3 et 12 ) 

Aux Etats-Unis, de graves pénalités sont prévues contre 
ceux qui fournissent de fausses indications en matière de 
statistique commerciale. (Voir IP partie, statistique appliquée.) 

B. Motifs d'ordre matériel : Le temps à consa- 
crer à une recherche déterminée peut être trop long 
par rapport à l'intérêt qu'elle présente; 2^ la dépense 
à faire peut se trouver trop considérable. Un recen- 
sement général coûte toujours des sommes impor- 
tantes et la dépense augmentera à mesure que les 
exigences en matière de rémunération et de salaires 
iront croissant et que les investigations seront plus 
développées. 

Références — Von Mayr et Salvioni, La statistica e la vita 
sociale^ seconde édition, Turin, Loescher, 1886, p. i5 et suiv. 
indiquent parfaitement la différence qui existe entre le procédé 
et la science statistiques. En ce qui regarde la conception res- 
trictive de la statistique, consultez Bowley, Eléments of Statistics^ 
Londres, 1901, p. 8. — vSur le caractère logique de l'investiga- 
tion statistique, cfr. Bosco, Lezioni di Statistica e demograjîa. Rome, 
1905, p. 219 et suiv. — Benini, Principii di Statistica metodologica, 



12 



Partie. Statistique générale 



Turin, 1906, p. 25-33, et S. E le Cardinal Mercier, Cours de 
pliilosophic : Logique, Louvain, igoS, p. 298-370 — La division 
de la matière ci-dessus est donnée par Wagner dans son article 
traduit sous le titre : Del concetio, dei limiti et dei niezzi di esecu- 
2io)ie deJJa statistica. — Enfin sur la question des frais, Bloch, 
Traité théorique et pratique de statistique, Paris, i88j6, p. 341 et suiv. 
fournit d'abondants renseignements et cite plusieurs sources 
bibliographiques. 



Considérations générales et division de la matière i3 



IP Section. Méthodologie technique 



CHAPITRE PREMIER 

Considérations générales et division 
de la matière 

15. Tout progrès scientifique est lié au progrès 
des méthodes de recherche elles-mêmes. La tech- 
nique de la statistique est également indispensable à 
celui qui organise les recherches et à celui qui a 
en utiliser les résultats. 

On ne peut, par exemple, lire avec utilité une statistique 
commerciale sans savoir comment sont établies les valeurs qui 
expriment l'importance des transactions, sans connaître les 
règles admises pour déterminer la provenance et la destination 
des marchandises, sans être informé des principes d'après 
lesquels s'effectue le partage entre le transit et les produits 
introduits dans un pays pour sa consommation, etc. 

16. Le danger spécial que présente la statistique 
pour celui qui n'est pas averti consiste en ce que tous 
les résultats statistiques sont exprimés d'une façon 
précise par des chiffres. Or, qui dit précis ne dit pas 
exact. Le chiffre est fascinateur; il importe toujours 
de rester en contact avec les faits. Se méfier surtout 



14 Partie. Statistique générale 



des chiffres « travaillés »; les opérations arithmé- 
tiques sont exactes ; les observations le sont-elles ? 

La statistique n'est pas une science qui tient lieu de toutes 
les autres. L'interprétation des statistiques économiques, 
financières, sociales requiert la connaissance de l'économie 
politique dans son sens le plus étendu. La géographie commer- 
ciale, la connaissance des produits est fort utile pour com- 
prendre et utiliser les statistiques commerciales, etc. 

17. Un exposé méthodique des règles de la tech- 
nique suivra Tordre même des opérations succes- 
sives dont tout travail statistique se trouve constitué. 
Ce sont : 

A. Le relevé, qu'on appelle aussi observation ; 

B. Le dépouillement, c'est-à-dire Tensemble des 
opérations par lesquelles on compte et on répartit 
par classes homogènes les faits ou unités notés lors 
du relevé ; 

C. L'exposition des faits, c'est-à-dire le groupe- 
ment méthodique des données homogènes, dans des 
conditions telles que l'esprit puisse être frappé de 
certains résultats et que les tendances des phéno- 
mènes se dégagent avec une netteté suffisante ; 

D. L'interprétation des résultats obtenus par les 
méthodes précédentes. 

Références. — Sur l'importance et le caractère de la 
technique, voir Bosco, op, cit , p. 218, et Quetelet, Lettres sur 
h théorie des prohahilités , p. 282. — Liesse, op, cit , est aussi à lire 



Du relevé statistique 



i5 



lorsqu'il examine les difficultés de l'observation statistique 
(chap. II, p. 2i). — Seigxobos, dans La méthode historique appli- 
quée aux sciences sociales^ di^^xécie très justement plusieurs par- 
ticularités importantes de la méthode. 



CHAPITRE II 
Du relevé statistique 

18. Le mot « observation », qu'on emploie quel- 
quefois, manque d'exactitude ; le terme u relevé )) 
convient mieux aux opérations de la statistique. 

A proprement parler, le statisticien n'observe pas, il se sert 
de résultats obtenus par d'autres, agissant sous son impulsioji. 
C'est une nécessité, résultant de la non-typicité des phéno- 
mènes, que de les considérer tous ou le plus grand nombre 
possible et partout où ils se produisent : ces conditions 
excluent évidemment l'observation directe. 

19. Le relevé statistique est de deux espèces : le 
relevé direct et le relevé indirect. Ce dernier porte 
aussi le nom de relevé conjectural. 

Cette distinction est, il est vrai, plus formelle que réelle. Il 
n'y a pas d'observation statistique sans relevé direct; le relevé 
indirect est plus une méthode de raisonnement qu'un procédé 
d'investigation. On peut dire également que le relevé indirect 
est toujours direct dans l'une quelconque de ses parties. Mais 
la distinction a son utilité au point de vue de la classification 
des procédés statistiques. 



i6 



i'"'^ Partie. Statistique générale 



I. Du RELEVÉ DIRECT 

A. Définition et modalités du relevé direct 

20. Le relevé direct est celui qui consiste dans la 
.notation de tous les phénomènes que Ton veut étu- 
dier. On peut le définir : l'observation, unité par 
unité, des manifestations individuelles d'un phéno- 
mène et des conditions de toutes ses manifestations. 

21. Le relevé direct se divise en : 

a) relevé continu^ c'est-à-dire s'appliquant à des 
phénomènes se présentant sans interruption et qu'on 
observe selon certaines divisions de temps ; 

b) relevé périodicpie^ qui vise certains phénomènes 
ne se modifiant que lentement et pouvant être 
observés de temps à autre ; 

c) relevé occasionnel , c'est-à-dire efiéctué seule- 
ment lors de certaines circonstances exceptionnelles. 

La statistique commerciale appartient au relevé contimi. 
Tous les recensements (population, agriculture, industrie) sont 
des relevés périodiques. Les enquêtes (situation sanitaire, par 
exemple) dépendent du relevé occasionnel. 

22. Le relevé direct peut s'exécuter de deux 
façons : 

a) relevé automatique. C'est celui qui s'effectue de 
lui-même par le libre jeu des institutions ou des 
coutumes. 



Du relevé statistique 



17 



Les inscriptions aux registres de l'Etat-Civil sont dans ce 
cas. De même la notation de la nature, de la quantité, de la 
valeur, etc., des marchandises qui entrent dans un pays ou qui 
en sortent. La complexité croissante de l'administration 
publique augmente les occasions favorables à l'établissement 
de ce genre de relevé. 

b) relevé réfléchi oit votilu quand il faut rechercher 
spécialement les unités en vue de les dénombrer. 

Un recensement industriel est toujours réfléchi ou voulu; il 
n'en va pas autrement d'un recensement de la population, etc. 

Un relevé continu est un relevé automatique ; un relevé 
périodique ou occasionnel est un relevé réfléchi. 

B. Préparation dît relevé statistique 
23. Le plan ou programme : 

Quatre points sont essentiels : ^4) la clarté ou sim- 
plicité est la première qualité que le plan doit pos- 
séder ; B) dans les cas qui présentent quelque 
complication, il est à recommander de procéder à un 
essai de dénombrement; on peut faire aussi un essai 
de présentation des données ; C) il est prudent d'éva- 
luer aussi justement que possible le coût du relevé; 
D) on ne doit pas manquer de se livrer à l'analyse 
qualitative du sujet, c'est-à-dire l'exacte détermina- 
tion de la nature des phénomènes. 

Le recensement de l'industrie en Belgique, en 1846, a été 
précédé d'un essai partiel. — On ne peut trop attentivement 
déterminer le sujet de l'observation : Ainsi, pour une statis- 

2 



iS ire Partie. Statistique générale 



tique des salaires, qu'est-ce qu'un salaire? (appointements? 
primes ? salaire en nature?) Exemple cité par Bertillon en ce 
qui concerne le dénombrement des propriétés bâties (point de 
vue fiscal) et celui des maisons d'habitation (point de vue 
social). 

24. Pour pouvoir être utilement employée par la 
statistique, Vunité, la chose que Ton compte, doit 
réunir certaines qualités : 

Elle doit être susceptible de se réduire en une 
expression numérique. C'est une erreur de faire 
porter des statistiques sur des objets qui se diffé- 
rencient seulement par leurs qualités (bon, mauvais; 
grand, petit, etc.); 

2^ Elle sera utile et importante ; 

3^ Elle pourra être déterminée d'une façon exacte 
et précise. 

Etant donné l'objet du relevé, on peut dire que tout cas par- 
ticulier soumis à l'observation et qui est venu à la connaissance 
de l'organe du relevé constitue une unité statistiqiie . 

Au point de vue des qualités de l'unité, on remarquera que 
toute ambiguïté peut avoir pour conséquence de fausser l'obser- 
vation et que cette faute sera d'autant plus grave qu'on igno- 
rera toujours si l'erreur est générale et dans quelle mesure elle 
s'est produite. 

25. Le questionnaire ou bulletin traduit matériel- 
lement le travail de préparation accompli lors de la 
rédaction du programme et de la définition de l'unité. 
Ses qualités essentielles sont les suivantes : 

Le questionnaire doit être succinct, c'est-à-dire 



Du relevé statistique 



19 



qu'il doit se borner à demander les données qu'il est 
possible de réunir; 

2° Il doit être clair, de façon à pouvoir être com- 
pris de tout le monde ; 

3° Ses demandes ne doivent pas pouvoir être inter- 
prétées de plusieurs façons ; 

4^ Il sera simple et catégorique, c'est-à-dire qu'il 
ne comportera pas de réponses vagues, mais autant 
que possible des données chiffrées, ou des réponses 
par otti ou par non ne se prêtant pas à des apprécia- 
tions subjectives variables. 

D'une manière générale on doit s'efforcer que la réponse à 
donner soit comme provoquée automatiquement par le ques- 
tionnaire, c'est-à-dire que la demande soit assez claire pour ne 
pas devoir recourir, sauf les cas spéciaux, aux instructions. 

26. La phase de la rédaction des instructions se 
caractérise par la substitution des vues pratiques aux 
conceptions théoriques. La précision et la clarté 
sont indispensables surtout à raison du mode habituel 
de recrutement des agents. — La préparation du plan 
et celle des instructions doivent présenter un grand 
caractère d'unité et seront confiées à la même per- 
sonne, sous peine de lacunes et de contradictions. — 
Les instructions formeront une sorte de code métho- 
dique et il est recommandé d'en rédiger de spéciales 
pour chaque phase des opérations. 

Voyez, par exemple, les instructions très complètes données 
aux agents du recensement industriel belge de 1896 (vol. XVIII). 
En France, le recensement de la population est accompagné 



20 



i^e Partie. Statistique générale 



aussi d'instructions détaillées (voir Introduction] et il en est 
de môme dans les autres pays. 

27. Le relevé consiste en une multitude d'obser- 
vations simultanées qui exigent le concours de 
nombreux agents. Ceux-ci, d'ordinaire, dépendent 
des pouvoirs publics qui organisent les recherches 
statistiques. De là découlent certaines garanties 
et la possibilité de mettre en œuvre des moyens 
d'action énergiques. De toute façon, l'agent doit rem- 
plir trois conditions : i"^ il doit savoir' ce qu'il a à 
faire. Les instructions seront suffisantes, minutieuses 
s'il le faut, sans crainte d'expliquer des choses évi- 
dentes ; on pourra utilement recourir à des confé- 
rences ; 2^ il doit pouvoir exécuter ce qui lui est com- 
mandé. Pour cela, sa tâche ne doit pas être déme- 
surée, ni excéder ses forces; en Belgique, en i8g6, 
on a limité la mission des agents à un certain nombre 
de bulletins; ensuite, il ne faut pas qu'il se heurte à 
des refus systématiques de répondre, ce qui arrivera 
chaque fois qu'on ira à l'encontre des intérêts, des 
préjugés ou des opinions du public. Il faut éviter que 
le caractère des agents du relevé ne contribue à faire 
naître ces méfiances ; 3^ l'agent doit vouloir arriver à 
un résultat exact. On ne lui laissera pas émettre d'ap- 
préciations subjectives, de crainte des divergences 
et des confusions. La négligence ou l'indifférence des 
agents constitue un écueil fréquent; l'organisation 
d'un contrôle minutieux avec la sanction du refus de 
l'indemnité en cas de travail mal exécuté est un 



Du relevé statistique 



21 



moyen d'action efficace. La valeur morale de l'agent 
est plus essentielle que Tinstruction ou la finesse 
d'appréciation. La juste rémunération du travail 
accompli est chose essentielle si Ton veut éviter 
l'indolence et l'indiff'érence des agents. 

On trouvera des exemples des précautions prises en ce sens 
dans presque toutes les statistiques organisées d\me façon 
scientifique. En Belgique, on peut consulter l'arrêté royal du 
22 juillet 1896 (art. 6, 7 et i5). 

C. Organes du relevé 

28. Les organes du relevé sont publics ou privés. 

Publics^ c'est-à-dire dépendant des pouvoirs admi- 
nistratifs; tel est le cas habituel quand il s'agit de 
statistiques générales. 

Privés, c'est-à-dire dépendant des particuliers ' 

isolés ou associés; ceci ne se rencontre guère 

que lorsqu'on procède par voie d'enquête à des 
recherches spéciales. 

CHAPITRE III 
Du relevé indirect 

A. Définition et modalités du relevé indirect 

29. Le relevé indirect est celui qui ne s'étend 
qu'à une partie des unités. On y a surtout recours 
quand il s'agit de certains phénomènes ne se présen- 
tant point par masses, ou quand le relevé direct 



Partie. Statistique générale 



offrirait de trop grandes difficultés, ou encore quand 
il occasionnerait des dépenses trop considérables. 

Comme nous l'avons fait remarquer au n^ 19, la distinction 
entre relevé direct et relevé indirect est utile surtout au point 
de vue de la classification et c'est pour cette raison, qui a son 
importance ici, que nous l'avons conservée. Au fond, il n'y a 
de relevé statistique que le relevé direct. Mais par le perfec- 
tionnement de ses méthodes, le relevé indirect a acquis une 
portée de plus en plus représentative; ensuite, il présente une 
souplesse et des ressources que le relevé direct ne possède 
pas toujours. 

30. On distingue le relevé indirect par estimation 
et le relevé indirect proportionnalisé. 

Le relevé indirect, surtout par estimation, a été très fré- 
quemment employé avant le xix^ siècle. Un grand nombre de 
statistiques anciennes sont basées sur de simples évaluations 
et comm^ on ne nous en avertit que rarement, nous sommes 
tentés d'attribuer à ces chiffres une rigueur qu'ils n'ont pas et 
ne prétendaient pas présenter. La population des villes au 
Moyen Age a été souvent établie par des procédés peu sûrs 
et que nous assimilons à tort à ceux en usage à l'époque 
actuelle. (Cfr. Pirenne, Les dénombrements delà popitlaiion d'Ypres 
au XV^ siècle, qui cite de nombreux exemples.) 

31. Dans le relevé par estimation, on procède : 

A) par approximation. Cette méthode se base sur 
la connaissance du sujet que l'observateur est sup- 
posé posséder Les indications fournies ne consti- 
tuent que des renseignements plus ou moins impar- 
faits : telles sont les prévisions sur Tétat des récoltes 
fournies par les agronomes de TEtat. La statistique 
agricole utilise fréquemment ce procédé qui peut 



Du relevé statistique 



23 



avoir son utilité quand il s'agit d'obtenir très vite des 
renseignements qui ne doivent servir qu'à indiquer 
une tendance. (Cfr. dans la IP partie la section con- 
sacrée à l'étude de l'organisation de la statistique 
agricole.) 

B) par analogie. Ce procédé consiste en une étude 
soigneuse des conditions numériques d'un certain 
nombre de faits d'un ordre déterminé et de la déduc- 
tion des conditions quantitatives de faits d'un autre 
ordre. Exemples : détermination de la population 
d'après le nombre de « feux » ou de la superficie cul- 
tivée d'après le nombre des charrues. Nous avons 
déjà fait remarquer combien ce mode d'estimation 
laissa subsister d'incertitudes. 

32. Dans le relevé proportionnalisé, on procède : 

A) de la partie au tout. Une partie seule est sou- 
mise à l'observation. Les chiffres de base trouvés 
pour cette partie sont ensuite appliqués à la totalité. 
Exemple : la statistique postale. 

B) d'un phénomène à un autre, La condition essen- 
tielle est qu'il existe une relation étroite entre les 
deux ordres de faits considérés. De la connaissance 
précise qu'on a d'une chose, on déduit l'existence de 
l'autre. 

On connaît presque toujours le chiffre des naissances avant 
qu'on ait eu la possibilité de relever celui de la population. 
Or, si à un moment donné on parvient à savoir le chiffre de la 



-4 



i^e Partie. Statistique générale 



population (môme pour une partie du pays) on fait le rapport 
entre les deux données. Plus tard, le chiffre de la population 
sera obtenu en multipliant le nombre des naissances par le 
pourcentage calculé précédemment. 

B. Les enquêtes. 

33. Les enquêtes sont des recherches offrant un 
caractère moins général que les travaux statistiques 
proprement dits, soit qu'elles envisagent un phéno-. 
mène particulier, ou seulement un des aspects de ce 
phénomène, soit qu'elles ne considèrent pas toutes 
les manifestations des phénomènes sur lesquels elles 
portent. 

On a beaucoup discuté le caractère statistique des 
enquêtes ; l'opinion qui les considère comme une 
sorte d'annexé delà statistique paraît raisonnable. Il 
est à remarquer que le caractère statistique des 
enquêtes s'accentue et que des institutions scienti- 
fiques d'une incontestable valeur ne recourent pas à 
un autre mode d'investigation. 

34. On distingue les enquêtes privées et les 
enquêtes publiques. 

Les enquêtes privées rencontrent de nombreux 
obstacles car les moyens d'investigation dont les 
individus isolés disposent sont habituellement fort 
restreints. Pour les recherches étendues, il faut 
nécessairement l'organisation, les ressources et l'au- 
torité de l'État. 



Du relevé statistique 



35. Les enquêtes publiques sont organisées par les 
pouvoirs publics ; on peut en distinguer deux types 
principaux : 

i*^ hes enquêtes parlementaires; elles ne sont pas 
exécutées par les assemblées législatives, évidem- 
ment inaptes à cette mission, mais par des délégués 
de ces assemblées, ou simplement à leur demande et 
d'après un programme tracé par elles. L'Angleterre 
est le pays des enquêtes parlementaires. En Bel- 
gique, on peut citer l'enquête de la Commission du 
travail en 1886 et plus récemment l'enquête sur la 
durée du travail dans les mines de houille ; 

2° Les enquêtes statistiqiies. Ce sont les travaux sta- 
tistiques entrepris par des administrations spéciales 
dans le but de préciser certains phénomènes sociaux, 
mais sans recourir au dénombrement complet de 
toutes les unités, ou bien en n'envisageant que des 
aspects spéciaux de la question. Comme ces enquêtes 
présentent essentiellement le caractère de recherches 
statistiques, elles doivent être « représentatives ». 
La manière d'observer est également d'une grande 
importance. L'envoi de questionnaires, sans plus, 
donne, en général, un fort déchet et présente de 
faibles garanties ; l'envoi de délégués spéciaux char- 
gés de recueillir les données est préférable, mais 
cette méthode n'est pas toujours applicable. 

Références. — Les conditions spéciales de l'observation 
statistique sont bien mises en lumière par Liesse, op. cit. — 
Voyez aussi Bosco, op. cit., p. 240 et suiv. — Sur le programme 



i^^' Partie. Statistique générale 



et ses qualités, cf. Benini, op. cit ; le même et tous les statisti- 
ciens italiens sont à voir en ce qui concerne la division et la 
nature du relevé et de ses modalités. Aux auteurs déjà cités on 
peut ajouter Colajanni, Lezioni di Statistica, Naples, igoS. — 
Gai5AGLio, Teovia générale délia Statistica, Milan, 1888, t. II, a 
parfaitement défini les qualités des agents du relevé. — Enfin, 
sur la question des « délégués spéciaux )>, cf. les procès- 
verbaux des conférences des chefs des bureaux du travail aux 
États-Unis d'Amérique et notre note sur Méthodologie géné- 
rale de la Statistique du Travail. [Bull, de l'Inst. Intern. de Statis- 
tique, 1903.) 

C. Monographies de familles et budgets ouvriers, 

36. Parmi les procédés du relevé indirect, il con- 
vient d'assigner une place spéciale à la méthode des 
monographies de familles et à celle des budgets 
ouvriers. 

Dans les monographies de familles, les recherches 
portent chaque fois d'une façon très détaillée sur une 
famille distincte et considérée comme typique à 
l'égard d'un état social déterminé. 

Le Play, ingénieur et sociologue français (i8o5- 
1882), qui en fut le promoteur, basait la valeur de ces 
recherches sur les deux hypothèses suivantes : 
A) la famille est la cellule sociale, — d'où possibilité 
de trouver des analogies nombreuses d'une famille à 
une autre; B) tous les faits de la vie sociale se tra- 
duisent en recette ou en dépense dans le budget 
familial. 

Les peuples, dit Le Play, se composent non d'individus, 
mais de familles ; le travail d'observation, qui serait vague, 
indéfini et sans conclusions possibles, s'il devait s'étendre, dans 



Du relevé statistique 27 



une localité, aux individus de sexe et d'âge différents, devient \ 

précis, limité et concluant, dès qu'il a pour objet les familles. ; 

C'est dans ce fait évident, fondé sur la nature de l'unité sociale, ; 

que réside l'efficacité pratique des monographies de familles. s 

(Le Play, Les ouvriers européens, t. [la méthode d'observa- I 

tion], p. 220.) \ 

\ 

37. La partie essentielle des monographies de \ 
familles consiste dans le budget dressé pour une \ 

année. Le bude^et des recettes se divise en : revenus l 

i 

des propriétés, produits des subventions, salaires, \ 

bénéfices des industries. Le budget des dépenses \ 

comprend : dépenses concernant la nourriture, Tha- \ 

bitation, les vêtements, les besoins moraux, récréa- \ 

tions et service de santé, les industries, dettes, impôts ; 

et assurances. Les deux parties du budget doivent \ 

s'équilibrer. ■ 

Gide et Rist {Histoire des doctrines économiques, Paris, 1909, \ 

p. 566) caractérisent ainsi la méthode: (d'avantage, c'est de \ 

guider l'observateur, même le plus novice, en l'obligeant à 1 

mettre quelque chose dans chaque compartiment et par con- \ 

séquent à ne laisser échapper aucun fait. » | 

\ 

i 

38. La méthode repose sur l'observation directe, \ 
mais celle-ci ne porte que sur une unité (la famille), i 
considérée comme typique. A ce titre, elle rentre \ 
dans le relevé indirect. C'est une application de la : 
méthode des sciences naturelles aux sciences \ 
sociales, mais elle nous transporte en dehors du 1 
domaine de la statistique. i 



28 



Partie. Statistique générale 



On a cependant retiré une grande utilité des travaux de ce 
genre, surtout pour Fétude des sociétés simples ou de groupes 
spéciaux de sociétés compliquées. Des études d'ensemble ont 
été faites sur les matériaux réunis par les continuateurs de Le 
Play et ont abouti à d'intéressantes conclusions. (Voir notam- 
ment CiiEYSsoN et Toqué, Les budgets comparés des cent monogra- 
phies de familles. — BîtJl. de rinst. intern. de Statistique^ t. V, 1890.) 

39. On emploie fréquemment une méthode diffé- 
rente : elle consiste dans Tétude du budget familial 
dans diverses classes sociales. Le but qu'on se pro- 
pose est l'évaluation statistique de la consommation 
et la détermination du degré d'aisance. 

Les budgets ouvriers apparaissent comme l'un des moyens 
les plus sûrs d'établir les changements qui se produisent dans 
la condition des classes ouvrières. On a parfois essayé de 
déterminer le pouvoir d'acquisition du salaire en recherchant 
quelle quantité d'une marchandise donnée (pain, céréales, 
viande) un ouvrier pouvait se procurer avec son salaire, à des 
époques différentes. Mais l'ouvrier ne consomme pas une den- 
rée unique; le calcul est donc illusoire. Au contraire, sup- 
posons déterminée, par un budget-type, la consommation 
ouvrière : pour apprécier les changements de la condition de 
sa classe, il suffira de connaître les prix des marchandises à 
diverses époques et de rechercher quelle somme il a dû dépen- 
ser pour s'en procurer une même quantité ; en rapportant cette 
dépense au chiffre du salaire nominal, on obtient les fluctua- 
tions du salaire réel. — Toutes les consommations utiles ou 
nécessaires ne peuvent, il est vrai, s'exprimer quantitativement 
(vêtement, récréations), mais les sommes plus ou moins 
importantes portées au budget pour leur satisfaction sont 
hautement intéressantes. — La comparaison des budgets fait 



Du relevé statistique 



29 



aussi apparaître les consommations nouvelles introduites 
au cours des années. — Enfin, les budgets renferment des 
éléments d'une grande importance au point de vue de la phy- 
siologie. 

40. Le statisticien allemand Ernst Engel (1821- 
1896) a attaché son nom aux recherches écono- 
miques et sociales basées sur les budgets ouvriers. 
On a énoncé la loi d' Engel en disant : « Plus le revenu 
de la famille est minime, plus importante est la part 
proportionnelle consacrée à Tachât de la nourriture.» 
Les chiffres suivants illustrent cette règle : 



Distribution des dépenses 
parmi les familles saxonnes (1857) 



SOURCES 


CLASSE 


CLASSE 


CLASSE 


DE 

DÉPENSES 


OUVRIÈRE 


MOYENNE 


AISÉE 



Nourriture . . . 


62 0 




55 0 




5o.o 




Vêtement . . . 
Logement . 
Feu et lumière . 


16 0 
12. 0 
5.0 


> 95.0 


18.0 ( 
12.0 1 
5.0 


90.0 


18 0 
12.0 1 
5.0 


> 85 0 


Instruction . 


2.0 




3.5 




5.5 




Protection légale . 






2.0 




3.5 i 




Soin de la santé . 
Confort, récréa- 




» 5.0 


2.0 


> 10. 0 


3.0 [ 


) i5.5 


tions intellec- 


1 












tuelles .... 


1.0 


1 


2.5 




3.5 





41. Les budgets économiques recueillis en Bel- 
gique, en i853, par Ducpétiaux (1804-1868), montrent 
que la loi générale s'observe en Belgique comme en 



3o 



irc Partie. Statistique générale 



Saxe. Engel a établi, à propos de ces budgets, les 
ca culs suivants : 

Budgets ouvriers belges en 1853 



SOURCES DE DÉPENSES 



REVENUS 


Nourri ■ 
ture 


Loyer 


Vêtement 


Feu 
et lumière 


Autres 
dépenses 


]\Ioins de 600 fr. . 


71.5 


8.5 


10.9 


6.6 


2.5 


De 600 à 900 fr. 


69.0 


7.9 


i3.8 


5.9 


3.4 


De 900 à 1200 fr. 


67.2 


7.4 


l5.2 


5.7 


4.5 


De 1200 à 2000 fr. 


63.3 


6.9 


16.8 


5.3 


7-7 


Plus de 2000 fr. . 


64.8 


7.4 


17 1 


4.0 


6.7 



Il est utile de remarquer que les budgets belges de i853 ^ 
comprennent parmi les dépenses de nourriture celles consistant 
en consommations de boissons alcooliques, de même que les 
dé])enses pour la culture et l'entretien du jardin. 

42. La loi d'Engel comporte le corollaire suivant : 
la proportion des dépenses du chef de la nourriture 
par rapport au total de la dépense peut être consi- 
dérée comme une unité de mesure du bien-être maté- 
riel : plus est élevée cette proportion, moins il reste 
de ressources à consacrer à d'autres objets et vice 
versa. On a également mis en lumière, à l'aide de la 
méthode des budgets^ l'importance du coût de la vie 
animale et le fait que toute élévation de son prix 
affecte les classes les plus pauvres dans une mesure 
plus grande que les autres. 

43. Si l'on veut comparer entre eux des budgets 
de familles comprenant des nombres de personnes 



De la critique statistique 



3i 



dififérents et d'âge divers le calcul sera entaché 
d'erreur parce que les situations ne sont pas compa- 
rables. On a donc imaginé des unités de réduction 
plus ou moins rapprochées de la réalité. Ernst Engel 
a proposé la suivante : 



ANNÉES 


UNITÉS 


ANNÉES 


UNITÉS 


ANNÉES 


UNITÉS 


O . 


. 1.0 


9 • 


. 1.9 


18 . 


. 2.8 


I 


. I.I 


10 . 


. 2.0 


19 . 


. 2 9 


2 . 


. 1.2 


II . 


. 2 I 


20 . 


. 3.0 


3 . 


. 1.3 


12 . 


. 2 2 


21 . 


. 3.1 


4 • 


. 1.4 


i3 . 


. 2 3 


22 . 


. 3.2 


5 . 


. 1.5 


14 . 


. 2.4 


23 . 


. 3.3 


6 . 


. 1.6 


i5 . 


. 2.5 


24 . 


. 3.4 


7 • 


. 1.7 


i6 . 


. 2.6 


25 . 


. 3.5 . 


8 . 


. 1.8 


17 . 


. 2.7 







La dépense ou le revenu par unité est trouvé en 
divisant le chiffre du revenu ou de la dépense par la 
somme des unités à compter pour chaque membre du 
ménage. Un ménage composé du mari (3o ans), de 
la femme (23 ans) et d'un enfant (2 ans) représente 
3.5 + 3.3 + 1.2 = 8 unités. 

Références. — L'étude des budgets ouvriers, considérés 
comme indices de la condition des classes laborieuses, est 
abordée dans un certain nombre des traités renseignés à la fin 
de ce volume. Mais l'étude la plus complète qui ait paru à cet 
égard est celle faite par Ernst Engel, sous le titre : Die Lchens- 
kosten belgischer Arbeiter-Famiïien, 1895, dans laquelle l'auteur 
expose les règles de la méthode. — Higgs, dans le Journal of 
Statistical Society {iSg3), de Londres, a également envisagé le 
point de vue méthodologique. — Landolt (Bull, de VlnstiUit int. 
de Statistique^ vol. VI) est encore à consulter, de même que 
Mayo-Smith, qui a écrit un remarquable exposé de la question 
dans son ouvrage Statistics and Economies, 1899, et Stephan 



32 



i^*-' Partie. Statistique générale 



Bauhk, dont l'article par le Handivorterhuch de Conrad est à lire. 
— Le Play a décrit sa méthode dans le premier volume de 
ses Onvricvs européens \ ce sujet a été également traité par 
CiiKvssoN {Réforme sociale, iSgS et 1896) et d^me façon très com- 
plète par FociLLON (Instntdions sur Vohservation des faits sociaux 
selon la méthode des monographies, Paris, 1887). Les bibliographies 
rédigées par Mayo-Smitii et Bauer renseignent les principales 
sources statistiques. On doit y ajouter l'enquête récente du 
Board of Trade : Cost of living of the working classes^ qui s'étend à la 
Grande-Bretagne, à l'Allemagne, à la France et à la Belgique. 
Enfin, M. DE Fo VILLE, dans une étude toute récente, a fait de 
(( la Monographie et de ses variantes r> un examen critique très 
intéressant et qui s'étend somme toute au relevé indirect tout 
entier. [Inst. Int. de Statistique, XII^ session, 1909 ) 



CHAPITRE IV 
De la critique statistique 

I. Définition et division de la matière 

44. Les résultats de la statistique sont basés sur 
Tobservation ou relevé. Or celui-ci peut être vicié 
dans sa base même par deux causes générales : on a 
voulu nous tromper — on s'est trompé sans intention. 
Ces deux causes tracent la division de la matière. 

Ceci est déjà contenu en principe dans les explications qui 
précèdent, i^r cas : on a voulu nous tromper a) par crainte 
des impositions nouvelles qui résulteraient des renseignements 
demandés ; h) parce que les questions posées heurtent la con- 
science ou les sentiments personnels. 2® cas : On s'est trompé 
a] parce que le questionnaire n'était pas clair h) parce qu'on a 
mal interprété les questions posées c) parce qu'on a omis dans 
le relevé certaines unités etc. 



De la critique statistique 



33 



45. Dans les observations scientifiquement con- 
duites, faites par des hommes de grande valeur, avec 
des instruments de haute précision — par exemple 
dans les recherches astronomiques — on constate 
des erreurs. A plus forte raison, doit-il s'en glisser 
dans le relevé statistique, opéré par des centaines ou 
des milliers d'observateurs, parfois peu instruits ou 
mal préparés, et qui concerne des problèmes malaisés 
à définir. Le principe d'après lequel l'attention doit 
toujours être en éveil et qu'on ne peut accepter 
comme exacts des chiffres non vérifiés, est donc 
fondé. Le but de la critique statistique est de nous 
fixer sur la valeur des renseignements recueillis. 

Lorsque certaines conditions essentielles au relevé font 
défaut, il y a toujours lieu de n'accepter les chiffres que sous 
bénéfice d'inventaire. Il en sera ainsi, par exemple, si les con- 
ditions de la technique ont été visiblement violées ou ont été 
négligées. La défiance est de règle si les principes de la 
méthode ne sont pas clairement exposés. 

46. La recherche des erreurs peut se faire à deux 
moments différents : après le relevé et avant le 
dépouillement ; après le dépouillement, de manière 
à déterminer la valeur la plus probable des données. 
Cette seconde opération sort de notre programme mais 
on la trouvera exposée dans la plupart des traités. 

L'examen critique du matériel a pour but de 
dégager les causes d'erreurs qui ont pu se glisser 
dans le relevé. 

Les erreurs sont: i) constantes ou 2) accidentelles. 

Les premières sont celles qui se reproduisent autant de fois 

3 



i^^ Partie. Statistique générale 



que l'observation est répétée et demeurent les mêmes chaque 
fois que les circonstances de l'observation restent identiques. 
Les défauts d'organisation du relevé, les dispositions psycho- 
logiques de l'observateur ou du sujet créent des erreurs 
constantes. 

Les erreurs accidentelles (ou irrégulières) sont celles qui 
sont produites par une quantité de petites causes qui troublent 
l'observation tantôt sur un point, tantôt sur un autre et qui» à 
cause de leur com.plexité, ne peuvent être connues à l'avance. 
Une bonne organisation statistique ne peut les empêcher toutes 
mais en réduit le nombre; elles se distribuent selon une cer- 
taine loi et sont d'autant moins opérantes que le nombre des 
observations est élevé. 

Les erreurs constantes sont parfois ((intentionnelles» à 
raison des dispositions psychologiques de l'auteur du docu- 
ment : telle est la tendance à arrondir les âges déclarés lors 
d'un recensement de la population. 

II. Critique de sincérité 

47. Le principe fondamental : N'admettre comme 
vrai que ce qui est démontré sincère est à la base de 
cette partie de la critique. Il n^existe pas de signe 
extérieur de la sincérité ; V accent de sincérité n'est pas 
applicable à la statistique. Dans les statistiques bien 
faites on s'efforce d'introduire des points de contrôle, 
par exemple en répétant les mêmes questions sous 
des formes différentes ; la confrontation des données 
permet ainsi de contrôler le degré de sincérité. 

48. Dans quels cas l'auteur d'un document est-il 
enclin à n'être pas sincère? La liste de ces cas peut 



De la critique statistique 



35 



être dressée d'une manière approximative. On dis- 
tingue surtout deux grandes causes : 

A. La crainte de mesures fiscales ou de réglementa- 
tion. On ne peut guère éviter de poser des questions 
de nature à faire redouter des répercussions d'ordre 
financier, mais on peut, tout au moins, prendre des 
mesures pour prévenir une crainte légitime. On a 
peur aussi qu'à la suite de certains renseignements 
l'Etat ne se décide à intervenir davantage dans le 
contrat de travail. Il y a lieu de choisir les agents du 
dénombrement de manière à ne pas justifier de telles 
appréhensions. 

49. B. La paresse. On la rencontre : 

Chez V auteur du document. Les renseignements 
donnés sont faux parce que imaginaires. 

Ne pas demander des choses trop difficiles ; éviter de poser 
des questions laissant place à des appréciations personnelles ; 
rechercher quel intérêt on pouvait avoir à mentir ; confronter 
les données, telles sont les précautions à prendre dans cet 
ordre d'idées. 

2^ Chez ragent qui recueille le document : La 
réponse est inexacte parce que l'agent ne s'est pas 
donné la peine nécessaire pour pouvoir la formuler 
correctement. 

Bien rémunérer le travail bien exécuté; comparaison des diverses 
données entre elles pour le contrôle, et des données nouvelles 
avec les anciennes, méfiance à l'égard des changements trop 
brusques, des discordances trop accentuées, voilà quelques 
indications pratiques à cet égard. 



36 



jrc Partie. Statistique générale 



3"* Chez celui qui met en œuvre les matériaux. Ceci 
revient à discuter Tesprit dans lequel le travail a été 
fait. A-t-on voulu rechercher la vérité, et rien qu'elle? 
N'a-t-on pas été préoccupé d'accumuler des maté- 
riaux dans le but de produire de l'effet, d'en imposer 
par la masse des données? 

III. Critique d'exactitude 

50. Tandis que les causes d'erreur relevées par la 
critique de sincérité sont générales et permanentes, 
celles que signale la critique d'exactitude sont acci- 
dentelles. Il est donc impossible d'en dresser d'avance 
une liste et il faut rechercher dans chaque cas les 
causes qui ont pu vicier le document. 

La difficulté de cette recherche est allégée dans 
une certaine mesure quand on prend soin de faire 
porter son examen sur les points suivants : i° la ques- 
tion n'a-t-elle pas suggéré la réponse? 2^ le résultat 
vient il de l'observation directe ou non? 3^ l'auteur 
du document a-t-il vu réellement ce qu'il rapporte, ou 
a-t-il cru le voir ?4^ quelle est la provenance des docu- 
ments : verbale ou écrite? 

51. Toutefois, la portée de ces règles n'est que 
très limitée en présence de la complexité des faits et 
de la variété des cas. La règle essentielle reste la 
critique basée sur la connaissance générale du sujet; 
l'analyse qualitative, que nous avons placée au rang 
des conditions de la préparation d'une statistique 
bien faite, retrouve ici une place importante. 

La géographie économique et commerciale aide constam- 



De la critique statistique 



37 



ment, par exemple, l'interprétation des relevés du commerce 
extérieur. Elle nous montre que certains produits, qui n'exis- 
tent pas dans un pays déterminé, ne peuvent en être exportés, 
comme faisant partie du commerce spécial, que sous le couvert 
de fausses déclarations ou par l'effet d'une convention légale. 
(Voir notre étude : en quoi consiste le commerce extérieur de 
la Belgique, Revue économique internationale^ mars 1907.) 

52. Il est évident cependant que la vérification^ 
si sérieuse qu'on la suppose, laisse encore certains 
points dans une obscurité relative. La recherche 
dans ce domaine de la critique est limitée par ce prin- 
cipe qu'il faut admettre la véracité des observations 
recueillies suivant les règles d'une bonne méthode 
scientifique. C'est pourquoi il est d'une si grande 
importance de décrire avec soin la méthode suivie ; 
les documents qui se présentent sans cet exposé ne 
peuvent être accueillis qu'avec une certaine réserve. 
Si, après tout, il reste des éléments incertains^ 
il faut les comparer à d'autres, dont l'exactitude 
paraît bien établie. Enfin, dans l'analyse finale, il est 
nécessaire de tenir compte de toits les éléments de 
nature à prouver ou à infirmer une proposition, et non 
pas d'une certaine catégorie d'entre eux seulement. 

Références. — Tous les traités modernes consacrent une 
partie spéciale à la critique statistique. Parmi les plus com- 
plets et les plus sûrs à cet égard, citons Benini (critica e compa- 
razione dei dati primitivi); Bosco (critica dei dati p. 382 et suiv.); 
Meitzen [tlie reqiiirements oj the technique III Examination of 
returns, ^% io3 et 104). Voir aussi l'excellent exposé de Seignobos 
dans la méthode historique appliquée aux sciences sociales . Comme appli- 
cation fine et ingénieuse des principes, lire certains passages de 
BENiNi [loc, cit. , § 5), et Fraxcesco Coletti, dans son beau travail : 
dei valove statitisco délie cifredel conimevcio intcrnasionale, (passim). 



38 



i^e Partie. Statistique générale 



CHAPITRE V 
Du dépouillement 

53. L'unité statistique, qui se rapporte à des phé- 
nomènes non typiques, varie nécessairement. C'est 
pourquoi, si Ton veut se former une idée des ten- 
dances qui se manifestent dans la masse, il est indis- 
pensable de grouper les unités qui présentent cer- 
taines affinités. C'est l'objet du dépouillement qu'pn 
peut définir : l'opération statistique par le moyen de 
laquelle s'opère la répartition des unités ou données 
recueillies par le relevé afin d'en rendre l'étude plus 
aisée, particulièrement en vue de l'interprétation. 

Le dépouillement, à son tour, est complété par 
une série de calculs (totalisations, pourcentages, 
moyennes) dont les procédés se trouvent résumés au 
chapitre de l'exposition. (Cf. Ch. VL) 

L Préparation du dépouillement 

54. Dans le dépouillement, on compte unité par 
unité, mais il est nécessaire le plus souvent de pré- 
senter par groupes les résultats de ces calculs. Ainsi, 
dans une statistique des âges on n'énumèrera pas 
tous les âges par mois, ni même par années, mais on 
composera des groupes d'âges (moins de i an, de i à 
5 ans, de 5 à lo ans, etc ), où viendront s'agglomérer 
tous les résultats partiels compris dans les limites de 
chaque groupe. 



Du dépouillement 



1 

39 \ 



Autre exemple : on désire opérer la répartition des entreprises ] 

trouvées par un recensement industriel, d'après le nombre des ] 

ouvriers que chacune d'elles emploie. On ne peut mettre à part ^ 
toutes les entreprises qui n'ont pas exactement le même nombre 

d'ouvriers, sinon on arriverait à une classification qui compren- ; 

drait plusieurs centaines de termes (établissements de i, 2, 3... | 

297, 298, 299, 3oô, 3oi... etc., ouvriers). Aussi présente-t-on les \ 

résultats du dépouillement suivant certaines catégories : Moins i 

de 5 ouvriers, de 5 à 10, de 11 à 20, de 21 à 5o, de 5i à 100, de I 

100 à 200 etc. \ 

Le groupement est requis par des nécessités scientifiques et ] 

pratiques. Scientifiques : on éprouverait une difficulté extrême à i 

dégager quelque résultat que ce soit d'une statistique qui consis- , 
terait en une énumération infinie. — Pratiques : les statistiques 

atteindraient des dimensions telles qu'il faudrait renoncer à les ' 

publier; beaucoup de colonnes resteraient vides; en multipliant ; 

les divisions ou augmenterait les chances d'erreur dans le À 

dépouillement. | 

55. Jusqu'à quel point convient-il de réunir, de \ 
grouper les unités trouvées par le dépouillement? Il \ 
n'y a pas de règle absolue; les circonstances, l'étude 
approfondie de la matière doivent nous servir de ^ 
guides. Dune manière générale, on peut recom- 
mander de laisser apparaître les cas extrêmes, qui 
présentent une certaine rareté. Ainsi, dans une sta- 
tistique des salaires, on notera séparément les salaires 
excessivement faibles et ceux extrêmement élevés ; \ 
dans une statistique des grèves, une place spéciale ] 
sera réservée aux conflits d'une durée très longue. ) 
Pour ne pas multiplier le nombre des colonnes, on | 
présente parfois en notes ces résultats détaillés. j 



40 i^'' Partie. 



Voici un exemple de grou- 
pement opéré par le dépouil- 
lement dans une statistique 
des salaires [voir ci-contre) : 

56. Le groupement des 
unités, qui s'opère par le 
dépouillement, se pré- 
sente aussi par rapport 
aux choses que Ton énu- 
mère. Peut-on, dans une 
statistique commerciale, 
nommer toutes les espèces 
de marchandises qui en- 
trent dans un pays ou qui 
en sortent? Non, pour 
plusieurs raisons que nous 
dirons plus loin. Or, dans 
ce genre de groupement, 
deux difficultés oppo- 
sées sont à vaincre. Les 
nomenclatures trop éten- 
dues présentent l'incon- 
vénient d'être encombran- 
tes, difficiles à consulter, 
plus difficiles encore à 
interpréter. — D'un autre 
côté, les nomenclatures 

: V (Fragment de la SiatisUque 
des salaires dans les industries des 
métaux publiée par VOffice dît 
Travail j 1907.) 







lOMBRE 
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lé par jour 
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déterminé 




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00 



Du dépouillement 



41 



trop brèves groupent souvent sous une rubrique 
unique d(>s phénomènes qui ne présentent entre eux 
que des relations mal définies et ne sont pas com- 
plètement homogènes ; de plus, dans les nomencla- 
tures trop concises, on est fréquemment amené à 
introduire à la fin une catégorie de (c divers » qui 
contient une quantité de choses dissemblables. 

Ainsi, la statistique commerciale de la Hollande, qui ne 
comprend qu'un nombre assez limité de rubriques sous les- 
quelles sont classées, tant bien que mal, toutes les marchan- 
dises qui font partie du commerce international, se termine 
par une rubrique : « aile andere goedereii » qui, à l'importation, 
représente un poids de 75,166,661 kilogr. évalué à 100 francs 
les 100 kilogr. Cette masse énorme comprend évidemment une 
quantités d'articles disparates et l'évaluation qui en est faite est 
purement fictive, pour ne pas dire fantaisiste. (Voir Siatistiek van 
denin, iiit en doorvoer, 1906, p. 226.) 

Autre exemple : le tarif douanier et la statistique commer- 
ciale belges comprennent sous la rubrique : mercerie, quin- 
caillerie, deux catégories de marchandises. Ce sont, 1° les 
allumettes, 2° les autres objets. Cette dernière cla-se ne com- 
prend pas moins de cent quarante-six marchandises des plus 
disparates ! (Allard, La statistique douanière internationale^ 
publication de la Chambre de commerce belge de Paris, 
Paris, 1908, p. 14.) 

57. Quel est Tordre qu'il convient d'adopter dans 
les nomenclatures? L'ordre alphabétique a été sou 
vent employé à cause de sa simplicité, mais il pré- 
sente de nombreuses difficultés pour les personnes 
qui ont à manier la statistique. D'autre part, l'ordre 



4- 



jre Partie. Statistique générale 



idéologique a aussi ses inconvénients quand on y 
introduit des divisions trop théoriques qui n'ont pas 
de rapports étroits avec le sujet. Il convient aussi 
d'éviter l'ambiguïté dans les divisions qui se 
remarquent dans les groupements de chiffres. 

On admet aujourd'hui d'une façon générale que l'ordre idéo- 
logique doit être adopté de préférence à l'ordre alphabétique. 
Ainsi, presque toutes les statistiques commerciales sont dres- 
sées d'après la nomenclature systématique des marchandises. 

En France, par exemple, les marchandises énumérées dans 
la statistique commerciale sont groupées à un double point de 
vue ; le premier, qui est défectueux, consiste dans la distinc- 
tion surannée des produits selon leur origine végétale, minérale 
ou animale; l'autre qui serre de plus près les réalités écono- 
miques et qui groupe les produits en raison de leur espèce ou 
emploi : objets d'alimentation, matières nécessaires à l'indus- 
trie, objets fabriqués. 

Au contraire, la statistique belge et la statistique hollandaise 
sont dressées selon l'ordre alphabétique. Voici les premières 
rubriques de la statistique commerciale belge : amidon et 
fécules non alimentaires, animaux vivants, armes, beurre et 
margarine, bières, bois, bougies, etc. Ce procédé de présenta- 
tion est ailleurs tombé en désuétude. 

Les inconvénients d'une énumération idéologique trop 
exclusivement théorique se marquent avec netteté dans le 
« Recensement de l'industrie en 1880 » effectué en Belgique à 
cette date. L'antique classification des trois règnes : minéral, 
végétal et animal se trouve encore à la base de ce recensement, 
malgré son absence de signification au point de vue écono- 
mique. Ainsi, voyons-nous figurer dans une même division, la 
première, la fabrication du gaz d'éclairage (n^ 9), le travail et 
la préparation des pierres ordinaires (n^ 11), l'industrie du 



Du dépouillement 



43 



lapidaire {n^ 12), le raffinage du sel (n^ 17) et la fabrication du 
verre à vitre (n^ 18); cet amalgame extraordinaire ne dit rien à 
l'esprit. 

IL Du DÉPOUILLEMENT CONSIDÉRÉ EN LUI-MÊME 

58. Pour effectuer le dépouillement, il faut donc 
classer ensemble toutes les unités de même nature 
qui se trouvent notées dans les milliers de bulletins 
ou questionnaires dressés et rassemblés par les 
agents employés au relevé. La première chose à faire 
est d'arrêter les modèles des formules qui servi- 
ront au dépouillement. Ces formules sont identiques 
aux tableaux employés pour la publication elle- 
même, sauf que leur format est beaucoup plus 
grand à cause des inscriptions manuscrites qu'elles 
doivent recevoir; parfois aussi, elles contiennent 
des colonnes de contrôle qui ne figurent plus dans 
les tableaux de publication, par exemple la division 
d'une population par âges ou par sexe alors que 
les chiffres publiés ne concernent que la population 
totale. 

Voici le tableau de dépouillement usité à l'Office du Travail 
de Belgique pour les accidents du travail ayant causé une 
incapacité de moins de huit jours. Chaque accident est relevé 
séparément et consigné dans les registres des compagnies 
d'assurance agréées ou des caisses communes organisées par 
les chefs d'entreprise ; de cette masse les accidents qui ont 
occasionné une incapacité de moins de huit jours, sont extraits 
^et groupés dans le tableau ci-après : 



-14 



i^e Partie. Statistique générale 



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deux 
jours 


lANS LE 


un 
jour 

et 
moins 





Du dépouillement 



45 



59. On distingue deux méthodes de dépouille- 
ment : le dépouillement par pointage et le dépouil- 
lement par fiches. La méthode de pointage consiste 
à marquer l'enregistrement de chaque unité au 
moyen d'une barre verticale, la cinquième notation se 
faisant au moyen d^une ligne oblique. Une méthode 
un peu différente a été préconisée : elle consiste à 
inscrire, au lieu de barres, autant de chiffres corres- 
pondant au numéro d'ordre de la colonne où on les 
inscrit. 

Bertillon, qui a préconisé ce dernier procédé, donne l'exemple 
suivant : 



MÉNAGES COMPOSÉS DE 



I 

PERSONNE 
(I) 


2 

PERSONNES 
(2) 


3 

PERSONNES 


4 

PERSONNES 


5 

PERSONNES 


6 

PERSONNES 

(6) 


I I I I I 
I I I I I 
1 I I I 


2 2 2 2 2 
2 2 2 2 2 
2 2 2 2 2 
2 2 2 2 2 
2 2 2 


3 3 3 3 3 
3 3 3 3 3 
3 3 3 3 3 
3 3 3 3 3 
3 


4 4 4 4 4 
4 4 4 4 4 
4 4 4 4 4 
4 


5 5 5 5 5 
5 5 5 5 5 
5 


6 6 6 6 6 
6 6 6 6 6 
6 6 6 6 6 




23 1 21 


16 


II 


i5 



« Il est clair, dit Bertillon, qu'il n'est pas plus long d'écrire 
un 2 que de tracer un bâtonnet, et d'autre part cela ôtera toute 
chance d'erreur car on n'aura jamais la tentation d'inscrire le 
chiffre 2 dans la colonne des 3. » Et il ajoute : a Cette manière 
de faire n'est pas toujours pratique. » Nous sommes pleinement 



46 i^e Partie. Statistique générale 



d'accord sur ce point : il est clair que ce procédé de notation 
perd de sa valeur à mesure qu'on s'avance dans l'ordre des 
nombres. Dès la dizaine, le procédé n'est plus pratique. 

60. La méthode du pointage n'est à recommander 
que lorsqu'il s'agit d'un dépouillement peu compliqué 

ou peu étendu. Elle pré- 
sente, en effet, une 
série de désavantages 
qui apparaissent surtout 
lorsque le matériel sta- 
tistique est fort considé- 
rable ; ce sont : 

1° le pointage suppose 
le maniement fréquent 
de tout le matériel sta- 
tistique. Or ce matériel 
est pondéreux, encom- 
brant et d'un maniement 
désagréable ; 

2^ l'agent peut, en poin- 
tant, se tromper de colonne ; 

3^ il peut aussi douter du pointage d'une unité ; 

4° le contrôle de ces erreurs est impossible; les 
corrections ne peuvent que faire concorder les 
chiffres entre eux et non mettre la notation chiffrée 
d'accord avec la réalité. 

61. L'autre méthode de dépouillement est celle 
des (( fiches )). Elle est très généralement employée, 




Du dépouillement 



47 



même lorsque le dépouillement n'est pas mécanique. 
L'usage de cette méthode s'impose lorsque le maté- 
riel statistique est considérable, compliqué ou qu'il 
se présente sous la forme de registres où toutes les 
unités différentes sont notées à la suite les unes des 
autres. 

Avant de faire le schéma de la fiche, il faut 
avoir arrêté la contenance des tableaux de présenta- 
tion. On reporte ensuite sur des « fiches » en carton 
souple les indications relatives à chaque unité conte- 
nues dans les bulletins ou formulaires. Cette inscrip- 
tion se fait au moyen de signes conventionnels. On 
peut, pour faciliter le contrôle, reporter ces données 
« en clair )) en les transcrivant telles qu'elles existent 
dans les bulletins, à condition qu'elles ne soient pas 
trop nombreuses, et en les traduisant ensuite, en 
regard, en notations conventionnelles. On augmente 
le pouvoir de représentation des fiches par l'emploi de 
couleurs différentes et de profils appropriés (« fiches 
à bec ))). L'emploi des fiches pour le dépouillement a 
déjà été recommandé en 1867 par Ernst Engel. 

Nous reproduisons en premier lieu le modèle de la fiche 
employée lors du « Recensement général des industries et des 
métiers en Belgique au 3i octobre 1896 ». 

Le type de fiche suivant, utilisé pour la statistique 
des accidents du travail ayant entraîné une incapacité 
de travail temporaire de plus de 8 jours, combine 
les indications écrites avec les notations conven- 
tionnelles. 



Partie. Statistique générale 




Du dépouillement 



49 




4 



i^e Partie. Statistique générale 



62. Les avantages des fiches sont nombreux, 
malgré qu^à première vue le temps employé à leur 
confection paraisse pouvoir être mieux mis à profit. 
L'expérience prouve cependant que cette méthode est 
à la fois plus expéditive, plus économique et plus 
sûre que toute autre : 

1° la méthode des fiches est la seule qui con- 
vienne quand il s'agit du dépouillement d'un matériel 
contenu dans des registres (actes de Tétat-civil, 
inculpations en matière pénale, assurances contre les 
accidents du travail, etc.); 

2^ leur maniement est facile et peu coûteux, un 
grand nombre de données se trouvant accumulées 
sous un faible volume ; 

3^ le contrôle du classement des fiches s'effectue 
facilement à l'aide des perforations qui y sont prati- 
quées ; 

4^ les changements dans le classement et les com- 
binaisons sont aisés; 

5° après le classement des fiches, les résultats 
numériques peuvent être obtenus rapidement à l'aide 
des machines à calculer, sans transcription nouvelle 
des données. 

in. Appareils a dépouiller et machines 

A CALCULER 

63. Quel que soit le procédé employé, les opéra- 
tions du dépouillement sont compliquées, lentes et 
coûteuses lorsqu'on a à travailler sur un matériel 



Du dépouillement 



5i 



statistique étendu. Il n'est même pas facile de les 
rendre tout à fait sûres. De même que le machinisme 
s'est développé dans l'industrie afin de réduire le 
prix de revient en accélérant la production et en la 
rendant moins pénible, ainsi les appareils mécaniques 
se sont introduits dans la statistique en vue du même 
but et avec les mêmes résultats. 

Les appareils mécaniques utilisés sont de deux 
espèces : les machines à dépouiller et les machines à 
calculer. 

64. Les machines à dépouiller sont beaucoup 
moins nombreuses que celles à calculer; quelques- 
unes ne sont point sorties du domaine de la théorie. 
Parmi celles qui ont fait leurs preuves, on peut citer 
la machine électrique Hollerith et la classicompteur- 
imprimeur. 

La machine de Hollerith permet la solution des trois 
problèmes statistiques suivants : i° dépouiller et additionner 
chaque classe sé- 
parément; 2° sé- 
parer les fiches 
selon telle ou 
telle catégorie ou 
selon des points 
de vue donnés ; 
3^ additionner 
les résultats des 
combinaisons de 
diverses catégo- 
ries. Elle consiste essentiellement dans les trois parties suivantes : 




52 i^'^ Partie. Statistique générale 



a) une fiche perforée sur laquelle se trouvent reportées, au 
moyen d'indications conventionnelles, les mentions âgurant 
au bulletin. En même temps qu'il lit le bulletin, l'employé 
perfore la fiche à l'aide d'un appareil (voir figure p. 5i) nommé 
Keyboard-Punch^ du nom de son inventeur. En plaçant une 

pointe indicatrice 
sur une feuille mé- 
tallique reprodui- 
sant les indica- 
tions de la fiche, 
l'opérateur au 
moyen d'un méca- 
nisme semblable 
à celui du pan- 
tographe exécute 
des perforations 
sur la fiche elle- 
même, à ren,droit 
correspondant. 
Un opérateur en- 
traîné fait environ 
loo fiches par 
heure. 

h) l'appareil de 
contact. La fiche 
perforée est placée dans l'appareil de contact qui comprend 
un plateau fixe et un plateau mobile qu'un levier permet de 
rapprocher du premier (voir figure ci-dessus). 

JLe plateau mobile possède un certain nombre d'aiguilles 
mobiles, et le plateau fixe le même nombre de petits godets 
remplis de mercure. A chaque point de la fiche corres- 
pondent une aiguille et un godet; tous deux sont montés 
dans un circuit électrique passant par un petit électro- 
aimant. 




Du dépouillement 



53 



Quand l'employé abaisse le levier, les aiguilles qui ren- 
contrent un point perforé plongent dans le mercure et ferment 
ainsi les circuits électriques correspondants. 

c) Un jeu de y5 compteurs. Parmi les électro-aimants appar- 
tenant à ces circuits, y 5 se trouvent dans la partie postérieure 
du pupitre sur lequel est placé l'appareil de contact. Ces 
y 5 électro- ai- 
mants agissent 
chacun sur un 
compteur (ca- 
dran à aiguille) 
de telle façon 
qu'à chaque 
passage de cou- 
rant l'aiguille 
du cadran cor- 
responda nt 
avance d'une 
unité. En abais- 
sant le levier 
de l'appareil de 
contact, on pro- 
voque l'enre- 
gistrement de l'unité dans tous les compteurs correspondant à 
ses qualités. Lorsque l'opération a été faite avec toutes les 
fiches, les indications des cadrans donnent le total de chaque 
classe. 

Nous ne pouvons sans dépasser nos limites exposer le méca- 
nisme des autres opérations ; en cas de besoin on pourra en 
lire ailleurs la description notamment dans l'ouvrage cité du 
J. Bertillon. 




65. La description abrégée du classicompteur 
imprimeur de M. Lucien March, chef de la Statistique 



54 



lie Partie. Statistique générale 



générale de la France, a été faite en ces termes par 
le journal la Nature (il niai igoi) : 

Cet appareil comprend deux parties essentielles : une table 
horizontale portant soixante compteurs ou enregistreurs 
disposés sur six rangées de chacune dix compteurs et un clavier 

analogue à ceux 
des machines à 
écrire et com- 
prenant soixante 
touches corres- 
pondant respec- 
tivement aux 
soixante comp- 
teurs. Lorsqu'on 
abaisse une tou- 
che, celle-ci vient 
appuyer sur un 
levier qui oblige, 
par l'intermé- 
diaire d'une tige 
de commande 
dont elle dépend, 
le compteur au- 
quel elle se relie 
à avancer d'une division... Au fur et à mesure que l'opérateur 
relève un renseignement déterminé, il abaisse sur son clavier 
la touche réservée à la notation de ce dit renseignement ... 
La manœuvre d'une manette permet d'enregistrer simultané- 
ment toutes les données isolées en faisant avancer d'une unité 
tous les compteurs intéressés. Les compteurs comprenant 
chacun quatre chiffres, il devient nécessaire de relever les indi- 
cations qu'ils portent dès que l'un d'eux a enregistré le 
nombre 9999. Les compteurs, à cet effet, sont encrés; le cadre 




Du dépouillement 



55 



mobile supportant une feuille de papier conduite sur des rou- 
leaux spéciaux, vient s'abaisser sur les compteurs; il suffit 
d'effectuer une légère pression pour obtenir la notation 
imprimée de tous les chiffres enregistrés. La machine com- 
prend un appareil de contrôle consistant en la perforation 
d'une bande de papier par des aiguilles correspondant aux 
compteurs ; la position des trous répète les indications des 
compteurs. 

66. L'emploi des appareils à dépouiller présente 
des avanta- 
ges certains ; 
la nature de 
ceux-ci varie, 
en quelque 
cas, d'après j 
le dispositif 
usité, mais 
une somme 
constante d'u- 
tilité peut 
être recon- 
nue au système : un nombre plus ou moins grand 
d'unités est enregistré d'un seul coup ; 2^ la notation 
mécanique et l'addition des unités se fait sans erreur ; 
3^ l'ensemble des opérations est beaucoup plus rapi- 
dement achevé que dans les procédés manuels. On 
a calculé qu'au Censits Américain de 1890, la 
machine Hollerith avait fait économiser une énorme 
dépense d'argent et de temps. En 1900, si l'on avait 
opéré d'après les anciens procédés, on aurait dû 



56 



JVC Partie. Statistique générale 



1 



aux Etats-Unis avoir recours aux services de cent 

employés pendant sept ans et onze mois. l 

67. Les machines à calculer sont nombreuses. 

Nous ne parlerons que de quelques-unes d'entre elles ; 

dont nous avons pu, par expérience, vérifier le mérite. ^ 
Il est clair que nous n'entendons en aucune façon 

contester la valeur des appareils que nous ne citons ^ 
pas ; au surplus, il arrive fréquemment qu'un appareil ^ i 
présente des avantages pour un travail déterminé 

tandis qu'un autre l'emporte s'il s'agit d'une besogne • 

différente. \ 

Nous examinerons sommairement trois types de j 

machines : une machine à additionner, une à usages l 

multiples et une à diviser. \ 

A. L'emploi de la machine à additionner « Bur- \ 

roughs )) offre de grands avantages chaque fois qu'il | 

s'agit d'opérer sur ' 

un nombre élevé de \ 

termes. Elle se pré- • 

sente sous forme l 

d'un clavier com- i 

portant neuf ran- ] 

gées de touches, de j 

I à 9, comprenant | 

chacune jusqu'à \ 

quinze chiffres. ' 

Après l'enregistre- ■ 

ment du chiffre à ; 
additionner, en 




Du dépouillement 



57 



abaissant la manivelle on enregistre le nombre, qui 
se trouve en même temps imprimé. L'inscription de 
tous les nombres étant faite, un seul coup de mani- 
velle donne le total, également imprimé. L'impres- 
sion assure le contrôle par le moyen d'un simple 
collationnement. 

Les principaux avantages sont : une grande économie de 
temps, un travail clair et bien fait, une sécurité absolue grâce 
au contrôle. Les machines Burroughs sont indispensables 
dans tous les travaux de statistique, dont la majeure partie est 
basée sur l'addition; elle est également recommandable pour 
le contrôle de la comptabilité, les balances de fin de mois, les 
bordereaux des effets de commerce, les relevés du porte- 
feuille, etc. La robustesse de la machine est très grande. Tout 
le mécanisme se trouve dans la dépendance d'un cylindre con- 
trôleur qui règle tous les mouvements de la machine et empêche 
qu'une erreur puisse se produire même dans le cas où un ressort 
quelconque viendrait à se briser. (Représentant en Belgique : 
M. E. Van Oosterzee, Bruxelles.) 

B. Le but de la machine à calculer La Millionnaire 
est de simplifier le calcul en ramenant le travail 
intellectuel à la simple surveillance de la machine. 
Par suite, le travailleur est affranchi de la monotonie 
et de la fatigue du calcul mental et sa productivité et 
son exactitude en sont augmentées d'autant. 

La Millionnaire est capable d'exécuter tous les 
calculs simples ou composés possibles qui peuvent 
se faire par l'emploi des quatre opérations arithmé- 
tiques : addition, soustraction, multiplication et 
division. 



58 



Partie. Statistique générale 



La Millionnaire est spécialement intéressante par la 
grande simplicité et la robustesse de son mécanisme 

qui permettent de la 
laisser entre des mains 
inexpérimentées. 

Sa grande produc- 
tivité est due à une 
disposition originale 
qui fait obtenir les 
produits au moyen 
d'un seul tour de ma- 
nivelle, quelle que soit 
rimportance du chif- 
fre multiplicateur. 

Le complet auto- 
matisme de la ma- 
chine et sa lecture 
facile inspirent la sé- 
curité la plus entière 
et la plus justifiée dans 
les résultats qu'elle 
donne. 

(Représentant en Bel- 
gique : M. Sinave-Mi- 
gnot, à Bruxelles.) 

C. Le rouleau cal- 
culateur est une ma- 
chine à diviser, d'un 
usage remarquable- 
ment pratique pour 




Du dépouillement 



1 

59 



les calculs de proportions et une infinité d'au- 
tres, nécessités par les 
différentes opérations 
commerciales, de ban- 
que, etc. 

Cet appareil se com- 
pose d'un cylindre mé- 
tallique autour duquel 
se meut un second cy- 
lindre nommé curseur 
et composé d'un réseau 
de 5o règles parallèles, 
ayant la longueur de la 
règle à calcul ordinaire. 
Cette disposition per- 
met d'établir des divi- 
sions beaucoup plus 
nombreuses et d'obtenir 
aussi des résultats beau- 
coup plus précis. Tan- 
dis que la règle à calcul 
ne donne que trois chif- 
fres, dont deux exacts et 
le troisième approxima- 
tif, le rouleau nous four- 
nit cinq chiffres dont 
les quatre premiers sont 
exacts et le cinquième 
est à évaluer. 




i 



6o Partie. Statistique générale 



Il sort de notre programme d'exposer le maniement de 
l'appareil, affaire de simple pratique. Notons cependant que 
ce maniement consiste simplement à placer le curseur à un 
certain endroit du cylindre. Le résultat est à lire avec une 
certaine approximation. Exemple : Un pays importe des mar- 
chandises pour une somme globale de 3,756,809 fr. Que 
représentent sur ce total, en p. c., des importations de pro- 
duits agricoles pour 179,642 fr., de vélocipèdes et accessoires, 
72.456 fr., de produits chimiques, 265,463 fr., etc.? Nous pre- 
nons sur le curseur le chiffre global 3,756,809 et nous le 
plaçons sous l'unité du cylindre : nous lisons sur ce dernier, 
au-dessus de chaque chiffre du curseur, les résultats suivants : 

4,783 °/o 1,9285 °/o 7.066 0/0 ^ 

^ ^ etc. 

179,642 72,456 265,463 

Le résultat de la division est donc donné par une simple 

lecture. (Représentant en Belgique (marque : Le Merveilleux) : 

M. William Block, à Bruxelles.) 

Références. — Sur la question des procédés mécaniques 
du dépouillement, on peut consulter notamment : Bosco 
(Lezioni), p. 364; Bertillon, Appendice, p. 579, et les articles 
suivants ; Rcsso, dans le Giornale degli Econoniisti^ vol.' VIII, 
mai 1894; Newcomb, Mechanical tahilation of the statistics of 
a^fiailture (XII Census), Philadelphia, 1901 ; Rauchberg, 
Die elecfr'sche Zdhlmas chine, archives de Von Mayr, 1891; Ame- 
rican Census taking, dans Ceniury Magazine^ 1903; Guillaume, 
La machine électrique à compter, dans le Joîirnal de Statistique suisse y 
3oe année, etc. 

CHAPITRE VI 
De l'exposition 

I. DÉFINITION ET RÈGLES PRATIQUES 

68. — L'exposition statistique consiste dans le 
groupement et la présentation des données en vue de la 
publication. Elle a pour objet de grouper les données 



De l'exposition 



6i 



homogènes dételle façon que, par leur réunion, l'es- 
prit soit frappé de certains résultats et que les tendan- 
ces des faits se dégagent avec une suffisante netteté. 

L'expérience apprendra la manière de présenter 
les données statistiques en tableaux clairs, bien 
ordonnés, qui ne soient ni trop simplistes, ni sur- 
chargés. Cet art, qui ne peut guère s'enseigner, ne 
concerne à vrai dire que les « professionnels » de la 
statistique et est en dehors du programme de ce cours. 

Résumons seulement quelques règles qui peuvent être utiles 
à tous ceux qui doivent présenter les résultats chiffrés de 
certaines observations : 

a) les formats trop grands sont incommodes et ne peuvent 
se placer dans les bibliothèques; trop petits, ils ne permettent 
pas la reproduction de tableaux tant soit peu développés. Le 
format in-40 est celui qui doit être préféré; il est assez généra- 
lement admis aujourd'hui; 

h) on ne doit pas introduire dans les publications des 
tableaux imprimés sur format plus grand et pliés à l'intérieur 
du volume ; incommodes à consulter, ces tableaux sont vite 
déchirés et hors d'usage. 

c) il est peu pratique d'avoir des tableaux se continuant sur 
quatre pages; la lecture en est difficile et rebutante. 

d) il est très fréquent, par contre, qu'un tableau statistique 
s'étende sur deux pages, c'est-à-dire sur toute la largeur du 
volume; dans ce cas l'exact repérage des lignes est de rigueur. 

e) pour faciliter la lecture, on peut répéter à droite la 
nomenclature selon laquelle les faits statistiques se trouvent 
présentés à gauche. Des numéros d'ordre peuvent, mais 
imparfaitement, remplir *le même office. 

/) le choix judicieux des caractères d'imprimerie facilite la 
lecture (chiffres gras pour les totaux, etc.). 



62 



i'"® Partie. Statistique générale 



IL Procédés arithmétiques de l'exposition 
A. Les séries 

69. L'observation statistique doit être répétée 
dans le temps pour acquérir toute la valeur dont elle 
est susceptible. Une succession de données statis- 
tiques résultant de Tobservatîon quantitative d'un 
fait non typique, c'est-à-diré variable, répétée dans 
le temps et en une unité donnée d'espace s'appelle 
une série. Ainsi, la population de la Belgique relevée 
tous les dix ans à l'aide du Recensement, forme une 
série. Le nombre des grèves survenues en Belgique, 
relevé chaque année par l'Office du Travail, forme 
aussi une série. Nous verrons plus loin que ces deux 
séries n'appartiennent pas à la même catégorie. 

70. On distingue plusieurs sortes de séries. 

On appelle séries statiques à poids constant celles 
qui sont constituées de données ayant une égale pré- 
cision, ou dont la précision peut être supposée égale 
ou tout au moins ne varie pas beaucoup. 

Certains phénomènes démographiques présentent, au point 
de vue statistique, ce caractère. 

Sur 100 naissances féminines nombre de naissances masculines 
en Belgique (*) 



PÉRIODES LÉGITIMES ILLÉGITIMES 

I84I-I85O 105,48 102,54 

i85i-i86o io5,44 102, 53 

1861-1870 io5,39 io3,o3 

1871-1880 104,88 102,37 

1881-189O 104,63 102,25 

1891-1900 104,84 102,72 



(1) Annuaire statistique de la Belgique^ 1907, p. m. 



De l'exposition 



63 



71. On observe encore des séries statiques à 
poids variable, c'est-à-dire dont la précision n'est pas 
égale, soit que le relevé présente à certaines époques 
des défectuosités, soit que certains éléments de la 
série soient certains et d'autres incertains, soit enfin 
qu'il s'agisse de rapprocher une série, dont les don- 
nées sont certaines, d'une autre série dont les chiffres 
sont plus ou moins douteux. 

72. Les séries à caractère dynamique sont celles 
constituées par des données qui se succèdent selon 
une certaine progression, croissante ou décroissante, 
régulière ou irrégulière. 

Si la progression ou la diminution est parfaitement 
régulière, on doit admettre l'action de causes 
variables combinée avec celles de causes constantes. 
Il est rare que cette régularité s'observe dans les 
phénomènes relevés par la statistique. 

Ce qui est plus fréquent en statistique, ce 
sont les séries composées de nombres croissant 
ou décroissant d'une manière irrégulière, ou de 
nombres qui tantôt augmentent, tantôt diminuent 
sans qu'aucune relation puisse se remarquer 
entre les mouvements de hausse ou ceux de 
baisse. 

Le commerce de la Belgique a augmenté presque chaque 
année, mais il n'y a pas de proportionnalité dans les chiffres 
de l'accroissement qu'on remarque : c'est une série dynamique 
à progression irrégulière. 



64 i''^ Partie. Statistique générale 



Commerce spécial de la Belgique 

ANNÉES IMPORTATIONS EXPORTATIONS 

(IVIilliers de francs) (Milliers de francs) 

1892 1,536,454 1,369,440 

1893 . . . . . . 1,575,139 1,355,945 

1894. 1,574,549 i,3o3,686 

1895 1,680,408 1,385,439 

1896 1,776,732 1,467,944 

1897 1,873,012 1,626,372 

1898 2,044,727 1,787,007 

1899 2,260,243 1,949.292 

1900 2.215,753 1,922,884 

1901 2,220,992 1,828,232 

1902 2,38o,683 1,925,490 

1903 . 2,656,370 2,110, 338 

1904 2,782,220 2,183,261 

1905 3,068,337 2,333,676 



Le nombre des grèves et des grévistes est tantôt plus fort, 
tantôt plus faible. Il constitue une série dynamique essentiel- 
lement irrégulière : 

Nombre des grèves en Belgique 



ANNÉES GRÈVES GRÉVISTES 

1896 139 23,204 

1897 i3o 35,958 

1898 91 i3,ioi 

1899 104 57,931 

1900 146 32,443 

1901 117 43,814 

1902 . 73 io»477 

1903 70 7*649 

1904 81 12,375 

1905 i33 75.672 



De l'exposition 



65 



B. Les moyennes 

73. La notion de la moyenne, en statistique, est 
double. Au point de vue mathématique, la moyenne 
est la valeur la plus probable entre toutes celles d'une 
série de données qu'on peut ou qu'on doit supposer 
entachées d'une erreur quelconque, même légère. Si 
elle n'exprime pas encore la vérité absolue, que nous 
sommes fréquemment impuissants à déterminer, elle 
constitue au moins l'expression la plus parfaite de 
la vérité, telle que nous pouvons la concevoir, étant 
donné l'imperfection de nos sens ou de nos moyens 
d'observation. 

74. A un autre point de vue, plus général et plus 
fréquent aussi, la moyenne joue en statistique le rôle 
de la synthèse, l'intelligence humaine étant naturel- 
lement portée à dégager des phénomènes observés, 
des lois, des tendances. Les séries forment déjà une 
sorte de synthèse où viennent se fondre de nom- 
breuses données. La moyenne est une sorte de com- 
mune mesure, une expression idéale qui résume 
toutes les données. La fonction des moyennes est 
d'exprimer un ensemble complexe de phénomènes au 
moyen d'un petit nombre de chiffres simples. 

75. Au double point de vue qui vient d'être exposé 
correspondent deux sortes de moyennes : la moyenne 
objective ou réelle et la moyenne subjective ou 
idéale. 

5 



66 



1^'^' Partie. Statistique générale 



La moyenne objective ou réelle {mean des Anglais) 
est celle qui résulte des dijférentes mesures d'un 
luciuc objet. Du moment qu'on veut aboutir à une 
précision relative, les observations appliquées à un 
objet déterminé s'écarteront légèrement l'une de 
l'autre. Aucun motif n'existe, supposons-nous, pour 
choisir Tune de ces mesures plutôt que l'autre. On 
n'en choisit donc aucune, mais on prend la moyenne 
de toutes les mesures et cette nouvelle mesure 
est la plus proche de la vérité, de l'exactitude 
absolue. 

76. L'exemple ci-après, donné par Quételet (^), 
montre comment la moyenne est réellement la valeur 
la plus probable : 

La cause des erreurs qui peuvent se produire dans le calcul 
de la position d'un astre, est exposée comme suit par Quéte- 
let : (( Un observateur peut assigner la position d'un astre sans 
avoir à craindre des erreurs qui s'élèvent à plus de trois à 
quatre secondes en arc, c'est-à-dire que la distance dont il 
peut se tromper équivaut, au plus, à la largeur de la petite 
bande du ciel que nous cacherait un fil tendu à plusieurs pieds 
de distance devant nos yeux. Cependant un grand nombre de 
causes peuvent donner naissance à cette erreur... Ainsi, 
quelque précis que soit l'instrument, il n'est point parfait dans 
toutes ses parties; quelles que soient l'adresse et l'expérience 
de l'observateur, son coup d'œil n'est pas infaillible ; l'air peut 
être dans des circonstances plus ou moins défavorables : nous 



(1) Lettres S7ir la théorie des probabilités, p. 124. 



De l'exposition 



67 



ne voyons les astres que du fond de l'atmosphère dans 
laquelle nous sommes plongés et, à cause des réfractions, 
ils ne sont réellement pas dans les lieux où nous les aper- 
cevons... » 

Ces erreurs peuvent évidemment se produire dans 
un sens ou dans Tautre. En appliquant la théorie des 
moyennes aux déterminations en temps de Tascension 
droite de la polaire (distance de cet astre au point 
équinoxial, mesurée le long de l'équateur céleste), 
déterminations faites au nombre de 487 par l'Obser- 
vatoire royal de Greenwich pendant les années i836 
à i83g inclusivement, Quételet a dressé le tableau 
suivant : 



Différence 


Nombre 


Probabilité 


Rang 


en 


des observations 


des écarts 


des nombres 


ascension droite 








précédents 


par écarts 






d'après 


dans l'échelle 


à la moyenne 


Absolu 


Relatif 


l'observation 


de précision 


— 3,5 


I 


2 


5oo 




— 3,0 


6 


12 


498 


45,5 


— 2,5 


12 


25 


486 


35,0 


— 2,0 


2t 


43 


461 


28,0 


-1,5 


36 


74 


418 


22,0 


— 1,0 


61 


126 


344 


16,6 


— 0,5 


73 


i5o 


218 


9,3 








68 


2,6 


MOYENNE 


82 


168 


100 


4,0 


+ 0,5 


72 


148 


248 


10,5 


+ 1,0 


63 


129 


377 , 


18,5 


+ 1,5 


38 


78 


455 


27,0 


+ 2,0 


16 


33 


488 


35,5 


2,5 


5 


10 


498 


45,5 


+ 3,0 


I 


2 


5oo 






487 


1000 







68 



1^^ Partie. Statistique générale 



Bien qu'il n'y ait que 82 observations qui fussent 
exactes, on remarquera que les autres viennent se 
grouper autour d'elles régulièrement et d'autant plus 
nombreuses qu'elles s'en écartent moins. 

77. L'emploi de la moyenne objective est fré- 
quent dans les sciences d'observation. Ainsi, la 
valeur de l'intensité normale de la pesanteur en fonc- 
tion de la latitude géographique, donnée par le 
directeur de l'Institut géodésique de Postdam, M. le 

Helmert, est déduite de 1,395 mesures résultant 
d'observations pendulaires. En statistique cet emploi 
est beaucoup moins fréquent, parce qu'en général 
l'observation statistique n'est pas répétée à l'égard 
d'un même objet, mais est faite en des lieux différents 
sur une multitude d'objets différents, quoique homo- 
gènes. 

A la rigueur, on peut concevoir en statistique des observa- 
tions répétées portant sur un objet unique; telle l'observation 
du budget d'une famille ouvrière pendant plusieurs semaines 
ou plusieurs mois, les conditions de cette famille restant les 
mêmes. 

78. Au contraire, la moyenne subjective ou idéale 
[average des Anglais) est usitée très fréquemment par 
les statisticiens. C'est celle qui résulte de la mesure 
de phisieitrs objets homogènes. Si les objets sur les- 
quels porte l'observation sont bien choisis et réelle- 
ment homogènes, on verra que les différences se 



De l'exposition 



69 



groupent régulièrement autour d'un type, qui est la 
moyenne. 

On trouve dans le i3^ volume du Journal médical d'Edimhoîir g, 
dit Quételet, les résultats des 5,738 mesures prises sur les poi- 
trines des soldats des différents régiments écossais... La plus 
petite mesure est de 33 pouces environ et la plus grande de 48; 
la moyenne de toutes les mesures donne un peu plus de 
40 pouces pour la circonférence de la poitrine d'un soldat 
écossais ; c'est aussi le nombre qui correspond au plus grand 
nombre de mesures; et, comme la théorie l'indique, les autres 
groupes diminuent de grandeur à mesure qu'ils s'éloignent de 
celui-ci. {Lettres sur la théorie des prohabilités ^ p. i36.) 

79. La moyenne subjective se nomme citoyenne 
typique lorsqu'elle vient du calcul portant sur des 
unités vraiment homogènes. On lui donne, dans le 
cas opposé, le nom de moyenne indice. La vraie 
moyenne est la moyenne typique. L'autre n'a qu'une 
valeur secondaire et l'on ne peut y recourir que dans 
les cas d'extrême nécessité ; elle n'est pourtant pas 
dépourvue de toute utilité et notamment elle peut 
rendre des services pour établir des comparaisons 
dans l'espace et dans le temps. 

80. D'après ce qui précède, on peut définir la 
moyenne : l'expression de l'état quantitatif normal d'un 
phénomène déterminé, 

La moyenne n'est vraiment exacte que pour autant 
qu'elle soit calculée dans certaines conditions. Elle 
doit porter sur : des données homogènes quant à 



70 



jio Partie. Statistique générale 



la nature de l'objet, quant à Tépoque de l'observa- 
tion, quant à l'endroit où se fait l'observation ; 2^ elle 
doit envisager des données suffisamment nom- 
breuses; 3^ enfin, on ne doit jamais prendre la 
m03^enne des moyennes. 

81. A cause des facilités mêmes qu'elles effilent, 
on est souvent porté à abuser des moyennes, dont le 
calcul devient pour ainsi dire machinal. Beaucoup 
de faits sont importants à observer non seulement 
au point de vue numérique, mais surtout au point de 
vue de leurs qualités. On peut facilement imaginer 
des cas d'après lesquels le point de vue diffère; 
exemple : le salaire moyen. La moyenne s'applique à 
des états quantitatifs et non qualitatifs. 

Si le salaire est étudié au point de vue social de la condition 
des ouvriers, un salaire extrêmement bas ou fort élevé est 
intéressant à relever, la moyenne ne servirait donc qu'à mas- 
quer des situations qui doivent être connues. — Par contre, 
un industriel pourrait fort bien rechercher la moyenne des 
salaires dans son usine pour se faire une idée de l'augmenta- 
tion, par exemple, de son prix de revient. 

82. Sous le rapport du mode de calcul, on dis- 
tingue en premier lieu la moyenne arithmétique simple. 

Cette moyenne s'obtient en additionnant l'un à 
l'autre chaque terme de la série et en divisant la 
somme par le nombre des termes : 

M — "^^ 



De Texposition 



71 



83. La moyenne arithmétique simple est la 
valeur la plus probable des données composant 
une série statistique à poids constant. En effet, 
comme chaque terme intervient dans le diviseur 
pour une valeur égale à Tunité, il importe que 
les différences entre les termes ne soient pas 
trop sensibles, ce qui exclut Temploi de cette 
moyenne dans les séries dynamiques à poids 
variable 

La moyenne arithmétique simple possède plusieurs pro- 
priétés mathématiques intéressantes. La première s'exprime 
en disant que la somme des écarts positifs de chaque terme 
par rapport à la moyenne — , égale la somme des écarts 
négatifs, — ou encore que la somme algébrique de tous les 
écarts est égale à zéro. 

Exemple. Soit la série : 

25 = — 4 
32 = + 3 

28 = — I 

26 = — 3 25+32 + 28 + 26-4-194-33+40 

19 = - 10 M = = 29 

33=+ 4 
40=- + 11 

29 o 

La seconde propriété mathématique s'énonce : la somme 
des carrés des écarts de chaque terme par rapport à la 
moyenne est un minimum par rapport à la somme des carrés 
des écarts résultant d'une autre valeur quelconque que celle 
de la moyenne obtenue. 



72 



i''^ Partie. Statistique générale 



Exemple. Soient les écarts positifs et négatifs donnés à 
l'exemple précédent. On en fait le carré, en ayant soin de 
considérer tous les écarts comme positifs. 



4 




i6 


3 




9 


I 




I 


3 




9 


10 




100 


4 




i6 


II 




121 






272 



écarts \ _ t^.^ > carrés 



84. La moyenne arithmétique peut encore se 
calculer en tenant compte de la valeur différente des 
termes. On dit alors qu'elle est « composée » ou 
« pondérée ». 

Supposons que Ton doive chercher le prix moyen 
d'une marchandise vendue, pendant plusieurs jours, 
à des prix différents et en quantité variable. Nous 
avons : 

L. 5o hect. à fr. 25 
M. 25 hect. à fr. 22 
M. 35 hect. à fr. 24 
J. 90 hect. à fr. 27 

Pour obtenir la mo3^enne pondérée, nous multi- 
plions entre eux les éléments qui se combinent et 
nous divisons le total par la somme des quantités. 
Nous avons donc : 

_ 5o X 25 + 25 X 22 -4- 35 X 24 + 90 X 27 _ 
5o + 25 + 35 + 90 



De l'exposition 



73 



85. La moyenne arithmétique composée ou pon-' 
dérée est d^un usage fréquent, surtout pour la forma- 
tion des index-numbers (^). Dans ce genre de 
recherches, on a à comparer aux prix d'une année, 
uniformément ramenés à loo, les prix d'une autre 
année. Mais il est évident que les variations de prix 
auront d'autant plus d'importance que la consom- 
mation de l'article envisagé est elle-même considé- 
rable. Pour que chaque marchandise intervienne 
dans le total avec un poids proportionné à son impor- 
tance, on assigne des côtes différentes à chaque pro- 
duit et on opère ensuite comme pour obtenir la 
moyenne pondérée. C'est ce que montre l'exemple 
suivant : 



MARCHANDISES 


PRIX EN "/o 

par rapport 
à l'année de base 


COTES 
OU POIDS 


PRODUIT 

de la 
multiplication 


Blé 


77 


7 


539 


Argent .... 


6o 


I 


60 


Viande .... 


90 


3 


270 


Sucre 


40 


2 


80 


Coton 


85 


4 


340 




352 


17 


1289 



77 X 7 + 60 X 1+90 X 3 H- 40 y 2 + 85 v 4 1289 
7+1+3+2+4 

352 

La moyenne simple donnerait = 70.4 (Bowley). 



(^) Voir à la fin du volume la partie consacrée à la Siatisiiqiie 
des prix. 



74 i^'*^' Partie. Statistique générale 



86 La moyenne géométrique ou logarithmique 
est donnée par la racine du produit des termes, 
portée à un exposant égal au nombre des termes. 
y/ 2x6 = 3.464. On s'en sert particulièrement 
lorsque, dans un série, on veut diminuer Tinfluence 
des nombres trop élevés. En fait, son usage est 
limité. 

Bowley donne l'exemple suivant qui montre les 
résultats sensiblement différents que Ton obtient 
par remploi de la moyenne arithmétique et de la 
moyenne géométrique. 



NOMBRES 


Moyenne 
arithmétique 


Moyenne 
géométrique 


80, 




120 


ii3 


80, 




146 


120 


20, 




73,3 


57 


20, 


20, 80, 100» 100, 120, 160, 324, 972 


198 


104 



87. On trouve la moyenne harmonique au moyen 
de la division du double produit des termes par la 
somme des produits. Ainsi : 

2 (2 X 6) _ 
2 + 6 ~ * 



C. Procédés auxiliaires 



88. Parfois le calcul des moyennes n'est pas 
applicable. On essaye alors d'y suppléer par certains 



De l'exposition 



75 



procédés auxiliaires au nombre desquels il y a lieu 
de signaler surtout la méthode des pourcentages accu- 
mulés. On s'en sert pour déterminer, dans un groupe 
soumis à l'observation, des points particulièrement 
intéressants, toutes les fois que le calcul des 
moyennes pourrait présenter Tun ou l'autre incon- 
vénient. Le principal inconvénient de la méthode est 
que son emploi est assez souvent rendu impossible 
par la manière dont les faits se distribuent. Il faut, 
en effet, que l'on puisse considérer des faits qui se 
répartissent par fractions sensiblement égales entre 
un grand nombre de divisions ; si les groupes ou 
divisions sont composés d'une manière fort inégale 
le calcul pourra être impossible, ou la médiane cor- 
respondra à une simple abstration, notion en dehors 
de la réalité. 

Voici la manière de procéder : étant connue une série de 
données, partagée par classe ou groupes, on commence par 
établir la proportion de chacun des nombres par rapport au 
chiffre total. Ensuite, en commençant par le bas, on additionne 
tous ces pourcentages en mettant en relief les totaux qui se 
rapprochent le plus de 25 p. c. (i''^ quartile), de 5o p c. 
(médiane; et de 75 p. c. (2^ quartile). Les valeurs renseignées 
à ces endroits sont considérées comme indices pour établir 
la distribution de la masse en catégories correspondant 
au quart, à la moitié ou aux trois quarts des unités consi- 
dérées. 

Le tableau suivant, qui donne l'illustration de la méthode, 
est composé d'après les données d'une enquête faite en Bel- 
gique, en 1901, par l'Office du travail, sur les salaires des 
ouvriers dans l'industrie textile. 



76 



i^e Partie. Statistique générale 



TRANSFORMATION 
en pourcentages accumulés des chiffres ci contre 
relatifs aux industries des fils et tissus de 


laine 


o N r^oo r^u-^ ce ïr^^n 
o cr> Cl OO ^oo ci m oi r^co n 

o a^ cr> cr>co t^vo v«d rj- cm m 

M 


1 


1 


ce ton 


a ^ Ci 
o 00 o M jr^ r^io m cr> n 
o a^C^a^O^00 t^'^io t^ci m 

M 


1 


1 




Ocï^Ooot^-^o^c^nciciMcriOO 

O G^ t}-00 o r^ro oo m lo m O O 

O 0> CT» O^CO 00 v£) ^ro Cl M 


1 


1 


chanvre 
et 
jute 


o CO 00 00 ^CO ^-lC0C01J-)OO^CÎ1r) , 

o ^00 Cl co 'd-^ ^ o rt- ^ d 

6 00 ci CO rj-lO KO &\ ^OO ^ Cl d Ô 

o 0■^0^C0 l-^VD ^Cl M 

M 


1 


1 


PROPORTION P. C. 
des ouvriers gagnant les salaires ci-contre 
dans les industries des fils et tissus de 


laine 


<D Cleo o^t^o^M d M c?>r~^M dio 

o r>.cO M OO o O M CMO 00 CO OO ri- d 
O O HCOCOv^^X) OOO CTi^MVOco 

M M M M 


100.00 


d 

ko 
ro 

6 

M 


coton 


o.i3 

I.20 

2.58 
4.93 
6.67 
9.70 
10.09 
12.16 
10.84 
17.56 
11.36 
6.81 
3.23 
1.47 
1.27 


100.00 


ers 

o\ 
10 




cooo^dMcotoor^OOMdMoo 

d OMJO CO 00 Thin 000 diO rJ-MCO M 
0 M ro r^'^O^ClMDco M 0 0 

M M M M 


OO'OOI 


0^ 

0 
i>» 


g o s 


r^to 0 ^vû i>.oo 0 00 M i>s r^ijo 
vn 10 a>oo 00 M T^vo uo Tf- 0 i-i Cl 

M 10 d^c6 CO 00 i>sin "-d- M ci 6 6 

M H M 


00 001 


00 
0 
d 

M 


NOMHRE 

des 
ouvriers 
considérés 


00 ^00 ^ c t^oo CO M 0 a^ 

1OVOIOOO 0 Cleo -^COOO 0^i^COV£) d 

en KO i-i KO o^co g^ko 00 ^d-io 

MMCldddOOdM 


1 


00 
0 

KO 

d 


TAUX 

DES 

SALAIRES 


OM^i^O^d^r^O^-^C^^O^Th^S ;3 

r— 1 ^ 

'G3 '03 'C^ 'rt 'Oj '03 'C^ '03 'C^ 'C^ 'C^ '03 'OÎ ^ 

'^O^O'oOioQioOOOOOo 
d^OC^^t^Oduot^OioOmOvo en 
'dH-.MMMcicicidcôroTi- ^uo uô £ 

•S^ ______ _ a 

Soj"'- 0 

n -a Z 



De Texposition 



77 



D. Pourcentages et rapports 

89. Les nombres absolus se comparent entre eux 
malaisément. Si je veux me faire une idée de la rela- 
tion, du rapport de 3,225 à 16,973, je ne puis arriver 
sur-le-champ à une notion précise; au contraire, je 
saisis immédiatement ce rapport quand on me dit 
que 3,225 = 19 pour cent de 16,973. Les comparai- 
sons sont de Tessence même de la statistique; comme 
elles portent parfois sur des séries fort longues, on 
ne peut exiger du lecteur qu'il procède lui-même 
aux calculs nécessaires ; aussi a-t-on coutume de 
présenter les données statistiques sous forme de 
pourcentages ou rapports, en même temps qu'en 
chiffres absolus. 

Le résultat est toujours présenté par une fraction 
ayant pour numérateur une des données, multipliée 
par un nombre rond, tel que 100, 1,000, 10,000, et 
pour dénominateur l'autre donnée; ou encore par une 
fraction dont le numérateur est multiplié par l'unité 
et qui pour dénominateur l'autre terme envisagé. 

90. La question la plus simple qui se présente est 
la suivante : étant donné un nombre total, exprimer 
en chiffres proportionnels l'importance relative de 
chacune des parties dont il se compose. Les frac- 
tions expriment la partie pour laquelle chaque terme 
intervient dans la somme totale. Le nombre que 
l'on veut transformer constitue le numérateur de la 
fraction et est multiplié par le chiffre 100 si l'on 



78 



i^c Partie. Statistique générale 



recherche la proportion sur loo, par le chiffre i,ooo 
si Ton recherche la proportion sur i,ooo, etc. Le 
dénominateur est la somme ou total. 



Répartition des ouvriers des industries des métaux 
d'après la durée du travail. 



DU TRAVAIL 


NOMBRE 

ouvriers 


MODE D OPÉRER 


RÉSULTAT 

pourcentages 




2,020 


2.020 X 
93,046 


= 2.17 


8 T lieures ou 8 |- heures . . . 








8 ^ )) ou 9 » . , . 


682 


682 X 100 

93,046 


= 0.73 


9 ï » ou ç 1 » ... 


437 


437 X 100 
93,046 


= 0.47 


9 ^ » ou 10 » ... 


45,66i 


45.661 X 100 
93,046 


= 49.0S 


10 1 » ou 10 1 ' ... 


19,011 


19,011 X 100 

93,046 


= 20.43 


10 1 » ou II » ... 


20,909 


20,909 X 100 
93,046 


= 22.47 


IJ f )> ou II 1 » . . 


2,199 


2,199 X ïoo 

93,046 


= 2.28 


II 1 )) ou 12 » . . 


2,097 


2,00-- X ^00 

93,046 


= 2.25 




110 


IIO X ^00 


= 0.12 




93,046 


Total. . . 


93,046 


100.00 



9 1 . On peut encore se demander ceci : le nombre 
d'ouvriers ayant la durée de travail comprise entre 
9 3/4 h. et 10 h. étant égal à i, quel chiffre représente 
l'ensemble des ouvriers? — Autre question : pour un 
ouvrier qui travaille g 3/4 h. ou lo h., combien d'ou- 
vriers ont un autre régime? 



De l'exposition 



79 



Le mode de calcul est le même que précédemment avec 
une légère modification. La première question reçoit I9, solu- 
tion suivante : 

X étant le rapport à chercher, N le nombre total des ouvriers 

considérés et n le nombre des ouvriers travaillant 9 ^/^ heures 

ou 10 heures : 

N X I 93,046 XI . ^ .11 . c 

X = = ■ = I ouvrier travaillant 9 'Va h. 

n 45,661 > ^ ' 

ou 10 h. sur 2.o3 ouvriers recensés. 

La seconde question se résout ainsi, si l'on prend w pour expri- 
mer le nombre des ouvriers qui ont un autre régime de travail : 

m X I 47,385 X i 

X = = — — i.o3 ouvrier ayant ce régime 

n 45,661 

d'heures différent contre i ouvrier travaillant 9 ^/^ h. ou 10 h. 

92. Dans les exemples qui précèdent, on a com- 
paré entre elles des données appartenant à une 
somme unique, ou une de ces données au total. Il 
peut aussi se faire qu'un chiffre global ou une partie 
de ce total soit comparé à une masse étrangère, 
mais qui est pour ainsi dire la condition générale 
d'existence des phénomènes envisagés. Ainsi, il est 
naturel de comparer les naissances, les décès, les 
suicides, etc., à la population ou à une partie de 
cette population, choisie de manière à présenter avec 
ces faits une relation plus étroite. C'est ce qu'on a 
appelé les rapports dérivés simples. 

Le nombre des suicides en France pendant la période i856- 
1860 a été de 4,002; la population moyenne à cette époque 
était de 37,029,682 habitants. Pour un million d'habitants nous 
avons donc : 
4,002 X 1,000,000 



37,029,682 



= 108 suicides pour i million d'habitants 



So 



i^e Partie. Statistique générale 



ou encore : pour i suicide, on trouve x habitants : 
37,029,682 X I 



4,002 



I suicide pour 9,253 habitants. (Gabaglio.) 



93. Un autre exemple de Tusage des rapports et 
pourcentages se présente fréquemment en statis- 
tique : après avoir choisi une donnée comme base 
de comparaison, on la rend égale à 100 ou à 1,000 
et on compare à ce chiffre ceux de la série en les 
rendant égaux à plus ou moins de 100 ou de 1,000. 
Ce mode de calcul est usité surtout dans la forma- 
tion des Index-numberSy mais il est encore appliqué 
dans un grand nombre d'autres cas, à cause de la 
manière excessivement simple dont il rend compte 
des modifications survenues dans les nombres et de 
leur intensité. La manière d'opérer est la même que 
dans les pourcentages, c'est-à-dire que le chiffre à 
transformer^ multiplié par le nombre auquel on le 
compare, sert de numérateur à une fraction qui a 
pour dénominateur le chiffre de base. 

Dans rindex-numbers de l'Economist, le total des pour- 
centages pendant la période quinquennale 1840-1850, prise 
comme base, est égal à 2200 = 100. 

1900 = 2145 ou 97.50 1906 i^r janvier = 2342 ou 106,45 

1901 = 2126 » 96.64 » i^r juillet = 2362 » 107,36 

1902 = 1948 » 88.55 1907 i^J^ janvier == 2499 » ii3,6o 

1903 = 20o3 j) 91 04 » juillet = 2594 )) 117,91 

1904 = 2197 » 99,86 1908 janvier = 23io » io5.oo 
19051^^1 = 2i36 ou 97 10 )) i^r juillet =2190 » 99.55 

» ierVII = 2i63 )) 98.32 1909 i^^^ janvier = 2197 » 99.86 

2145 X 100 ^ 2126 X 100 ^ ^ , 

= 97,50 = 96,64, etc., etc. 

2200 2200 



De l'exposition 



8i 



94. Pour calculer les pourcentages, il faut qu'il 
y ait réellement un rapport entre les deux faits que 
Ton compare. Si Ton étudie un phénomène qui se 
modifie dans le temps, les pourcentages ne seront 
calculés que sur des nombres se rapportant à la 
même date. En un mot, on ne comparera entre elles 
que des choses comparables. 

Des pourcentages s'exprimant par des chiffres 
identiques peuvent se rapporter à des nombres très 
sensiblement différents et Ton se gardera d'attribuer 
sans examen la même importance à toutes les don- 
nées proportionnelles. Ceci est essentiel en matière 
d'interprétation statistique. 



E. Les coefficients statistiques 

95. Les valeurs moyennes comparées entre elles 
pendant un nombre d'années assez étendu peuvent 
apparaître comme constantes. On peut en déduire 
que, dans l'avenir, les mêmes faits se reproduiront, 
avec une faible tendance à se modifier. Le quotient de 
probabilité est donné par la totalité des cas qui se sont 
présentés, divisés par la totalité des cas possibles. 

3,020,585 décès à l'âge de I an 

Exemple : — ^ — 77~^^'^^^ donnent un 

^ 14,844,569 naissances. 

coefficient de mortalité de o.2o35. Quand on connaît 
le coefficient de mortalité il suffit de multiplier le 
nombre de naissances pendant une année par le coef- 
ficient o.2o35 pour connaître le nombre d'enfants qui 

t) 



82 



i^e Partie. Statistique générale 



mourront, selonles probabilités, avant d^avoir accom- 
pli leur première année. Les principaux coefficients 
sont calculés pour les pays les plus importants et se 
trouvent réunis dans les a Annuaires statistiques )) . 

On remarquera que les coefficients sont des moyennes, plus 
ou moins sûres. Ils ne fournissent qu'une approximation et si 
on cherche à les appliquer à des faits futurs, ils perdent encore 
de leur justesse. Dans le domaine spécial de la démographie, 
les coefficients peuvent rendre des services surtout à titre de 
comparaisons. Ailleurs, et surtout dans les questions écono- 
miques, ils ne serviraient, en général, qu'à fausser les idées. 

III. Procédés graphiques de l'exposition 

[S TA TISTIQ UE GRA PHIQ UE) 

96» La statistique graphique peut être définie : 
« l'expression des faits statistiques au moyen de pro- 
cédés géométriques ». (Levasseur.) Son utilité géné- 
rale consiste à substituer aux chiffres qui, par leur 
multiplicité, confondent la mémoire, une figure dont 
Tallure générale se découvre d'un seul coup et, en 
parlant aux yeux, se grave plus facilement dans le 
souvenir. 

Comme utiHté spéciale, on lui reconnaît celle de 
rendre plus faciles les comparaisons entre deux ou 
plusieurs faits soumis à Tobservation et de permettre 
de contrôler les indications de chiffres qui, dans les 
tableaux statistiques, n'apparaissent pas avec un 
relief suffisant. 



De l'exposition 



83 



Le diagramme ci-dessous montre, par exemple, que 
dans les recen- 
sements de la 
population, les 
recensés ont 
une tendance à 
arrondir leur 
âge, ce qui ré- 
sulte des saillies 
que présente le 
diagramme à 
chaque divi- 
sion décennale 
et quinquen- 
nale. 

97. On distingue dans la statistique graphique les 
diagrammes^ les cartogrammes et les stéréogr animes. 

Les diagrammes sont des figures construites 
d'après les procédés géométriques. 

Les cartogrammes sont des cartes géographiques 
teintées ou ombrées selon l'intensité du phénomène 
qu'on veut représenter. 

Les stéréogrammes sont des représentations géo- 
métriques de solides; on y a rarement recours à 
cause de leur complication. 

98. La qualité essentielle des représentations 
graphiques est la clarté. Si le diagramme ne parvient 





























A 














7mmi 










mm Ci 


s 




1 






.™>JC=S 




- T ' 

\ 




— ^ 








f 






k 








1 




iSSZ 


J 






t.- 
a 








1 




































S 




/ 












\ 




f 












t .* 


* i 




\ 



^^4 



1^'° Partie. Statistique générale 



pas à donner une impression plus nette que les 
tableaux de chiffres qu'il remplace, il est inutile. 
Dans ce but, on évitera de compliquer le diagramme 
en y portant des données trop nombreuses. 



99. Les diagrammes comprennent les modes de 
représentation ci-après : 

a) Le point. Ce procédé consiste essentiellement à 
disposer dans un certain ordre des points, dont cha- 
cun représente une unité statistique ou un nombre 
convenu d'unités. En tant que procédé, ce mode de 
représentation ressemble au diagramme de surfaces 
et peut être avantageusement remplacé par celui-ci. 

100. b) La ligne. Elle n'est expressive que par la 
comparaison faite avec une autre ligne. On com- 
mence par déterminer un rapport conventionnel 

entre l'unité mé- 
trique et une cer- 
taine quantité des 
faits à représen- 
ter. On emploie 
soit un seul trait 
plein, soit un rec- 

tangle allongé; 

I î ° i 1 1 i dans ce genre de 

diagramme, la hauteur du rectangle est purement 
conventionnelle, tandis qu'il n'en est pas de même 
dans les diagrammes de surface. Si l'on veut expri- 



LES GRANDES DIVISIONS DE l'aCTIVITÉ ÉCONOMIQUE 
EN BELGIQUE EN 1846 ET EN IQOO. 




De l'exposition 



85 



mer un fait qui se compose dedeuxp arties distinctes, 
on peut employer un trait plein suivi d'un pointillé 
ou un rectangle comprenant deux divisions diverse- 
ment ombrées. 

101. c) Les surfaces. Au lieu de représenter les 
faits par des lignes simples ou par des rectangles 
allongés, on peut les figurer au moyen de surfaces; 
nous disposons ici de deux éléments, la longueur et la 
largeur, de telle sorte que la précision de la figure 
est augmentée en même temps que son pouvoir 
représentatif. 

Commençons par éliminer de ce groupe une figure : le 
triangle isocèle que certains statisticiens avaient cru pouvoir 
proposer pour exprimer les rapports de nombres sensiblement 
différents ; la difficulté de se rendre compte de la valeur res- 
pective de surfaces ayant une base inégale fait rejeter cette 
figure en vertu du principe que la clarté de la représentation 
graphique doit primer toutes les autres conditions. 

Les figures de surface les plus usitées sont le 
carré, le rectangle et le cercle. 

102. On se sert des carrés et des rectangles soit 
pour comparer entre elles des données se rapportant 
à des faits différents, soit pour mesurer l'importance 
de faits ayant entre eux des rapports étroits. Dans ce 
cas, les carrés ou rectangles les plus petits sont 
inscrits dans le plus grand; dans Tautre cas, les 
figures sont séparées. Les rectangles comportant 
une base et une hauteur variables, se prêtent à la 



86 



i^e Partie. Statistique générale 



Répartition géographique des entreprises d'après le textile mis en œuvre 



m 

n 
o 

n 
□ 



notation combinée de deux faits : Ainsi, dans le dia- 
gramme ci-joint, le nombre d'établissements et le 
nombre d'ouvriers servent à déterminer la hauteur et 

la base de 
chaque rec- 
tangle. En 
général, il 
n'est pas 
aisé de com- 
parer Taire 
de deux car- 
rés ou de 
deux rec- 
tangles, à 
moins que 
la base de 
ces derniers 
ne soit inva- 
riable. Les aires de deux cercles sont encore moins 
facilement comparables. Aussi n'emploie-t-on le 
cercle que pour figurer Répartition du personnel ouvrier 
des données dont l'en- 
semble forme un total : 
par exemple, la réparti- 
tion des ouvriers d'après 
le sexe pour les princi- 
paux groupes d'indus- 
tries (3i octobre 1896). 
(Voir figure ci-contre.) 




le SEie. pour les pfmcipaiiî papes d'iDiloslnes 




VERRIÊREd 



De l'exposition 



87 



103. d) Diagrammes rectangulaires. Les lignes et 
les surfaces n'expriment qu'un rapport simple entre 
deux ou plusieurs objets, tandis que la courbe du 
diagramme rectangulaire exprime la série des rap- 
ports existant entre deux faits dont Tun est fonction 
de l'autre. 

La position d'un point dans un plan se détermine en rap- 
portant ce point à des éléments supposés fixes dans ce plan 
même. Dans le système imaginé par Descartes (1637), les 
éléments fixes sont deux droites dont l'une x s'appelle l'axe 
des abscisses et dont l'autrej^jK' 
se nomme l'axe des ordonnées. 
Ces deux axes se rencontrent 
au point O qui forme l'origine 
du système des coordonnées. 
L'angle formé par la rencontre 
des deux axes peut, théorique- 
ment, être quelconque, mais 
dans la pratique statistique, 
c'est toujours un angle droit; 
c'est pourquoi le système prend ^ 
le nom de diagramme rectangulaire ou orthogonal. Ainsi, 
dans la figure ci-contre, la position du point P dans le plan est 
connue quand de ce point nous conduisons les lignes PN, 
PM perpendiculaires aux deux axes. On opère de même 
pour P' (Benini). 



N 



X 



M 



M" X 



104. Dans la pratique la plus habituelle, on porte 
sur l'axe des ordonnées y' l'échelle des faits, c'est- 
à-dire les quantités à considérer, comme si les faits 
se trouvaient empilés les uns sur les autres, pour 
employer l'image dont se servit W. Playfair, par 



88 



i^e Partie. Statistique générale 



1 



3a- 

2a- - 



I90t tdOâ 1905 



exemple, les millions de francs représentant les mar- 
chandises importées ou exportées par un pays. Sur 
l'axe des abscisses x x' se marque l'échelle des dates 
^ ou du temps. Ainsi, si 

nous avons à indiquer 
la valeur des importa- 
tions pendant Tannée 
igoi, nous élèverons 
du point correspondant 
à cette date, porté sur 
l'axe des abscisses, une 
droite que nous arrê- 
terons au point de Taxe 
des ordonnées qui représente la valeur des données 
dont il s'agit. Nous opérerons de même pour chaque 
donnée subséquente. Lorsque toutes les ordonnées 
sont réunies par une ligne brisée, on donne à ce 
diagramme le nom de diagramme orthogonal ou 
rectangulaire à ordonnées conjugées. Les dia- 
grammes qui envisagent les modifications d'un fait 
dans le temps se nomment diagrammes de succession. 

105. Les diagrammes peuvent être construits à 
deux points de vue : d'après les nombres absolus ou 
d'après des nombres proportionnels. Dans le premier 
cas, le diagramme n'a pas d^ntérêt comparatif. Dans 
le second, il sert à montrer les relations que les 
divers éléments considérés présentent entre eux. 
Bien qu'il n'y ait pas de rapport nécessaire entre 
l'espacement des divisions des abscisses et des 



De l'exposition 



89 



ordonnées, certaines précautions s'imposent à cet 
égard si Ton ne veut donner une impression faussée. 

Ainsi, il faut éviter que le lecteur ne soit tenté, en comparant 
les ordonnées aux abscisses, déjuger non seulement du sens des 
changements subis par les ordonnées, ce qui est légitime, mais 
encore de Tallure de ces changements, ce qui ne l'est plus. 

Afin d'assurer la comparabilité des diagrammes — qui serait 
impossible si le choix des unités était arbitraire — il est recom- 
mandé de prendre comme base la dernière année de l'observa- 
tion; le chiffre de celle-ci étant remplacé par 100, les autres nom- 
bres seront à leur tour transformés en données proportionnelles. 

Pour assurer l'uniformité de construction, M. Bertillon préco- 
nisait de donner à l'allure générale delà courbe une inclinaison de 
45 degrés , ce qui peut se faire à la rigueur en rendant la moyenne 
des ordonnées les plus hautes égale à Tabscisse maximum. 

106. Les diagrammes de distribution sont ceux 
qui ont pour but de 
faciliter rétude d'une 
série de faits à un 
même moment, ou 
indépendamment de 
Tordre dans lequel 
ils ont pu se pro- 
duire Dans le dia- 
gramme ci-joint nous 
voyons comment les 
salaires se distri- 
buent dans certains 
groupes de travail- 
leurs. Si Ton a à 
mettre en parallèle 
plusieurs faits, pour 




90 



i^'*^ Partie. Statistique générale 



éviter la fausse apparence pouvant résulter de la 
comparaison des nombres très différents, il convient 
de porter en ordonnées, non plus les nombres abso- 
lus, mais des nombres proportionnels obtenus en 
rapportant chaque nombre partiel absolu au nombre 
total des faits de chaque catégorie. 

107. e) Diagrammes polaires. Dans ces dia- 
grammes, les ordonnées sont portées autour d'un 

MORTALITÉ INFANTILE A BRUXELLES DOlut CCUtral pOUr VC" 

D APRÈS LES MOIS DE l'aNNÉE. 




nir aboutir à l'axe des 
abscisses, auquel on 
a donné la forme cir- 
culaire au lieu de le 
tracer dans le sens 
horizontal. Ces dia- 
gramm.es, qui présen- 
tent une élégance par- 
ticulière, conviennent 
spécialement pour re- 
présenter les phéno- 



mènes auxquels est liée l'idée de direction, ou pour 
les faits qui se distribuent dans le temps selon un 
cycle invariable. 

108. II. Les cartogrammes localisent sur une 
carte géographique les faits statistiques qu'ils 
expriment. On distingue : 

a) Les cartes avec diagrammes. On peut inscrire 
des diagrammes sur des cartes muettes, de manière 



De l'exposition 



91 



à localiser le fait qu'on veut représenter. Dans la 
statistique agricole, par exemple, on a eu parfois 
recours à ce procédé. 

109. b) Le plus souvent on emploie des cartes 
teintées. Etant donnée une masse, un phénornène 
dont les manifestations sont plus ou moins intenses, 
on opère des groupements d'après lesquels on fixe 
une échelle de teintes; à la teinte la plus claire cor- 
respond la densité la plus faible et ainsi de suite. 

La construction des cartogrammes à teintes dégradées exige 
certaines précautions que nous résumerons brièvement. En 
premier lieu, l'échelle des faits ou de densité peut être établie 
en tenant compte des nombres absolus ou des nombres pro- 
portionnels. Ce dernier mode doit être préféré, car il est plus 
exactement représentatif que l'autre en ce qu'il élimine les 
éléments variables qui peuvent modifier la répartition géogra- 
phique du fait envisagé et facilite ainsi les comparaisons. La 
distribution des entreprises de l'industrie alimentaire, en 
nombres absolus, donne une grande importance à tous les 
centres urbains ; la base de comparaison est meilleure si Ton 
considère le nombre de ces entreprises par 10,000 habitants, 
l'influence des grands centres se trouvant ainsi annihilée. 
(March.) 

Le mode de gradation des teintes n'offre pas énor- 
mément de difficultés si Ton n'a qu'une seule carte à 
faire. 

La meilleure solution est d'adopter un nombre impair de 
groupes et de consacrer le groupe du centre à la moyenne et à 
ses alentours, les groupes supérieurs étant consacrés aux faits 
qui dépassent la moyenne et les groupes inférieurs à ceux qui 



9- 



i^^^ Partie. Statistique générale 



ne l'atteignent pas. Mais si l'on désire en présenter plusieurs de 
manière à permettre entre elles des comparaisons, il n'en est 
plus de même. Dans une carte, l'écart entre chaque teinte peut 
correspondre à un chiffre faible, dans l'autre à un chiffre beau- 
coup plus élevé. Elles ne présenteraient donc plus qu'une 
image déformée de la réalité. Si les faits envisagés sont de 
nature différente, la comparaison supposera une certaine con- 
vention touchant le rapport des deux unités. Pour y arriver, 
M. Cheysson a proposé de substituer à l'échelle des teintes 
basées sur les pourcentages simples, une graduation qui 
s'opère en substituant aux coefficients absolus leurs écarts par 
rapport à la moyenne générale. On peut se rapporter pour les 
détails à l'étude de M. Cheysson citée dans la bibliographie. 

Il est également à recommander d'adopter une bonne unité 
de localisation : celle-ci doit toujours être d'accord avec le phé- 
nomène étudié. La Statistique belge de l'agriculture serait bien 
inspirée en substituant la ce région agricole », comme base de 
présentation, au «canton judiciaire» qu'elle a employé jusqu'à 
présent. 

110. c) On distingue encore les cartes à bandes 
dont on a fait des applications ingénieuses à la statis- 
tique des transports. Les bandes suivent la direction 
des voies de communication et ont une largeur pro - 
portionnelle à l'importance du fait (nombre de voya- 
geurs, recette kilométrique, etc.) qui est représenté 
par chaque bande ou par chaque section de bande. 
Une même bande peut se composer de plusieurs 
bandes parallèles, comme un total peut se composer 
de plusieurs éléments. 



Références. — Un des articles les plus clairs consacrés 
à la question est celui de Levasseur : La statistique graphique, 



De l'interprétation 



93 



publié dans le Juhileevohmeof theStatistical Society de Londres, i885 . 

— Le professeur Marshall, qui a écrit dans le même volume un 
article On the graphie M ethod o/Statisties^-p. 25i, se place à un tout 
autre point de vue que Levasseur. — Bowley consacre un 
chapitre important de ses Eléments à la Statistique graphique. De 
même Benini, toujours intéressant à consulter. — Gabaglio 
avait également attaché une grande importance à la Statistique 
graphique qu'il a traitée en détail (nombreuses figures et 
planches). — March, Les représentations graphiques et la Statistique 
comparative (Joiirn. de la Soc. de Stat, de Paris, igoS), solide exposé 
important au point de vue de la comparaison des graphiques. 

— Sur le même sujet, consulter Cheysson (Journ. de la Soc. de 
Stat. de Paris, 1887). — Bektillon (Cours élémentaire), a aussi 
très bien exposé la matière. Voir du même son rapport à la 
VIII® session de l'Institut international de Statistique : Propo- 
sitions relatives à l'uniformité à apporter dans l'étahlisse^nent des gra- 
phiques, p. 3i3. — E. J. Marey, La méthode graphique dans les 
sciences expérimentales, Paris, Masson, 1878. 

CHAPITRE VII 
De rinterprétation 

I. Remarques générales. 

111. De toutes les tâches que comprend l'exécu- 
tion complète d'un travail de statistique, la plus 
compliquée est Tinterprétation des résultats. C'est 
sans doute pour cette raison que, dans leur impuis- 
sance à raisonner correctement, certaines gens pré- 
tendent qu'on peut faire dire aux chiffres tout ce que 
Ton veut. L'interprétation suppose chez celui qui en 
est chargé la maîtrise de la technique ; elle exige en 
même temps la connaissance de la matière sur laquelle 
porte la statistique. Ainsi donc, la valeur personnelle 
de l'interprète est la condition de la réussite; des 
règles et des formules ne peuvent y suppléer. Cepen- 



94 



i^'-' Partie. Statistique générale 



dant il doit être permis de tracer quelques règles 
dont on ne pourrait s'écarter sans danger. Tel est 
l'objet du présent chapitre. 

112. Contrairement à l'opinion reçue autrefois, 
d'après laquelle le statisticien professionnel pouvait 
traiter indifféremment toutes les matières quel- 
conques, comme si la statistique était une science 
qui dominait toutes les autres, on admet aujourd'hui 
que pour interpréter correctement les données statis- 
tiques, il est indispensable de connaître le groupe 
de sciences auquel se rattache la question. 

Pour interpréter correctement une statistique commerciale, 
il est important d'être au courant des grands faits commer- 
ciaux, des traités de commerce et des tarifs douaniers, de la 
géographie commerciale et de l'économie politique. De même, 
il y a danger, si l'on n'est médecin, à vouloir interpréter les 
statistiques médicales; si l'on n'est pas juriste, à prétendre 
interpréter les statistiques judiciaires, etc. Ce serait, par 
contre, une exagération que de vouloir descendre jusqu'aux 
spécialités de chaque science. 

113. Toute statistique quelconque ne mérite pas 
un égal degré de confiance^ chose qui fort souvent 
est perdue de vue. Par leur nature même, certaines 
statistiques ne sont qu'approximatives, d'autres 
offrent une sûreté beaucoup plus grande. Dans 
de nombreuses statistiques, certaines parties sont 
exactes, d'autres ne le sont pas, ou ne peuvent être 
prises que sous réserve. C'est donc une erreur que 



De l'interprétation 



95 



de croire que toute statistique est comparable à une 
autre, ou qu'il n'y a aucune distinction à établir entre 
les diverses parties d'une publication. 

Le nombre de condamnations prononcées peut être connu 
avec une grande certitude; de même le nombre de naissances 
enregistrées à l'état civil. — Dans un recensement de la popu- 
lation, bien que la sûreté soit moindre à raison d'omissions, 
d'erreurs de comptage, etc., nous pouvons considérer que le 
nombre, le sexe, l'état civil et la résidence, sont connues avec 
une assez grande certitude, bien qu'il y ait des réserves à faire; 
l'âge déclaré est moins certain, comme le prouve le diagramme 
(v. n^g6) qui montre une saillie à chaque période décennale 
ou quinquennale. L'indication de la profession est moins sûre 
à raison de difficultés d'interprétation, d'obscurité et des pro- 
fessions accessoires. {Voir le Chapitre relatif au recensement pro- 
fessionnel.) 

Dans la statistique commerciale, l'importation des dentelles 
est connue beaucoup moins bien que le nombre de tonnes de 
fonte importées, etc. 

114. Si toutes les statistiques ne présentent pas 
la même sécurité, elles ne méritent pas toutes 
non plus la même confiance. Dans quel but ont été 
réunis les chifiires ? Ne constituent-ils pas un plai- 
doyer ou ne doivent-ils pas servir à un plaidoyer ? 

115, Tout chiffre, parce qu'il est d'une grande 
précision, n'est pas nécessairement exact. Un seul 
chiffre combine déjà un grand nombre d'observations 
plus ou moins sûres. Dans une série, toutes les 
approximations se combinent entre elles. Bien plus, 
la première approximation est souvent multipliée 



96 



Partie. Statistique générale 



par une autre, ce qui, sans rien lui enlever de son 
apparente précision, la rend encore plus inexacte. 
La rigueur mathématique de la donnée est enfin fort 
accentuée par sa mise en moyenne, en pourcen- 
tage, etc. 

II. Des règles logiques de l'interprétation 

116. La première règle de l'interprétation est 
V indifférence à l'égard du résultat. Il est clair que si 
nous sommes passionnés pour établir telle consé- 
quence résultant des données réunies, nous nous 
trouvons dans de mauvaises conditions scientifiques 
d'observation. 

L'indifférence à l'égard du résultat n'implique pas l'indiffé- 
rence à l'égard du phénomène en lui-même. Je puis me réjouir 
de voir augmenter le chiffre des exportations de mon pays, 
mais je ne dois pas être intéressé à prouver que ce chiffre a 
augmenté. 

117. U impartialité, qui est la seconde règle de 
l'interprétation, est en quelque sorte la mise en appli- 
cation de la précédente. Elle consiste à ne rejeter 
aucune preuve admissible, à ne pas éliminer cer- 
tains éléments qui pourraient contrarier telle ou telle 
conclusion. Si le matériel statistique ne comprend 
que des données également sûres, on doit les utiliser, 
les considérer toutes. Si certaines circonstances sont 
venues à changer et influencent le résultat, il con- 
vient de les signaler. 



De l'interprétation 



97 



Je manquerais à la règle de l'impartialité si, tout en faisant 
ressortir l'augmentation des exportations de la Belgique entre 
1900 et 1905, je négligeais de faire remarquer que dans les 
chiffres de cette dernière année sont comprises les quantités 
de numéraire d'or et d'argent, les minerais de même nature 
ainsi que l'or et l'argent non ouvrés, quantités qui avaient été 
exclues des statistiques officieires de i85i à 1904. [Statistique 
commerciale de la Belgique, 1905, p. 21.) 

118. La comparaison entre plusieurs faits est de 
Fessence même de la statistique, piais le domaine 
de la comparabilité est souvent moins étendu qu'on 
ne pense généralement. Il faut avoir soin de ne 
comparer entre elles que des choses absolument 
identiques; aussi la première chose à vérifier est-elle 
la méthode suivie pour recueillir les données que 
Ton compare. Il faut notamment que l'on soit certain 
de l'homogénéité des qualités et des mesures des 
faits que l'on met en parallèle; les différences prove- 
nant des temps et des lieux doivent aussi être prises 
en considération. 

La règle qui vient d'être énoncée est une de celles qui sont le 
plus fréquemment enfreintes ; non qu'on manque d'établir des 
comparaisons, — au contraire! — mais parce qu'on compare 
entre elles des choses qui ne sont pas comparables. C'est une 
chose très délicate que de comparer des données statistiques 
à d'autres et c'est à cette occasion que se révèle le mieux 
l'esprit scientifique et la prudence de celui qui manie l'arme 
dangereuse de la comparaison. 

119. Règles de la positivité et de la viodération. 
On ne peut conclure que dans la mesure des faits 

7 



98 



i^e Partie. Statistique générale 



observés, c'est la règle de la positivité. Les conjec- 
tures ou hypothèses ne sont pas interdites, mais elles 
doivent être soigneusement distinguées des conclu- 
sions basées sur les faits observés. Si Ton ne peut 
conclure à cause de la rareté ou de Tincertitude des 
données, le plus sage sera de prendre des conclu- 
sions négatives. La règle de la modération n'est pas 
très différente de celle qui précède. On la formule 
en disant que le degré de précision des conclusions 
est limité par l'état et la nature du matériel dont on 
dispose. 

La règle de la causalité et celle des grands nombres 
font aussi partie de l'interprétation. Nous consa- 
crons à leur examen les deux paragraphes suivants. 

Références. — Quetelet, Lettres sur la théorie des prohahili - 
tés^ et Messedaglia, qui ont formulé ces règles ont été suivis 
par tous les auteurs qui ont écrit après eux. 

II L Des causes et de la recherche 

DES causes 

120. La règle de la causalité s'énonce en disant 
que le statisticien doit rechercher et mettre en 
lumière la cause des phénomènes qu'il étudie, tout 
en évitant de rapporter à une cause unique ce qui est 
la résultante de plusieurs. D'une manière générale on 
peut dire qu'un phénomène n'est pas la résultante 
d'une cause unique, mais souvent d'une multitude de 
causes. Dans le domaine économique particulière- 
ment, les actions et réactions s'enchevêtrent dans un 



De l'interprétation 



99 



fouillis inextricable. C^est une vérité qu'il importe de 
ne jamais perdre de vue dans l'interprétation des 
données statistiques. 

121. Si certaines causes apparaissent avec une 
assez grande netteté pour fournir immédiatement les 
éléments d'une conclusion, en thèse générale l'induc- 
tion nécessite des expériences répétées, conduites 
d'après les méthodes ci-après que J. Stuart Mill a 
étudiées et qui sont devenues classiques (^). 

i^^ Méthode : La méthode de concordance est 
l'application de la règle suivante : lorsque le phéno- 
mène dont il s'agit de déterminer la nature s'est pro- 
duit dans plusieurs cas différents et que ces diffé- 
rents cas ont entre eux une seule circonstance 
commune, cette circonstance commune à tous est 
vraisemblablement la raison suffisante du phéno- 
mène. 

122. 2^ Méthode : Méthode de différence. Deux cas 
sont observés : l'un où le phénomène étudié se mani- 
feste, l'autre où le phénomène ne se manifeste pas. 
Les circonstances des deux cas sont toutes iden- 
tiques, sauf une qui est présente dans le premier cas 
et absente dans le second; il est permis d'affirmer 
que cette circonstance est la raison suffisante totale 
ou partielle du phénomène observé. 

(*) Nous avons suivi dans cette partie le Cours de logique de 
yi&^ Mercier, p. 3o7 et suiv. 



lOO 



1^^ Partie. Statistique générale 



Dans les établissements appartenant à une même industrie, 
je constate que les salaires sont notablement plus élevés dans 
les uns que dans les autres. Pourtant, les procédés de travail 
sont les mêmes, les spécialités professionnelles identiques, les 
produits ne peuvent se distinguer les uns des autres, le marché 
est unique, la forme d'exploitation analogue dans les deux cas, 
mais je remarque que les établissements à bas salaires sont 
situés tous dans une partie du pays, les autres dans une autre 
partie. La localisation géographique de Fentreprise influe sur 
le taux du salaire. [Office du travail : Les salaires dans les industries 
textiles^ p. 198.] 

123. 3^ Méthode : Méthode des résidus, La règle 
peut s'énoncer ainsi : lorsque l'on soustrait d'un phé- 
nomène complexe la partie que l'on sait provenir de 
certains antécédents déjà déterminés par des induc- 
tions antérieures, le résidu du phénomène a pour 
cause les autres antécédents. 

Dans les anciens États pontificaux la proportion des nais- 
sances illégitimes est beaucoup plus élevée que dans les autres 
parties de l'Italie. Recherchant les causes de cette situation, 
nous n'en trouvons aucune qui appartienne au domaine moral : 
la statistique ne nous fournit aucun indice sur lequel nous pour- 
rions nous baser pour dire que la moralité générale est moins 
satisfaisante dans cette partie de l'Italie que dans une autre. Au 
point de vue économique, il n'y a pas non plus de cause appa- 
rente qui fasse saisir la raison de cette anomalie. Ces deux 
points de vue écartés, il en reste une troisième : l'attachement 
de la population -à la législation qui la régissait antérieure- 
ment et qui ne reconnaissait que le mariage religieux. Telle 
est la cause de la proportion élevée des naissances illégitimes 
aux yeux de la loi, parfaitement légitimes, au contraire, au 



De l'interprétation 



lOI 



point de vue des parents unis par la cérémonie religieuse du 
mariage. (Aldo Contento.) 

124. 4^ Méthode : Méthode des variations concomi- 
tantes. Lorsque les variations graduelles d'un phé- 
nomène répondent aux degrés de variation d'un anté- 
cédent donné, il est à présumer qu'il y a entre eux 
un lien, immédiat ou médiat de causalité. 

Cette méthode est très fréquemment employée en statis- 
tique. Si l'augmentation de la valeur globale du commerce 
d'exportation, exprimée en index-numbers, croît dans la même 
proportion que la valeur de la tonne exportée, et cela d'année 
en année, je puis dire que la cause de l'augmentation du 
chiffre du commerce extérieur (exportation) est la hausse des 
prix. Il convient cependant de se montrer rigoureux dans l'ap- 
])lication de cette méthode, des phénomènes ayant des causes 
très différentes pouvant cependant avoir une évolution régu- 
lière comparable. 

125. 5^ Méthode : Méthode composée. Chacune 
des méthodes précédentes donne des résultats ; leur 
emploi cumulatif porte le nom de méthode inductive 
composée. Il ne s'agit donc pas d'une méthode 
propre, distincte, mais de l'union de toutes les 
méthodes précédentes. Le degré de sécurité est évi- 
demment beaucoup plus grand quand on arrive à une 
conclusion par l'ensemble des méthodes que quand 
on vérifie l'hypothèse au moyen d'une seule d'entre 
elles. 

Références. — Les traités de logique examinent en 
détail ces méthodes. Consultez à cet égard l'ouvrage de S. E. le 



102 



i'"^' Partie. Statistique générale 



cardinal Mkrcier, Logique. — Voyez aussi Meitzen, Statistics 
(traduction de Roland P. Falkner), p. 199. — Benini a aussi 
traité la matière d'une façon très distinguée dans ses Prin- 
cipii^, pp. 3o8 et suiv. — Gabaglio, pp. 267 et suiv., se sert, 
selon son habitude, des procédés des mathématiques. — 
Aldo Contento, Teoria s tatistica générale e demogyqfica, Milan, 1909, 
donne une série d'exemples bien choisis. 

IV. De la loi des grands nombres 

126. Celui qui met en œuvre un matériel statis- 
tique, comme celui qui utilise les résultats d'une sta- 
tistique, a à se préoccuper du point de savoir si les 
chiffres réunis par lui ou ceux qu'il consulte ne sont 
pas en opposition avec la loi des grands nombres. 
Savoir exactement en quoi consiste cette loi est donc 
aussi indispensable au lecteur d'une statistique qu'à 
celui qui la dresse. 

Conformément à notre programme, nous nous bornons 
donc au côté plutôt pratique. Le caractère mathématique de la 
loi des grands nombres a été mis en lumière par un grand 
nombre de statisticiens et de spécialistes. Nous renvoyons à 
leurs travaux les personnes qui voudraient étudier spéciale- 
ment ce côté de la question. On trouvera à cet égard des indi- 
cations bibliographiques à la fin de ce paragraphe. 

127. Lorsqu'on étudie les résultats d'une obser- 
vation statistique prolongée pendant plusieurs années, 
on constate qu'en des cas fréquents les données 
numériques restent sensiblement les mêmes. Il y a 
donc des tendances qui se manifestent malgré les cir- 
constances accidentelles qui pourraient en troubler 



De l'interprétation 



io3 



l'apparition. Les statisticiens ont donné à ces phéno- 
mènes le nom, un peu ambitieux, de lois statistiques ; 
cette expression, légèrement inexacte, a été la cause 
de nombreux malentendus. 

La loi statistique s'applique à certains phénomènes phy- 
siques se présentant avec régularité, comme le rapport des 
naissances masculines aux féminines. On a aussi donné le nom 
de loi statistique aux régularités observées dans le domaine de 
la vie morale, grâce aux recherches que la statistique a dirigées 
vers certains problèmes de cet ordre, observables à l'aide de 
données numériques : nuptialité, natalité, divorces, suicides, 
criminalité, etc. Mais la loi que les statisticiens ont en vue 
dans ce cas ne se confond pas avec la notion philosophique de 
loi : elle n'a pas un caractère impératif. 

128. Un exemple des régularités relevées par la 
statistique dans le domaine physique est celui de la 
taille humaine Les hommes sont petits ou grands à 
raison d'une foule de circonstances. Cependant les 
grandeurs ne se répartissent pas au hasard. Si nous 
indiquons sur Taxe des abscisses la taille d'un grand 
nombre d'hommes et si nous portons en ordonnées le 
nombre d'individus qui atteignent cette taille, nous 
voyons que la courbe tend visiblement vers une 
moyenne. Entre les extrêmes et le point central il y 
a, comme le dit un auteur, une courbe progressive 
et souvent systématique qu'on a appelée courbe hino- 
miale ou courbe de possibilité. 

129. Cependant, si au lieu de considérer un grand 
nombre de faits nous ne prenons qu'un fait isolé il y 



I04 



1^'^ Partie. Statistique générale 



a beaucoup de chances pour qu'il ne soit pas con- 
forme à la loi générale, à la régularité qui domine 
l'ensemble. Même dans les constantes les mieux éta- 
blies, comme le rapport des naissances masculines 
aux féminines, nous n'avons guère de chance de véri- 
fier le fait si nous envisageons seulement un village 
ou une petite ville. Au contraire, le mode d'action 
des corps nous apparaît après un nombre d'observa- 
tions très réduit. 

130. La raison de la distinction semble résider 
dans le degré de complexité des phénomènes consi- 
dérés. A un petit nombre de causes agissantes, il 
suffit d'un nombre minime d'expériences pour pou- 
voir se manifester toutes. A des causes très nom- 
breuses, il faut un nombre d'expériences beaucoup 
plus grand si je veux avoir la certitude qu'elles ont eu 
toutes la possibilité de se manifester. 

131. Parmi les causes, il en est de constantes^ 
c'est-à-dire de très fréquentes, et d'autres qui sont 
rares et qu'on nomme accidentelles. Il est rationnel 
que les causes constantes exercent leur influence sur 
un grand nombre de cas, qui leur obéissent, et 
que les causes accidentelles ne déterminent qu'un 
nombre de cas beaucoup plus restreint. C'est pour 
cette raison que la moyenne est la valeur la plus 
probable entre toute une série de données. (Voir 
n« 73.) 



De l'interprétation 



io5 



132. Avec une admirable simplicité, Quetelet 
nous expose en ces termes les théorèmes de Ber- 
nouilli et de Poisson qui sont à la base de toute 
cette démonstration : 

Cet habile géomètre (Jacques Bernouilli), dit-il, avait 
employé une partie de sa vie à démontrer ce résultat, qui nous 
parait si simple aujourd'hui, savoir : que la moyenne donnée 
par une série d'expériences tombe près du nombre cherché, 
dans des limites d'autant plus étroites que les épreuves ont 
été plus multipliées... Mais Bernouilli a établi ses calculs 
dans l'hypothèse que le nombre cherché était fixe et constant. 
Il peut arriver que cette quantité éprouve de petites variations... 
Or, le principe de Bernouilli est encore applicable dans ce cas, 
et c'est ce qui a été démontré par M. Poisson, au moyen d'une 
savante analyse. Heureusement, le secours du calcul ne nous 
est pas nécessaire ici, pour concevoir que les petites variations 
qu'on trouve, peuvent être rangées parmi les effets de causes 
accidentelles qui s'effacent à la longue quand on multiplie 
suffisamment les épreuves. Dans le cas qui nous occupe, les 
expériences doivent en général être très multipliées : c'est 
pour ce motif que M. Poisson a nommé loi des grands nombres 
l'extension du principe de Bernouilli (^). [Théorie des probabilités, 
p. 214.) 

(^) Voici le résumé fait par Poisson de la découverte qu'il a 
faite. Nous croyons intéressant de le citer textuellement, car il 
est rare de le trouver reproduit : « Les choses de toute nature 
sont soumises à une loi universelle qu'on peut appeler la loi des 
grands nombres. Elle consiste en ce que, si l'on observe des 
nombres très considérables d'événements de même nature, 
dépendant de causes qui varient irrégulièrement, tantôt dans 
un sens, tantôt dans un autre, c'est-à-dire sans que leur varia- 
tion soit progressive dans aucun sens déterminé, on trouvera 



io6 1''^ Partie. Statistique générale 



133. Quetelet a eu la patience de vérifier par 
l'expériencie la loi des grands nombres. Vingt boules 
blanches et vingt boules noires ayant été placées 
dans une urne, il fut procédé à une série de tirages, 
la boule tirée étant chaque fois remise dans Turne, 
de manière que toutes les circonstances de Texpé- 
rience restassent les mêmes. Les résultats des tirages 
sont résumés dans le tableau suivant. 



Nombre 


Degré 


Nombre des boules 


Rapport 


des 


de 






des nombres 


boules tirées 


précision 


blanches 


noires 


précédents 


4 


2 


I 


3 


0.33 


i6 


4 


8 


8 


I.OO 


64 


8 


28 


36 


0.78 


256 


16 


125 


i3i 


0.95 


1024 


32 


528 


496 


1.06 


4096 


64 


2066 


2o3o 


1.02 



Les chances étant égales, le nombre de boules 
tirées devrait être égal de part et d'autre, mais il n'en 
a été ainsi qu'une seule fois et cet accord peut être 
considéré comme accidentel; au contraire, il y a 
évidemment eu tendance à se rapprocher de l'unité 
par la multiplication des tirages. 

entre ces nombres des rapports à très peu près constants ; pour 
chaque nature de choses, les rapports auront une valeur spé- 
ciale dont ils s'écarteront de moins en moins à mesure que la 
série des événements observés augmentera davantage et qu'ils 
atteindraient, s'il était possible de prolonger cette série à 
Tinfini. )) (Cité par Bertrand, Calcul des prohahilités^ Préface, 
p. XXXI, deuxième édition, Paris, 1907.) 



De l'interprétation 



107 



134, Il en résulte que s'il s'agit d'événements 
strictement indifférents, soumis uniquement à l'action 
du hasard, la probabilité de leur arrivée peut être 
évaluable a priori selon les formules du calcul des 
probabilités. 

Mais si nous ignorons le nombre, la nature et 
l'intensité d'action des causes qui agissent sur le 
phénomène, nous ne pouvons savoir comment cet 
événement se réalisera; la seule ressource est alors 
l'observation d'après laquelle on déterminera la pro- 
babilité a posteriori^ c'est-à-dire d'après les résultats 
de l'expérience. La base même que nous avons 
construite alors est incertaine en ce qui concerne les 
événements futurs, car les causes peuvent se modifier 
dans leur nature comme dans leur intensité. La pré- 
vision statistique est donc chose périlleuse. D'après 
Bertrand, « l'action libre des êtres humains, celle 
aussi des animaux, quoiqu'en ait dit Descartes, 
mêlent à l'enchaînement des effets et des causes un 
élément inaccessible au calcul )). 

135. Il n'en est pas de même si on envisage la 
sûreté des observations, point de vue qui se rap- 
proche davantage de celui qui est à la base de notre 
programme. Il est parfaitement démontré tant par la 
théorie que par l'expérience, que plus le nombre des 
observations augmente, plus grande devient aussi la 
précision de leurs résultats. Ne pas conclure en 
général sur des observations rares est donc une règle 
qui s'impose au statisticien. 



i^c Partie. Statistique générale 



Références. — L'application de la loi des grands nombres 
à la statistique et ses relations avec la théorie des probabilités 
ont fait l'objet de fort nombreux travaux spéciaux et se trouvent 
exposées dans tous les traités. Parmi ceux-ci nous citerons 
spécialement Quetelet, Lettres sur la théorie des prohahilités. — 
BowLEY, qui, dans ses Eléments qf statistics, consacre une partie 
de son livre à l'application de la théorie des probabilités à la 
statistique. — Bertillon, dont le Cours élémentaire de statistique 
contient un bon exposé de la matière . au chapitre des 
moyennes, etc. Les travaux spéciaux sont trop nombreux 
pour être seulement énumérés. Renseignons : J. Lottin, 
La statistique morale et le déterminisme (Journal de la Société de statis- 
tique de Paris, octobre 1908). — Fahlbeck, La régularité des choses 
humaines ou leurs types statistiques et leurs variations (même journal, 
juin igoo). — Bertrand, préface de son Calcul des prohahilités . — 
Francken et Mahaim, La loi d'erreur de M. Edgeworth {Revue 
universelle des Mines, Liège, 1908). — Voyez aussi les pages si 
claires consacrées à la statistique par S.E.le Cardinal Mercier 
dans s>2i Logique, Louvain, igoS. — Une bonne discussion du 
caractère de la loi statistique se trouve aussi dans Michotte, 
Les théories économiques en Belgique, Louvain, 1904, partie consa- 
crée à Quetelet. 



DEUXIÈME PARTIE 

STATISTIQUE APPLIQUÉE 



INTRODUCTION 



Notions de Sémiologie économique 



136. Les conditions d'évolution du monde écono- 
mique dépendent de causes nombreuses. Toutes, 
cependant, ne présentent pas une égale importance. 
Les causes dominantes engendrent des phénomènes 
caractéristiques, des symptômes, qui permettent de 
diagnostiquer. La statistique a été employée pour 
formuler des diagnostics sociaux. De là une tech- 
nique spéciale qu'on a appelée sémiologie économique 
(du grec ^Tip-eiTov = signe, indice). 

137. On distingue : la méthode de Tindice 
unique; 2^ la méthode de Tindice totalisateur. La 
première consiste à faire choix, comme indice de 
rétat économique, d'un seul fait bien caractérisé. 
On a vivement critiqué la méthode de l'indice unique : 

si l'indice est commun à plusieurs causes, c'est 
qu'il est incomplet par rapport à l'une et à l'autre ; 
2^ si la présence d'un indice déterminé nous apporte 
la preuve d'un état pathologique, son absence ne 
nous garantit pas contre la présence d'un tel état, 
qui peut être provoqué par d'autres causes. Malgré 



112 



oiiic Partie. Statistique appliquée 



ces raisons, il est à remarquer que Findice unique a 
une valeur reconnue par Texpérience car, sans cela, 
on n'y aurait pas eu recours. 

138. Ces indices sont nombreux. On peut citer 
celui du Juglar (iSig-igoS), qui a montré que le 
portefeuille des banques et leurs réserves varient en 
sens opposé et que les crises sont caractérisées par 
un maximum d'expansion du portefeuille et un mini- 
mum de réserves métalliques. 

Celui du Farr (1808-1887) est basé sur la quan- 
tité de mariages observés, le nombre en augmen- 
tant et diminuant selon l'état de bien-être ou de 
dépression. 

Sir Rawson Rawson (1812-1899) a essayé d'établir 
les fluctuations de l'état économique de l'Angleterre, 
en calculant la valeur moyenne de la tonne importée 
et exportée d'après les relevés des douanes, etc. 

139. L'indice totalisateur combine plusieurs 
indices en vue de déterminer l'état de prospérité ou 
de crise. La situation matérielle d'une nation peut 
se modifier sous l'empire de causes très diverses, 
dont chacune peut n'avoir en elle-même qu'une 
importance minime ; de plus, certaines causes agissent 
dans un sens défavorable, d'autres en sens opposé. 
L'indice totalisateur forme un faisceau de ces causes, 
de façon à calculer aussi exactement que possible 
leur résultat d^ensemble. 



Notions de Sémiologie économique 



ii3 



Les données statistiques à interroger sont de deux ordres : 
pour les unes, toute augmentation est désirable (symptôme phy- 
siologique ou eulogique); pour d'autres, toute augmentation est 
regrettable (symptôme pathologique). Cependant, on peut dis- 
cuter sur la signification réelle de certains faits. Ainsi, l'émi- 
gration, que les Italiens et les Allemands considèrent comme un 
symptôme pathologique, ne présente pas ce caractère en 
Angleterre. Les grèves sont regrettables, mais elles ne se 
produisent en grand nombre que là où l'état économique est 
favorable. 

140. Le choix des données est la chose la plus 
importante. Voici, à titre d'exemple, quelques-unes 
de celles utihsées par M. de Foville : circulation 
postale et télégraphique, valeur des successions et 
donations taxées, produit des droits d'enregistre- 
ment, cours moyen de la rente 3 p. c, total des 
compensations à Paris, commerce spécial (impor- 
tations), recettes des chemins de fer^ consommation 
de la houille, octrois, nombre d'engagements au 
Mont de Piété à Paris, etc. 

M. de Foville, dans l'essai cité, a surtout utilisé les indices 
physiologiques. Comme symptômes pathologiques nous ne 
trouvons que les engagements au Mont de Piété, les frais de 
poursuites en matière de contributions directes, les condam- 
nations judiciaires, les faillites et les suicides. 

141. Neumann-Spallart, qui eut le mérite de sys 
tématiser d'une façon ingénieuse les principes essen- 
tiels en cette matière, a tracé une distinction 
importante entre les symptômes purement économiques 



114 



21110 Partie. Statistique appliquée 



(groupe primaire, i^^ série), ceux qui affectent Vinten- 
siié du commerce intérieur et extérieur (groupe pri- 
maire, 2^ série); il y a ajouté un second groupe, qu'il 
nomme économico-social et finalement un troisième, 
qu'il qualifie d^état normal. 



La production, dit-il, peut devancer les besoins, ce qui rend 
illusoires les avantages dus à l'augmentation des forces produc- 
tives. Les indices qui servent à corriger les premiers sont ceux 
qui se rapportent au commerce. Le plus ou moins d'aisance 
dont jouissent les ménages se traduit dans les indices du 
deuxième groupe. Enfin, l'état moral est à prendre en considé- 
ration. On en trouve l'indice réalisé dans les chiffres du dernier 
groupe. 



Voici quels étaient les indices proposés par Neumann-Spal- 
lart pour la Belgique : 



I" GROUPE 



IP GROUPE 



III" GROUPE 



I. Production de la 
houille. 

Production de la 
fonte. 

Fabrication des ar- 
mes à feu. 

Verreries et cris- 
talleries. 

Production du zinc. 



II. Nombre de voya- Consommation café Nuptialité. 



geurs. 

Tonnes de marchan- 
dises transportées. 

Navigation mari- 
time. 

Commerce exté- 
rieur. 



et tabac. 

Dépôts des Caisses 
d'épargne. 

Émigrations. 

Faillites 



Natalité. 

Natalité illégitime 

Suicides. 

Criminalité. 



142. La première question qui se pose à propos 
de la méthode, est celle de savoir si chaque indice 
doit intervenir dans le total pour une même valeur^ 
ou s'il convient d'employer des poids^ c'est-à-dire 
d'affecter à chaque indice une certaine valeur relative. 
Certains auteurs font remarquer que de toute manière 



Notions de Sémiologie économique 



ii5 



les indices sont affectés de poids différents, selon que 
pour caractériser un ordre de faits on employé un ou 
plusieurs symptômes. 

Exemple : sur 48 indices, 3 sont relatifs à l'état agricole, 
4 au commerce extérieur, 2 à la population, etc. C'est comme 
si ces groupes valaient 3/48, 4/48, 2/43. Cependant, dans le sens 
opposé, on doit faire observer qu'il est bien difficile d'établir 
un rapport entre l'importance du commerce extérieur et les 
dépôts aux caisses d'épargne et quantité d'autres éléments dis- 
parates. Ni Neumann-Spallart, ni de Fo ville n'ont employé les 
poids et les résultats obtenus là, et aussi dans d'autres domaines, 
ne paraissent pas faits pour donner tort à ces savants. 

143. Après avoir recherché les chiffres absolus, 
on leur substitue la valeur proportionnelle 100 à 
Tannée prise comme base et on exprime les modifi- 
cations, chaque année suivante, par rapport à 100, 
Il faut remarquer que^ pour les indices patholo- 
giques, toute diminution est chose désirée et par 
conséquent doit être traduite par un chiffre propor- 
tionnel plus élevé. Si le chiffre de la mortalité passe 
de 100 à 98, nous notons une amélioration de 2 p. c. 
que nous notons par le chiffre 102 pour le faire cadrer 
avec les données eulogiques qui s'expriment en aug- 
mentations. 

La méthode de Neumann-Spallart est différente de celle 
exposée. 

Pour les données où l'on doit logiquement attendre une 
augmentation, il prend l'augmentation pour 100 des années 
extrêmes et divise ce chiffre par le nombre des années : la dif- 



1 16 2"^^ Partie. Statistique appliquée 



férence entre ce chiffre moyen et le chiffre obtenu pour chaque 
année permet d'établir la valeur normale de cette année. Au 
contraire, quand il s'agit de faits qui ne doivent pas nécessai- 
rement avoir une marche ascendante, Neumann-Spallart fait 
égale à loo la moyenne des observations et calcule la valeur 
de chaque année par rapport à cette moyenne. 

Références. — de Neumann-Spallart, Mesure des varia- 
tions de l'état économique et social des peuples (Bull, de Vlnst. Intern. 
de Statistique^ t. II, Rome, 1887, p. i5o et suiv.). — Pantaleoni, 
Observations sur la Sémiologie économique [Revue d'économie politique, 
1892, p. 1067 et suiv.). — Liesse, op, cit., p. 248 et suiv. — Be- 
NiNi, op. cit. p. 242 et suiv. — de Foville, Essai de météorologie 
économique et sociale (Journ. de la Société de Statistique de Paris, 1888, 
p. 243 et suiv.). 



A. STATISTIQUE DE LA PRODUCTION 



r'® Section. Statistique industrielle 



CHAPITRE PREMIER 

Des recensements industriels et professionnels 
en général 

144. On appelle recensement Topération statis- 
tique au moyen de laquelle on compte, en la divisant 
par catégories d^âge, de sexe, d*état civil, la popu- 
lation toute entière d'un pays. Les premiers recen- 
sements effectués furent consacrés exclusivement à 
cet objet. Plus tard, on étendit ces relevés en masse 
à des matières présentant un intérêt social ou écono- 
mique, telles que Tagriculture, l'industrie, les pro- 
fessions. Bien que ces dernières opérations soient 
limitées, par le fait, à une partie de la population 
seulement, elles portent aussi le nom de recensement, 
parce qu'elles s'étendent à toutes les unités exis- 
tantes dans Tordre des faits visés : elles sont 
générales par rapport à la question qu'elles envi- 
sagent. 



Ii8 2"^® Partie. Statistique appliquée 



Le recensement est l'opération la plus vaste de la statis- 
tique. C'est aussi l'une des plus longues, des plus difficiles et 
des plus coûteuses. Elle est répétée, de temps à autre, d'une 
façon régulière dans la plupart des pays; la périodicité le plus 
souvent admise est décennale; parfois elle est quinquennale. 
Le recensement appartient au relevé direct et est effectué par 
l'Etat en vertu d'une loi générale ou spéciale. 

145. Il existe une différence essentielle entre un 
recensement professionnel et un recensement indus- 
triel. Le premier a pour objet la population classée 
d'après ses occupations et a pour unité Thabitant ; le 
second a pour objet l'industrie et a pour unité Ten- 
treprise industrielle. 

Le recensement industriel est plus étroit que le recensement 
professionnel puisqu'il ne s'étend qu'à une seule espèce d'ac- 
tivité économique, l'industrie. La portée des deux recense- 
ments n'est pas non plus la même : dans un recensement indus- 
triel c'est surtout le côté économique qui se trouve développé, 
tandis qu'un recensement professionnel doit se borner à des 
généralités. 

146. Les recensements professionnels et indus- 
triels permettent d'induire la nature et la mesure de 
l'activité économique de chaque peuple, les modifi- 
cations qui s'y observent, les possibilités de concur- 
rence, etc. On s'est demandé si ce genre de données 
ne fait pas double emploi avec celles réunies par 
la statistique commerciale. La négative est cer- 
taine. 



Des recensements industr. et profess. en général 119 



La statistique commerciale ne se confond pas, au point dé 
vue des résultats, avec la statistique industrielles 1° parce qu'un 
grand nombre de produits sont vendus par des nations qui ne 
les ont pas fabriqués; parce que le commerce spécial 
englobe sous le nom de produits nationalisés une quantité de 
produits étrangers qui devraient être classés au transit. 

147. La distinction entre les deux espèces de 
recensement est moins nette en pratique qu'en 
théorie. On trouve dans bon nombre de recen- 
sements professionnels des questions relatives à 
rétat industriel. Cette confusion des deux domaines 
vient soit de la méthode suivie, soit du désir de 
s'enquérir de la situation économique à Toccasion 
d'un dénombrement des professions. 

En 1896, 1901 et 1906, le recensement en France a pris un 
caractère nettement industriel, surtout pour des raisons de 
méthode : pour classer exactement les recensés dans les 
cadres d'une nomenclature d'industrie ; 2° pour mieux fixer la 
véritable nature de chaque profession déclarée. 

148. On a discuté le point de savoir jusqu'à 
quels détails un recensement pouvait descendre. 
Faut-il se borner à des renseignements généraux? 
Peut-on s'enquérir de détails précis? Question dont 
la solution varie selon les possibilités. De toute 
façon, pour connaître les personnes à dénombrer 
dans les différentes catégories professionnelles, il 
faut recourir à un recensement général, car on ne 
sait pas à l'avance à qui le questionnaire doit être 



120 



2me Partie. Statistique appliquée 



remis. Comme on ne connaît pas les personnes à 
énumérer, on est bien obligé de s'adresser à toute 
la population. 

Un seul moyen existe de se passer de recensement général: 
c'est la tenue, parfaitement à jour, de registres de la popula- 
tion. Mais, même dans ce cas, la base d'un recensement géné- 
ral paraît préférable à cause des lacunes que laisse subsister 
le registre. 

Références. — Lucien March, Rapport sur les recensements 
industriels et la statistique du chômage. {Bull. deVInst. Int. de Statistique, 
t. XV, 2^ livraison, p. 271.) E. Waxweiler, Le recensement 
industriel belge du 3i octobre i8ç6. {Bull, de Vlnst. Int, de Statistique^ 
t. XIII, livraison, p. 498.) 



CHAPITRE II 

Des recensements professionnels 
ayant une portée économique 

149. On peut distinguer les recensements pro- 
fessionnels en deux catégories : ceux qui par- 
tagent la population en quelques grands groupes : 
agriculture, industrie, commerce, professions libé- 
raies ; 2^ ceux où Ton s'efforce d'arriver à une déter- 
mination plus précise au point de vue économique. 
Nous ne nous occuperons que de ces derniers. 

150. Au point de vue du mode d'exécution, on 
distingue encore : 1° les recensements qui sont exé- 



Des recensem. profess. ayant une portée économ. 121 



cutés seuls; 2° ceux qui font partie d'un dénom- 
brement de la population ou en sont comme une 
annexe. 

L'Allemagne seule a adopté le mode isolé. L'urgence de 
renseignements économiques complets qui se fit sentir lors du 
dépôt des premières mesures législatives sur les assurances 
sociales (1881) décida le gouvernement allemand à organiser 
en 1882 un vaste dénombrement professionnel, sans attendre le 
recensement de la population qui devait se faire en i885. Cette 
façon de procéder à été continuée. 

151. La première donnée importante recueillie 
par les recensements professionnels à caractéristique 
économique est relative à la profession principale. 

Des difficultés se présentent même pour cette question en 
apparence si simple : ainsi, des marchands ou des personnes 
ne faisant que des travaux de réparation se déclarent fabri- 
cants. Lorsque l'intéressé a exercé plusieurs professions au 
cours de l'année, il peut hésiter sur celle qu'il doit déclarer. 
Les réponses sont en général données sous la forme habi- 
tuelle, vulgaire, qui est insuffisante pour le classement statis- 
tique ; un ouvrier, par exemj)le, se déclare tisserand ; — de quel 
textile? à la main, à la mécanique? chez lui? dans une usine ? 
Il importe aussi de distinguer les professions, identiques quant 
à leur nature, mais qui s'exercent dans des milieux différents. 

La 7^ question du Recensement français est relative à la 
profession et est conçue en ces termes : 



y. Pi*oreseion. 



Quelle est votre profession principale ? 

Si vous exercez une autre profession, laquelle ? 

(Indiquer la profession, l'industrie, le commerce, sous 
une forme précise et détaillée; si vous n'exercez aucune 
profession, répondre néant et ne pas répondre aux 
questions suivantes.) 



122 



orne Partie. Statistique appliquée 



Le recensement allemand du 12 juin 1907, pose les 
questions suivantes concernant les professions principale et 
secondaire : 



PROFESSION PRINXITALE 


PROFESSIONS SECONDAIRES 


Etes-vous dans votre prin- 
cipale profession : 

Entrepreneur indépendant, 
propriétaire, locataire, 
fermier, maître d'arti- 
sans, entrepreneur de tra- 
vail à domicile, directeur, 
administrateur, etc. ? 

ou bien 

Employé, commis d'exploi- 
tation, chef d'atelier, 
comptable, etc. ? 

ou bien 

Compagnon, aide, appren- 
ti, vendeur, vendeuse, tra- 
vailleur à domicile, ou- 
vrier, ouvrière, (avec 
indication exacte de la 
nature du travail, par 
exemple : tourneur, char- 
retier, etc.) ? 


Exercez-vous une ou plu 
sieurs professions secon- 
daires 

ou 

Pratiquez-vous un travail 
qui vous procure des res 
sources accessoires ? 

Dans l'affirmative lesquelles 
ou lequel ? 


E es-vous dans cette profes- 
sion secondaire : 

Entrepreneur indépendant, 
propriétaire, locataire, fer- 
mier, maître d'artisans, 
entrepreneur de travail à 
domicile, directeur, admi- 
nistrateur, etc. ? 
ou bien 

Employé, commis d'exploita- 
tation, chef d'atelier, comp- 
table, etc. ? 
ou bien 

Compagnon, aide, apprenti, 
vendeur, vendeuse, travail- 
leur à domicile, ouvrier, 
ouvrière (avec indication 
exacte de la nature du tra- 
vail, par exemple : con- 
cierge, Imgère, etc.) ? 

(Dans le cas où il y a plusieurs 
professions secondaires, les 
indiquer par a, b, c et les 
distinguer l'une de l'autre ) 



152. Afin de préciser les réponses, on demande, 
comme plus haut, souvent quelle est la profession 
accessoire. Cette question, bien posée et bien com- 
prise, fait ainsi apparaître les éléments secondaires 
qui ont une importance sociale sérieuse. Il vaut mieux 
que la question soit inscrite dans le bulletin plutôt 
que de résulter de recherches prescrites aux agents 
par les instructions. 

Les inexactitudes résultent de diverses circonstances : cer- 
taines personnes considèrent leur profession accessoire comme 
une dépendance de la principale ; d'autres éprouvent une cer- 
taine gêne à déclarer des professions qui ne cadrent pas avec 
leur milieu social ; la participation à certains travaux apparaît 



Des recensem. profess. ayant une portée économ. i23 



parfois comme si naturelle qu'on ne l'envisage plus comme 
l'exercice d'une profession, par exemple le travail des femmes 
et des enfants dans les exploitations agricoles. 

153. Une des données les plus importantes 
recueillies par les statistiques professionnelles est 
celle qui concerne la position du recensé dans les 
cadres des professions, telle que patron, ouvrier, 
commis de bureau, de magasin, etc. Cette question 
se trouve posée partout et généralement au moyen 
d'une demande expresse posée dans le bulletin. 

Il ne faut pas penser que les questions en apparence les plus 
simples, comme celle qui concerne la distinction entre patron 
et ouvrier, soient exemptes de difficultés ou reçoivent toujours 
une réponse qui ne laisse aucun doute. L'artisan qui travaille 
chez lui pour un entrepreneur commercial peut fort bien se 
déclarer patron alors qu'il n'est qu'un ouvrier. Celui qui tra- 
vaille dans ces conditions et est cependant, en même temps, en 
relations occasionnelles avec le consommateur doit-il se déclarer 
ouvrier ou patron ? Le problème est bien plus complexe qu'il 
n'en a l'air. Une remarque faite par des statisticiens de grande 
expérience, c'est qu'il faut pousser assez loin les divisions en 
catégories sociales et économiques sous peine de ne pouvoir 
tirer des conclusions bien nettes. 

154. Une des conquêtes les plus récentes et les 
plus importantes de la technique a consisté à faire 
déclarer par l'employé le nom, l'adresse et l'industrie 
de l'employeur. La Hongrie, en 1890, a été la pre- 
mière à utiliser cette indication; elle fut suivie par la 
Belgique et la France en 1896, ce dernier pays 
adressant la question à tous les employés, tandis que 



124 -"^^ Partie. Statistique appliquée 



la Belgique se bornait à ceux appartenant à Tindustrie. 
Les avantages de la méthode s'aperçoivent sans peine. 

Les principaux sont : la situation exacte de chaque 
recensé dans les cadres industriels est précisée par la détermi- 
nation de l'industrie à laquelle il se rattache; 2° il est possible 
de vérifier les allégations du chef d'entreprise concernant l'im- 
portance de son personnel, les déclarations des employés et 
ouvriers devant être en nombre égal au chiffre indiqué par le 
patron ; 3° si l'on avait omis de recenser un patron, l'omission 
apparaîtrait au moyen des déclarations des employés et 
ouvriers. 

Dans un recensement industriel, on peut se borner à exiger 
la déclaration en question de ceux qui appartiennent à l'in- 
dustrie ; dans un recensement professionnel, au contraire, la 
déclaration doit être généralisée. 

155. Enfin, la forme économique des entreprises 
(travail à domicile ou en atelier), leur importance 
(d'après le nombre des ouvriers occupés), la modalité 
de Texploitation (sans ouvrier, avec des ouvriers, 
individuelles, en nom collectif, en société anonyme), 
sont autant de points que les recensements modernes 
envisagent assez fréquemment et qui servent à carac- 
tériser la situation économique des nations. Cepen- 
dant, en principe, ces questions appartiennent au 
recensement industriel et non professionnel. 

Références. — Lucien March, rapport cité sur les recen- 
sements industriels. Antoine Vizaknai : Des points de vue sociaux 
et éco7iomiques dans les dénombrements effectués à la fin du XIX^ et au 
commencement du XX^ siècles. (Btcll. de VInst. intevn. de Statistique, 
t. XIII, 2^ livraison, p. 369). Fried. Zahn, Beruf und Beruf- 
statistiky article paru dans le Handwôrterhich dcr Saatswissenchaf- 
ien, 2^ volume, Jena, 1899. 



Des recensem. profess. ayant une portée économ. i25 



Nous donnons ci-dessous la deuxième partie du bulletin de 
recensement français. 



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orne Partie. Statistique appliquée 



CHAPITRE III 

Du recensement industriel de la Belgique 
au 3i octobre 1896 (^) 

156. La Belgique n'a opéré que deux recense- 
ments industriels complets : celui de 1846 et celui 
de i8g6. En 1880, on fit un recensement industriel 
partiel; il ne s'étendait qu'à 57 divisions de la classi- 
fication industrielle sur m que celle-ci comprenait. 

En 1866, un essai de recensement fut tenté, mais les résul- 
tats en furent jugés trop imparfaits pour être publiés. 

157. Le recensement de i8g6 a été ordonné par 
une loi spéciale (^g juin i8g6) et organisé par un 
arrêté royal (22 juillet i8g6). La loi faisait à chacun 
une obligation de répondre au questionnaire, sous la 
sanction de pénalités. Deux caractéristiques du 
recensement sont à signaler : le dénombrement 
de i8g6 n^a été accompagné d'aucun relevé général 
de la population. Pour trouver les personnes aux- 
quelles les bulletins devaient être remis, on a com- 
pulsé les registres de la population au 3l décembre 
i8go; 2^ des bulletins ont été adressés non seulement 



(^) Ne pouvant, faute de temps, exposer le mécanisme et les 
principaux résultats des recensements industriels, nous nous 
bornons, dans notre cours, à l'étude de celui effectué en 1896, 
en Belgique. 



Du recensem. indust. de la Belgique au 3i oct. 1896 127 



aux chefs d'entreprise, mais encore aux familles 
ouvrières ; ces derniers bulletins renferment certaines 
données pouvant servir au contrôle des réponses 
fournies par les chefs d'entreprise. {Voir p, 12g,) 

L'institution des registres de la population a permis en Bel- 
gique l'exécution d'un dénombrement de l'industrie sans 
dénombrement simultané de la population en général. Mais ce 
procédé est plutôt un expédient. On ne peut que recommander 
le système de la simultanéité du relevé et la différenciation 
des opérations techniques 

158. On appelle chef d'entreprise, au sens du 
recensement, celui qui, au moyen de son propre 
outillage, opère le déplacement, la manipulation ou 
la mise en œuvre d'une marchandise quelconque, 
soit seul, soit avec le concours de personnes 
salariées par lui, et qui travaille pour le consom- 
mateur. 

L'ouvrier est celui qui, en vertu d'un contrat 
exprès ou tacite, fournit son travail à un chef d'en- 
treprise. 

Tout chef d'entreprise devait répondre à un ou plusieurs 
Bulletins A. Il devait remplir autant de Bulletins qu'il exerçait 
d'industries différentes. Le Bulletin A vise principalement les 
points suivants : nature, situation, date de fondation, état d'ac- 
tivité ou de non activité de l'établissement, nombre et sexe du 
personnel de direction et de bureau ainsi que des ouvriers ; 
durée habituelle du travail et des repos ; nombre des ouvriers 
de plus et de moins de 16 ans par spécialité de travail, total 
des salaires touchés lors de la dernière paye normale, nombre 



128 



2me Partie. Statistique appliquée 



total de journées de travail représentées par cette dernière 
paye; nature des produits fabriqués; nombre, nature et force 
des moteurs. 

Toute famille comprenant au moins un ouvrier ou une 
ouvrière appartenant aux industries ou métiers était relevée au 
moyen d'un Bulletin B, au registre de la population duquel on 
extrayait les renseignements suivants pour chacun des mem- 
bres de la famille : nom et prénoms, sexe, lieu de naissance, 
état civil, degré de parenté avec le chef de ménage et profes- 
sion. Un agent spécial, en se rendant au domicile de la 
famille, notait pour chaque ouvrier ou ouvrière des industries 
et des métiers les points suivants : travail à domicile ou en 
dehors de la maison, nom et industrie du donneur de travail, 
commune où est situé l'établissement, rue et numéro. 

Nous reproduisons ci-contre le modèle de ce Bulletin B. 

159. Dans ces limites, le recensement s'est 
étendu à toutes les entreprises dépendant de Tindus- 
trie et des métiers, à toute l'industrie à domicile 
et à toutes les familles renfermant un ouvrier ' au 
moins. 

Ont été exclus : les chemins de fer de l'Etat belge, les diffé- 
rents services publics des administrations locales présentant le 
caractère industriel, les entreprises appartenant à des établis- 
sements ou institutions qui ne travaillent pas pour le consom- 
mateur, les occupations industrielles qui se confondent avec 
l'exercice d'un commerce, celles qui apparaissent comme le 
prolongement de l'industrie agricole. 

160. Le recensement comprend deux parties (A 
et B) dont voici le mécanisme : pour le dénombre- 
ment A, la série des opérations préliminaires com- 



Du recensem. indust. de la Belgique au 3i oct. 1896 129 



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i3o 



orne Partie. Statistique appliquée 



prend le dépouillement des registres de la population, 
l'indication sur des fiches spéciales de toute personne 
pouvant être considérée comme patron, la nomination 
par les administrations communales des agents recen- 
seurs et attribution à chacun d'eux d'une circons- 
cription déterminée; au besoin, la nomination d'office 
des agents recenseurs par le gouverneur de la province . 

En ce qui concerne le dénombrement B : dépouil- 
lement des registres de la population et indication 
dans la partie de gauche du Bulletin B de toutes les 
personnes appartenant à une famille ouvrière ; nomi- 
nation des agents, etc., comme pour le Bulletin A; 
désignation des agents contrôleurs chargés de véri- 
fier et de compléter les indications du bulletin. 

161. Les opérations de recensement proprement 
dites consistaient, pour A, dans la remise et la reprise 
des bulletins, ainsi que dans des recherches complé- 
mentaires à l'effet de découvrir les patrons omis ; 
pour B, dans le contrôle à domicile et la notation des 
réponses aux questions complémentaires. 

162. Bien que les registres de la population, ren- 
dus obHgatoires en i856 et dont la tenue a été unifor- 
misée en 1866, soient, en Belgique, entrés dans les 
mœurs, unerevision attentive a seule permis d'utiliser 
leurs données sans crainte d'omissions ou d'erreurs. 

Les changements de profession ne doivent pas être notifiés 
dans l'intervalle qui sépare chaque recensement ; ceux qui 



Du recensem. indust. de la Belgique au 3i oct. 1896 i3i 



prennent une profession ne sont pas non plus astreints à aucune 
déclaration ; si la profession industrielle n'est qu'accessoire, 
elle a pu ne pas être déclarée. Tels sont les principaux chefs 
d'erreur. 

163. Pour les ouvriers, le contrôle à domicile a 
fait disparaître ou a largement atténué ces causes 
d'erreur. Pour les patrons, il aurait fallu que le chef 
d'entreprise non indiqué au registre de population eût 
échappé aux investigations des recenseurs et qu'il 
n'occupât point d'ouvriers. En effet, la revision des 
documents a été basée sur la confrontation des Bulle- 
tins A et B. 

Tout bulletin de famille ouvrière donne, pour chaque ouvrier 
industriel, le nom, l'adresse et l'industrie de l'employeur. Il en 
résulte que le nombre d'ouvriers déclarés par le patron doit 
correspondre à autant de déclarations faites par les ouvriers. 
Ensuite les bulletins de patrons occupant des ouvriers doivent 
être aussi nombreux qu'il y a d'indications de patrons diffé- 
rents contenues dans les bulletins de familles ouvrières. 

164. Le mécanisme de la revision permet ce 
double contrôle. Toutefois, beaucoup d'omissions 
prétendues furent trouvées inexactes à raison de 
circonstances diverses, notammant des erreurs com- 
mises par les ouvriers dans l'indication du nom de 
leur patron qui ne purent être rectifiées qu'après 
enquête. 

Pour qu'un chef d'entreprise n'ait pas été recensé, il faudrait 
un concours extraordinaire de circonstances : qu'il n'ait pas 
été inscrit au registre de population, que l'omission n'ait pas 



l32 



oine Partie. Statistique appliquée 



été réparée d'office par le recenseur, qu'il n'occupe pas d'ou- 
vriers, que son nom ne figure dans aucun annuaire commer- 
cial, qu'il ne compte parmi les personnes de son ménage aucun 
ouvrier d'industrie ou de métier. On voit que les omissions 
n'ont pu être nombreuses et que les unités non recensées ne 
pouvaient présenter une bien grande importance. 

Références. — Les méthodes employées lors du recense- 
ment des industries et des métiers en Belgique au 3i octobre 
1896, sont exposées de la manière la plus complète dans le 
XVIIP' volume de la publication du Recensement. Sur les 
recensements industriels en général, consulter l'ouvrage du 
D^^ A. Hessë, Gezuerbestatistik, paru dans la Collection Grimdiss 
zum Studien der politisckes Oekonomiây de Conrad, Jena, 1909. 

CHAPITRE IV 
Notions sur les recensements de la production 

165. En général, les recensements industriels ne 
portent pas sur la production, mais uniquement sur 
les moyens de production. Ceux-ci servent d'indices 
pour mesurer celle-là. La valeur de la production 
industrielle est fort difficile à connaître, surtout 
si Ton considère le problème dans toute son ampleur. 

La statistique de la production se trouve réalisée 
dans certains domaines d'une façon presque univer- 
selle. Ainsi la statistique agricole s'étend partout à 
la production. D'autre part, certaines industries sont 
soumises par l'Etat à un régime spécial d'autorisa- 
tion ou à une surveillance particulière; dans ces cas, 
la production est aisément connue et est presque 
toujours publiée. 



btions sur les recensements de la production i33 



Pour un petit nombre d'industries fortement con- 
centrées et pour quelques produits donnant lieu à de 
grandes opérations commerciales, on trouve aussi 
des renseignements circonstanciés sur la produc- 
tion : le coton, la laine, la soie et quelques autres 
textiles sont dans ce cas. 

Les mines et minières^ soumises à un contrôle spécial, ont leur 
production connue d'une manière très suffisante. On peut ei;! 
dire autant de la plupart des carrières. Les fabriques de sucre 
sont surveillées par les agents du fisc, de même que les distille- 
ries d'alcool^ les brasseries et les plantations de tabac ; le plus sou- 
vent la production de ces articles est évaluée avec une approxi- 
mation convenable et est publiée. D'importantes associations, 
commerciales fournissent des renseignements sur les princi- 
pales matières textiles. 

166. Un certain nombre de pays ont essayé de 
dresser une statistique générale de la production 
industrielle. Les difficultés que rencontre une pareille 
entreprise sont très grandes. Nous en énumérerons 
les principales : 

La crainte de fournir des renseignements qui 
seraient utilisés par le fisc pour établir de nouvelles 
bases d'impôts ou augmenter le montant des contri- 
butions déjà existantes, est générale. Des mesures 
appropriées peuvent, dans une certaine mesure, en 
atténuer les effets. 

Le Census of Production A et, 1906, impose au Board of Trade 
de prendre toutes les précautions nécessaires pour éviter la 
divulgation d'aucun secret de fabrication. De plus, il règle 



i34 



2mc Partie. Statistique appliquée 



la composition de comités consultatifs composés d'industriels 
à qui sont soumis les projets de questionnaire, de manière que 
le recensement occasionne le moins d'ennuis possible aux 
chefs d'entreprise. Le 4^ recensement du Canada (i90i),'qui a 
également porté sur la production, a été préparé avec la colla- 
boration de l'Association des manufacturiers canadiens, à 
laquelle ont été soumis pour approbation les bulletins employés 
pour le dénombrement. (Cf. Recensement du Canada [Manufac- 
tures], p. VII, 1901*) 

2° Quelle que soit Tétendue du recensement de la 
production, il est pratiquement impossible d'étendre 
la statistique à toutes les catégories de producteurs ; 
un tel recensement ne sera donc pas général au sens 
'absolu. 

En Angleterre, le Board of Trade a la faculté d'exempter du 
recensement les petits industriels; des personnes compétentes 
sont d'avis qu'il devra user largement de ce droit. Le Canada a 
limité son recensement aux fabriques et usines et en a exclu 
formellement le travail domestique, le travail à domicile et les 
artisans (travail à la main). Le Massachussets ne comprend 
dans son recensement que les fabriques qui ont fourni des ren- 
seignements pour deux années subséquentes. 

3^ La difficulté la plus considérable qu'on ren- 
contre dans un recensement de la production est 
celle qui résulte des doubles emplois. Pour obtenir la 
valeur de la production totale dans une série donnée 
d'industries, il semble qu'il n'y ait qu'à additionner 
tous les chiffires fournis par les entreprises considé- 
rées. Il n'en est rien, car l'entreprise A livre ses pro- 
duits à l'entreprise B, qui les utilise comme matière 



Notions sur les recensements de la production i35 



première, et les produits de B sont eux-mêmes la 
matière première dont se sert l'entreprise C, et ainsi 
de suite. 

Un exemple fera saisir la difficulté : la laine brute est ache- 
tée par un négociant et est envoyée à Verviers pour y être 
lavée ; du lavoir elle passe à la filature ; un tissage achète le filé 
et en fait de l'étoffe ; l'étoffe elle-même sert à confectionner des 
vêtem-ents. Si chaque établissement fournit la valeur de sa pro- 
duction et si on totalise, la valeur de la laine est comptée 
quatre fois. Si la laine était produite dans le pays et si l'agri- 
culture était comprise dans le recensement, la valeur de la laine 
aurait été comptée cinq fois. 

Un autre genre de doubles emplois vient de ce que les ques- 
tionnaires sont adressés aux entrepreneurs et aux sous-entre- 
preneurs à la fois. Si A entreprend la construction d'un 
immeuble, il en indiquera dans son questionnaire la valeur 
totale, en même temps que B et C, qui ont entrepris la char- 
pente et la décoration, signaleront de leur côté la valeur du 
travail qu'ils ont fait. 

167. Différents moyens ont été suggérés pour 
remédier aux inexactitudes signalées. Le premier 
consiste à demander séparément la valeur des 
matières premières et la valeur du produit achevé. 
La différence est appelée : valeur nette des produits. 



Sans que ce dernier calcul ait été établi, la StaiisUquê de la 
France^ 2^ série, tome XIX (1860), permet d'établir la valeur nette. 



MATIÈRES PREMIÈRES 


PRODUITS FABRIQUÉS 


Quantités 


Nature 


Valeurs 


Quantités 


Valeurs 













i36 



oine Partie. Statistique appliquée 



Cette méthode a été également employée par les recense- 
ments américains de 1870, 1880 et 1890. On a présenté l'objec- 
tion suivante : avec ce système, il peut arriver que la valeur 
nette du produit soit inférieure à la valeur des matières 
premières, ce qui est absurde. Cette objection n'a de force que 
parce que la terminologie employée est inexacte : au lieu de 
(c valeur nette » qu'on dise « valeur ajoutée par le travail indus- 
triel » et on comprendra fort bien que cette valeur ajoutée puisse 
ne pas égaler celle à laquelle elle est jointe. 

168. Lors du recensement de 1900, on a ima- 
giné aux Etats-Unis de demander la valeur : des 
matières premières brutes ; 2"^ des produits partiel- 
lement manufacturés et destinés à une mise en 
œuvre ultérieure; 3^ des produits achevés. La 
valeur nette, dans ce système, s'obtient en déduisant 
de la valeur totale celle des produits manufacturés 
en partie. 



Voici le tableau employé dans ce but par la statistique 
américaine. 



COST OF MATERIALS USED 


Products 
including 
Custom Work 
and 
Repairing 


Aggregate 


PRINCIPAL MATERIALS 


Fuel 


Rent 

of 
power 
and 
Heat 


Mill 

Supplies 


Freight 


Total 


Purchased 
in 

raw State 


Purchased 
in partially 
manufactured 
form (inclu- 
ding ail other 
materials) 





















Notions sur les recensements de la production iSy 



La complication du système est grande, ce qui est un incon- 
vénient sérieux. La distinction entre les produits manufacturés 
et mi-manufacturés est difficile. Les profits commerciaux s'in- 
corporent aux produits mi-manufacturés quand la déclaration 
de la valeur de ceux-ci est faite par l'acheteur ; ils n'y 
sont pas compris par le vendeur, de sorte que les deux 
genres de déclarations ne correspondent pas. Enfin, il ne 
faudrait pas décompter les produits mi-manufacturés importés 
de l'étranger car ils n'ont pas fait l'objet d'une évaluation 
antérieure. 

169. Malgré les difficultés de tout genre que ren- 
contre sa réalisation, la statistique de la production 
a fait l'objet de maintes tentatives dont la réussite 
est plus ou moins douteuse. Nous avons déjà cité 
les Etats-Unis, le Canada et la France. 

Nous pouvons y ajouter les recensements français de 1861 
(quantités et valeur des matières premières, frais de production 
et intérêts des capitaux engagés) et de 1873 (quantité et valeur 
des produits fabriqués), les recensements industriels : autrichien 
de 1897 (valeur et importance de la production pour les exploi- 
tations les plus importantes), hongrois, de 1900 (nature et quan- 
tité des matières premières, des produits demi-fabriqués et de 
la production elle-même dans les petites entreprises); un recen- 
sement spécial de la production dans les entreprises compre- 
nant plus de 20 ouvriers a été exécuté cette même année 1900, 
(quantité, nature, valeur des matières premières, des produits 
bruts et des produits fabriqués). Le xecensemeni danois de 1897 
dans sa partie relative aux exploitations soumises à l'inspection 
du travail, demanda aussi la quantité et la valeur des produits; 
il fut renouvelé en 1906. La Norvège projette un recen- 
sement de la production pour 1909. La Roumanie a éga- 



i38 



2"^^ Partie. Statistique appliquée 



lement indagué sur la matière dans son recensement 
industriel de 1902. 

170. La tentative la plus importante et la plus 
intéressante qui soit à signaler est celle de TAngle- 
terre. La loi du 21 décembre igo6 a prescrit de 
rechercher dans toutes les fabriques, ateliers, mines, 
carrières, entreprises de construction et autres 
entreprises industrielles, la valeur et Timportance de 
la production. 

Voici le fac-similé d'nn bulletin de recensement. Un bulletin 
spécial a été préparé par le Board of Trade pour chaque caté- 
gorie d'entreprises. Le questionnaire compte tantôt 8 pages, 
tantôt 4, du format pro-patria*. Il commence par un avis du 
contrôleur général du Board of Trade, rappelant que le recen- 
sement est exécuté en conformité du Census of Production act, 
6 Edw. VII, ch. 49. Tous les renseignements donnés sont 
strictement confidentiels. La première page contient le nom et 
l'adresse du recensé ; elle est détachée par un fonctionnaire 
responsable du Board of Trade et la partie contenant les 
réponses est seule remise au service chargé du dépouillement. 
Les principales dispositions de laloi sont rappelées au verso de 
la 1^^ page. 

Le questionnaire est divisé en 2 parties : A etB. La première 
comprend les renseignements qui doivent être tournis en vertu 
de la loi (compulsory information), la seconde, ceux qui sont 
donnés volontairement (volontary information). — La première 
comprend les questions suivantes : industrie ou métier — 
réponses données pouf les 12 mois commençant 190.... 

Pour la production, chaque industrie a à répondre à des 
questions spéciales. 



Notions sur les recensements de la production. i3g 



Voici celles adressées aux fabricants de poils pour cha- 
peaux. 



KIND OF GOODS MANUFACTURED OR WORK DONE 



Net selling value 



Value of Work Done 



Hatters^ Wares (including Rabbit, etc.. Fur 
aud Skins) 

All other Products, including Waste Sold 
[specif y principal Kinds and values separately). 



Amount received for Work Done for the 
Trade 

Fur Pulling 

Other Work [specify principal Kinds and vaines 
separately) 

Total Value of Goods Made and 
Work Done. ........ 



Construction and Repaik Work executed by 
the firm's workpeople on own .... 

Buildings 

Machinery and Plant 



Le questionnaire demande encore le coût des matières pre- 
mières et marchandises utilisées, la composition du personnel 
ouvrier et de bureau; ce dernier comprend tous les employés, 
voyageurs, préposés aux achats et à la vente pour le compte 
de la firme, ainsi que le personnel de direction. Le personnel 
est distingué selon le sexe et l'âge (+ de i8 ans et — de i8 ans). 



Cost of Labour and 
Materials 



140 



orne Partie. Statistique appliquée. 



Dans les industries qui sont susceptibles d'emplo3^er des 
ouvriers à domicile la question suivante est posée : 



OUTWORKERS 





NUMBER 


Maies 


Females 


Total 


Number of outworkers on list 
sent to Local Public Health 
Authority on or before : 









La question 7 vise le nombre de jours de production ; la 
question 8 des renseignements sur les moteurs. — La partie B 
se borne à une question portant sur la quantité de combustible 
(coke et charbon) consommée. 

Références. — Udny Yule, StatisUcs of production and the 
censiis of production act. (Journal of the royal statistical Society^ 
mars 1907). — A. Hesse, Gewerhestatistik, déjà cité, p 26 à 3i. 
— DE Hegyeshalmy, De la méthode sutviepour T enquête statistique faite 
en Hongrie, en l8çç^ sur la production industrielle. (Bull, de l Inst. 
Int. de Statistique^ vol. XIII, 2® partie, p. 137.) A titre d'exemple 
des critiques qui peuvent être formulées à l'égard d'une statis- 
tique, même simplement partielle, de la production cf. A. Hal- 
leux, Sur V application du procédé statistique à V industrie des mines. 
[Annales des Mines de Belgique, 1907, p. 737-756.) 



2® Section. Statistique agricole 



CHAPITRE PREMIER 
Importance de la Statistique agricole 

171. La statistique agricole a toujours présenté 
un vif intérêt pour chaque nation en particulier, 
mais rimportance qu'elle a prise date du jour où 
les moyens modernes de communication et de 
transport ont fait du monde entier un marché 
unique. Auparavant, les produits de Tagriculture 
se consommaient là où ils avaient été obtenus ou 
dans un rayon territorial fort limité. Depuis que les 
moyens rapides et peu coûteux de communication 
se sont développés, le marché agricole est devenu 
international ; une bonne ou une mauvaise récolte 
aux Etats-Unis influence les prix dans toute l'Eu- 
rope et le petit paysan des Flandres se trouve 
solidaire du far mer du Far- West américain. 

172. L'objet de la statistique agricole, c'est la 
terre considérée comme facteur de la production. 
La statistique agricole ne relèvera pas seulement 
les quantités de produits agricoles proprement dits, 



1 



14- 2'"'^ Partie. Statistique appliquée. 



c'est-à-dire les céréales etc., mais elle considérera j 

également une quantité de produits industriels et \ 

de marchandises qui font Tobjet d'un trafic impor- i 

tant : le coton, le lin, le café, le caoutchouc, en ; 

tant que produits naturels, dépendent de la statis- l 

tique agricole. l 

173. Ce qui intéresse particulièrement, c'est l'état ï 
du marché ; cet état dépend, en grande partie, de la ] 
production. C'est donc la production agricole qui \ 
formera le premier objet de la statistique. La pro- \ 
duction peut être envisagée à un point de vue \ 
relatif : x millions d'hectolitres de froment ont été ! 
récoltés dans tel pays ; la production par hectare a 

été de X hectolitres. En même temps que la pro- 
duction, on relève donc les étendues ensemencées. ] 

174. La production dépend de certams facteurs ] 
ou est influencée par eux. L'outillage agricole, par ; 
exemple, Tusage des engrais chimiques, d'autres î 
éléments encore ont une action directe sur la pro- 
duction. D'autres ont une action indirecte : le \ 
régime de tenue des terres, le salariat et le taux des | 
salaires, la grande et la petite propriété, etc. Ce : 
sont ces divers éléments que les statistiques agri- ^ 
coles envisagent le pins communément. i 

175. La statistique agricole envisage princi- ] 
paiement les questions suivantes : étendue des 
superficies cultivées; répartition des superficies ' 



1 



Importance de la Statistique agricole 143 



cultivées d'après la nature du produit; importance 
de la production; méthodes de culture; modes de 
tenure de la terre ; cheptel, son importance et sa 
nature. Selon Tétat social du pays où se fait la 
statistique, on peut encore ajouter d'autres ques- 
tions au programme ci -dessus. 

CHAPITRE II 
Organisation de la Statistique agricole 

176. La statistique agricole, pour laquelle la 
chose importante est la production, doit être renou- 
velée chaque année, au moins en ce qui concerne 
Tétat des récoltes. Une périodicité plus étendue, 
décennale par exemple, peut être établie en ce qui 
concerne la tenure des terres, les salaires, etc. 

Le renouvellement annuel de la statistique con- 
stitue une grande difficulté ; elle n'a pas été résolue 
de la même façon dans tous les pays, ni comme 
objet, ni comme méthode. 

177. Belgique. Ce pays possède, depuis 1900, une 
statistique agricole annuelle, qui s'étend à toutes 
les exploitations d'au moins un hectare." Elle com- 
prend rétendue respective des principales cultures, 
le rendement moyen de chacune d'elles, les amen- 
dements, engrais, etc. emplo3^és, le nombre des 
principales espèces d'animaux de la ferme, le relevé 
des naissances et des pertes pour ces animaux. Les 



144 



orne Partie. Statistique appliquée. 



renseignements sont recueillis sur bulletins indivi- 
duels, distribués du i^^ au 20 décembre, par des 
agents recenseurs nommés par les administrations 
communales, ou, à leur défaut, d'office par les 
Gouverneurs de province. Les données sur le ren- 
dement moyen des principales récoltes sont réunies 
par les administrations communales. Le dépouille- 
ment n'est pas centralisé. 

On opère, en outre, de temps à autre, un recen- 
sement général agricole ; le dernier a eu lieu en 
i8g5. Outre les données que réunit le recensement 
annuel, il a porté sur Toutillage, les salaires, la 
valeur des terres et le prix des baux, les améliora- 
tions foncières depuis 1880, les sociétés de crédit, 
d'assurances et autres sociétés agricoles. Les ren- 
seignements sur le rendement moyen, les salaires, 
la valeur des terres et le taux des fermages ont été 
fournis par les administrations communales ; les 
pertes d'animaux par maladies contagieuses ont été 
relevées d'après les archives de l'administration 
centrale de l'agriculture ; les autres renseignements 
ont été obtenus par bulletins individuels. La statis- 
tique des propriétés boisées et le relevé des terrains 
incultes ont été dressés par l'administration des 
Eaux et Forêts. 

178. Grande-Bretagne» On distingue les chiffres 
approximatifs de ceux de la statistique proprement 
dite. Les chiffres approximatifs sont fournis par 
des experts, nommés et rémunérés par l'administra- 



Organisation de la Statistique agricole 



145 



tion, et qui ont à faire connaître le rendement 
moyen par acre, dans chacune des paroisses de leur 
ressort^ des principales récoltes. — La statistique 
proprement dite est dressée au mois de juin par 
les agents du revenu intérieur (officiers of Inland 
Revenue), au nombre de 1,200 environ. Les rensei- 
gnements sont pris auprès de chaque occupant 
d'une terre de plus d'un acre ; ils doivent être 
renvoyés le 4 juin; 97 questionnaires sur 100 
reviennent à l'administration. 

La statistique agricole de la Grande-Bretagne 
montre notamment que 3.6 p. c. des exploitations 
occupent 27.4 p. c. de la superficie et que la super- 
ficie cultivée en froment a diminué de moitié de 
1874 à igoo. 

179. France, Outre des renseignements sur les 
récoltes pendantes, publiés chaque semaine au 
Journal ojficiel^ la statistique agricole française 
comprend une statistique annuelle et une sta- 
tistique décennale. La statistique annuelle est 
dressée par les maires pour leur commune ; elle 
utilise deux bulletins, un pour la récolte et l'autre 
pour les animaux de ferme. A l'aide de ces maté- 
riaux, contrôlés et revisés s'il y a lieu, la Direction 
de l'agriculture dresse les tableaux de la statistique 
annuelle, qui paraissent dans le Bulletin du Minis- 
tère de V Agriculture, 

L'enquête décennale a eu lieu en 1840, i852, 

1862, 1882, 1892, 1902. L'organisation de ces 

( 10 



146 



2"^'^ Partie. Statistique appliquée 



enquêtes a varié. Le système suivi en 1892 se 
caractérise par l'intervention des autorités locales, 
aidées et surveillées par des commissions canto- 
nales chargées de centraliser les données premières 
fournies par chaque commune. 

180. Empire Allemand. Depuis i8gg,- l'Empire 
Allemand publie, sous forme de statistique annuelle, 
des renseignements sur l'état des emblavures, 
l'étendue des surfaces ensemencées et les résultats 
des récoltes. La méthode à employer a été fixée par 
le Bundesrat : chaque district reçoit une carte 
postale imprimée sur laquelle doit être exprimé, en 
chiffres, l'état des cultures : i, très bien; 2, bien; 
3, m037enne; 4, médiocre; 5, très médiocre. Une 
autre carte postale, envoyée le i5 novembre, doit 
porter les quantités récoltées par hectare; 7,5oo 
correspondants, choisis par les autorités et les 
sociétés d'agriculture participent à ce travail. On 
établit le produit total en multipliant, pour chaque 
district, le rendement à l'hectare par la surface 
ensemencée du dit produit. 

181. Etats-Unis. Le système de renseignements 
adopté par les États-Unis est double. Des agents 
salariés par l'administration de l'Agriculture sont en 
relations avec plusieurs milliers de correspondants 
compétents, disséminés sur toute l'étendue des Etats- 
Unis et qui font parvenir leurs rapports. D'autres 
renseignements viennent d'un corps de cultivateurs 



Organisation de la Statistique agricole 



147 



qui adressent des renseignements sur leur propre 
exploitation. La statistique décennale fait partie du 
Ce7iSîis et est opérée conjointement aux autres 
opérations statistiques du dénombrement par des 
agents spéciaux et rémunérés. 

182. Roiiinanie, La Roumanie ne possède pas 
encore de cadastre, de sorte que le propriétaire 
terrien doit lever lui-même le plan de sa propriété 
et le faire approuver par l'autorité judiciaire compé- 
tente. Cette situation crée des difficultés particu- 
lières en ce qui concerne la fixation de la superficie 
cultivée. Avant 1892, les résultats de la récolte et 
rétendue des emblavements étaient communiqués 
au Ministère de l'Agriculture par les autorités com- 
munales, mais ce système donnait lieu à beaucoup 
d'erreurs. Depuis quelques années, l'étendue ense- 
mencée et le chifî^re de la récolte sont fournis 
directement par le propriétaire. 

Références — Levasseur, Les procédés de la statistique agri- 
cole iBîill. deVInsi. Int. de Statistique, t. XIII, livr. 2). Id. Commiini- 
iiication sur la statistique agricole [ihià. t. XII, livr. i). Voyez aussi 
les rapports de Pilât et de Craigie à l'Institut international de 
statistique. — Bela Fôldes et Baines, dans le même recueil, se 
sont occupés de la Statistique des prix des céréales et de la hihlio- 
l^rapliie de la matière. L'Italie a depuis peu, adopté une nouvelle 
organisation de la statistique agricole qui a fait Fobjet d^une 
publication du ministère de l'agriculture, de l'industrie et du 
commerce, Rome, 1908. 



148 



oiiie Partie. Statistique appliquée 



B. STATISTIQUE DES ÉCHANGES 



V Section. Statistique du commerce 
extérieur 



CHAPITRE PREMIER 

De l'objet et de l'importance de la Statistique 
commerciale. 

183. La statistique du commerce extérieur ou 
statistique commerciale consiste essentiellement 
dans le classement des produits échangés par une 
nation avec les autres et Tevaluation des sommes et 
des quantités que représentent ces produits. On 
reconnaît généralement à la statistique commerciale 
les fonctions ci-après : 

établir des groupes homogènes ; 

2^ relever les quantités échangées ; 

3° déterminer les valeurs des produits échangés ; 

4° établir les divisions essentielles : importations, 
exportations, commerce général, spécial, de transit 
direct ou indirect, de perfectionnement ou par admis- 
sions temporaires {ùnprovement trade); 

5° reconnaître les pays de provenance et de des- 
tmation. 



De l'objet et de l'importance de la Stat. comm. 149 



184. Le but que Ton poursuit par l'établissement 
delastatistique commerciale est double : i^moyennant 
certaines précautions, dont l'exposé se trouve dans les 
pages qui suivent, il est possible d^établir entre les sta- 
tistiques commerciales de plusieurs pays des compa- 
raisons intéressantes ; 2° en ne considérant que la 
statistique commerciale d'un seul pays, et toujours à 
condition de connaître l'organisation statistique, on 
pourra se faire une idée nette des fluctuations du 
commerce extérieur de ce pays et, dans une certaine 
mesure, de son état de prospérité. 

Les comparaisons établies entre les statistiques de plusieurs 
pays sont toujours périlleuses à raison des divergences de 
méthodes. C'est ce qui explique le scepticisme avec lequel on 
accueille parfois les comparaisons de l'espèce, bien que la con- 
fiance la plus aveugle soit encore plus fréquente que l'incré- 
dlilité. Il est juste cependant de reconnaître qu'au cours des 
dix dernières années, de très sérieux progrès ont été accom- 
plis dans la voie de l'unification des statistiques commerciales 
et, par conséquent, dans la voie de la comparabilité. 

Au point de vue national, la statistique commerciale est l'un 
des indices les plus importants de prospérité ou de déclin ; nous 
avons vu qu'elle est rangée au nombre des indices employés en 
sémiologie économique. 

185. En principe, la statistique commerciale 
devrait s'étendre à toutes les marchandises qui font 
l'objet d'un trafic international. Il est clair qu'en 
pratique le domaine de la statistique est moins étendu 
qu'en théorie. Une quantité d'objets échappent aux 
investigations officielles; ce sont : i^' ceux intro- 



i5o 2^"'-' Partie. Statistique appliquée 



duits en contrebande ; plus une marchandise présente 
de valeur sous- un faible volume, plus elle est avan- 
tageuse et facile à introduire en fraude; 2^ les effets 
personnels des voyageurs et les objets dissimulés à 
l'entrée; 3"^ les marchandises que la douane néglige 
de relever ou ne compte que d'une manière approxi- 
mative, faute d^'intérêt fiscal. Ce dernier cas se pré- 
sente particulièrement dans le commerce d'exporta- 
tion. 

(lo) La contrebande ne se pratique que sur les objets frap- 
pés de droits plus ou moins onéreux et susceptibles d^être 
transportés facilement, en quantité plus ou moins grande. On 
peut donc dresser d'avance la liste des marchandises pour les- 
quelles cette cause d'erreur peut présenter quelque impor- 
tance. (2°) Lorsque des différences de prix assez sérieuses 
existent d'un pays à l'autre, le commerce de frontières prend 
de grandes proportions; ces transactions échappent presque 
toujours aux agents du fisc. (3°) La statistique commerciale 
belge ne comprend à la sortie que des vérifications sommaires 
des valeurs et des quantités déclarées par les exportateurs, 
faute d'intérêt fiscal 1 C'est une conséquence de l'union trop 
intime de la statistique commerciale avec la perception des 
droits. Il faudrait, au contraire, considérer la statistique du 
commerce extérieur comme une recherche économique soumise 
aux exigences de la méthode scientifique. 

186. L'utilité de la statistique commerciale appa- 
raît à différents points de vue : 

Sous le rapport des éUides économiques générales : 
elle permet d'apprécier les progrès du commerce, de 
procéder à des comparaisons portant, sur plusieurs 
pays ou sur des périodes de temps différentes, de se 



De l'objet et de l'importance de la Stat. comm. i5i 



rendre compte du développement des importations, 
des exportations ainsi que de la nature des produits. 

2^ Sons le rapport de la politique commerciale : elle 
nous apprend si le pays auquel elle se rapporte est 
en progrès ou se trouve dans un état stationnaire, 
elle montre ses progrès relatifs, les articles les plus 
demandés, quels sont les marchés importants et 
ceux menacés par la concurrence étrangère ; elle est 
aussi d'une grande utilité dans les négociations des 
traités de commerce et dans toutes les questions de 
politique douanière. 

3° Soîis le rapport des intérêts privés des commerçants : 
elle leur permet d'arriver à la connaissance générale 
du marché intérieur, de se rendre compte de la pro- 
venance des marchandises, des débouchés, de la 
concurrence sur les marchés étrangers, de l'impor- 
tance et de la source de cette concurrence. 

Références. — Au point de vue de la comparabilité inter- 
nationale des statistiques du commerce extérieur, on peut 
consulter tous les rapports de Bateman dans le Bulletin de Vlnst. 
Int, de statistique et les articles ou ouvrages suivants : Bodio, 
Sîdle discovdanze clie si ohsevvano fva le Statistiche commevciali dei vari 
Stati [Bibl. dell Economista, série IV, vol. I, p. 75). — Caignon, 
Statistique du commerce extérieur [Bidl. Inst. Int. de Statistique^ t. II, 
livr. I). — Verkerh Pistorius, Comparabilité des Statistiques du 
Commerce [Bull. Inst. Int. de Statistique, t. IX, livr. II). — Giffex. 
Use of Import and export Statistics, dans Economies inquiries and 
Studies, Londres, 1904, tome I, p. 282; Id. ibid. On international 
Statistical comparisons, tome II, p. 41 — Levi Leoxe, Commercial 
Statistics and an attempt at a iiniversal commercial code (Journal of the 
Statistical Society London), vol. i5, p. loS. — Coletti, Del valore 
Statistico délie cifre del commercio internasionale, Turin, igoS. — 
LippERT, Ueher die Vergleichharkeit der Werte von internationalen 
Waren-Uehertragtingen. Vienne, BraumûUer, 1903, 



l52 



ome Partie. Statistique appliquée 



CHAPITRE II 
De la dénomination des marchandises 

187. Dans les statistiques commerciales, les pro- 
duits échangés sont désignés sous un certain nombre 
de termes ou rubriques. Il est absolument nécessaire 
de se rendre compte exactement de la portée de ces 
dénominations : si Ton veut comparer différentes 
statistiques, il faut savoir si les mêmes marchandises 
sont bien réellement comprises dans chacune des 
rubriques que Ton compare ; 2^ si Ton se borne à 
l'étude d'un seul pays, il importe de connaître la 
composition de chaque rubrique ; cette composition 
peut varier d'une année à l'autre; il peut arriver aussi 
que les produits compris sous une dénomination 
unique soient si nombreux qu'on ne puisse tirer de 
l'examen des chiffres qui la concernent aucune con- 
clusion sérieuse. 

Comme conclusion de ce qui précède, on peut affirmer que 
l'étude du tarif douanier est indispensable comme préparation 
à l'utilisation de la statistique commerciale. Tout au moins con- 
vient-il de s'en rapporter au tarif pour connaître, chaque fois 
qu'on en utilise les chiffres qui s'y rapportent, la composition 
de chaque rubrique. 

L'attention doit être aussi attirée sur ce point que les tarifs 
douaniers se modifient et tantôt excluent, tantôt englobent des 
marchandises nouvelles ; autrement dit, la signification d'une 
rubrique de la statistique commerciale ne reste pas immuable; 
il y a donc lieu d'en vérifier chaque fois le contenu. 



De la dénomination des marchandises i53 



188. Le nombre des rubriques usitées par la 
statistique commerciale varie de pays à pays. 

Il suit de là que tandis que certaines marchandises 
sont nettement spécifiées dans quelques pays, elles 
se trouvent ailleurs confondues avec d'autres, de 
telle sorte que la comparaison est impossible. 

Voici quelques données 'à cet égard : 

Allemagne . 19 classes, 946 numéros ou rubriques. 

Autriche . . 5i — 657 articles. 

Belgique . . 480 — 

Espagne . . 14 — 697 numéros. 

Italie ... 17 — 370 — 

Suisse. . . i5 — ii65 — 

189. Le système actuellement en usage s'explique 
par les considérations ci-après : 

Il est matériellement impossible d'énumérer 
toutes les marchandises. Même les classifications les 
plus détaillées ne procèdent pas par unités distinctes, 
mais rassemblent sous une rubrique unique un cer- 
tain nombre de choses, les plus homogènes possibles. 
Evidemment, moins les rubriques sont nombreuses, 
moins aussi elles offrent de garanties quant à l'ho- 
mogénéité des objets qui y sont compris. 

T Si la composition des rubriques était réglée 
d'une manière systématique, en vue de la statistique 
commerciale, on pourrait sans doute trouver un ter- 
rain d'entente en ce qui concerne les comparaisons 
internationales. Malheureusement, les désignations 
des marchandises sont empruntées directement au 



orne Partie. Statistique appliquée 



tarif des douanes, lequel est arrêté d'après des consi- 
dérations économiques et politiques absolument 
étrangères à notre matière. 

190. Les inconvénients de la pratique suivie sont 
bien apparents : a) les tarifs douaniers distinguent 
des marchandises qui devaient être réunies à 
d'autres; b) ils groupent des produits qui pourraient 
être séparés. 

La statistique commerciale au lieu d'être faite en 
vue des nécessités auxquelles elle répond, a donc son 
sort lié aux fluctuations de la politique économique. 

On pourrait facilement remédier à ce grave inconvénient si. 
au lieu de suivre les rubriques du tarif douanier, on adoptait 
une classification des marchandises spéciale pour la statistique 
commerciale. Cette réforme, qui a été accomplie en 1891 par 
la Bulgarie, suppose la centralisation du travail de dépouille- 
ment dans un Office de statistique, au lieu du système de la 
décentralisation qui est adopté presque partout. La classifica- 
tion est alors établie d'après une conception scientifique et son 
maintien ou sa réforme ne dépendent plus des retours offensifs 
du libre-échange ou du protectionnisme. 

191. L'énumération des marchandises se fait 
d'une manière diff'érente dans les divers pays. Cer- 
taines puissances partagent les rubriques en classes 
ou en groupes; l'Allemagne, l'Autriche, l'Espagne, 
l'Italie procèdent de cette manière (i). D'autres pays, 

(') A titre d'exemple, nous reproduisons les 19 classes de 
produits adoptées en Allemagne ; I. Produits du sol et des 
forêts et autres produits naturels^, animaux et végétaux ; den- 



De la dénomination des marchandises i55 



comme la France, la Russie, ont choisi quelques 
grandes divisions qui sont elles mêmes subdivisées 
en un certain nombre de chapitres. Enfin, certains 
pays n'ont adopté aucune subdivision et classent 
les marchandises simplement dans l'ordre alphabé 
tique. 

rées d'alimentation et de consommation. — II. Matières pre- 
mières minérales et fossiles; huiles minérales. — III. Cire 
préparée, acides gras solides, paraffine et matières analogues 
servant à la fabrication des bougies ; bougies, articles en cire, 
savon et autres articles dans la fabrication desquels entrent les 
graines, les huiles ou la cire. — IV. Produits chimiques et 
pharmaceutiques, couleurs et matières colorantes. — V. 
Matières textiles animales et végétales et ouvrages de ces 
matières; cheveux, plumes de parures, éventails et chapeaux. 

— VI. Cuir et articles en cuir, pelleterie, articles en boyaux. 

— VII. Articles en caoutchouc. — VIII . Tresses et objets tres- 
sés en matières végétales (à l'exception des fibres textiles). — 
IX. Balais, brosses, pinceaux et articles pour tamis. — X. Arti- 
cles en matières animales ou végétales, à sculpter ou à mode- 
ler. — XI. Papier, carton et articles en ces matières. — XII. 
Livres, images, tableaux. — XIII. Articles en pierres ou en autres 
substances minérales (à l'exception des articles en argile), et 
en matières fossiles. — XIV. Articles en argile. — XV. Verre et 
verrerie. — XVI. Métaux précieux et articles en métaux pré- 
cieux. — XVII. Métaux communs et articles en métaux com- 
muns. — XVI II. Machines, appareils électrotechniques, véhi- 
cules. — XIX. Armes àfeu, horlogerie, instruments de musique, 
jouets d'enfants. 

Ces 19 classes sont elles-mêmes partagées en trois divisions : 
produits alimentaires et animaux vivants ; matières nécessaires 
à l'industrie; î)roduits manufacturés. Nous reparlerons au cha- 
pitre suivant de ces divisions générales. 



i56 



21110 Partie. Statistique appliquée 



1 



L'ordre alphabétique est tout à fait insuffisant et ne représente 
aucun principe de classification ; la Belgique l'a conservé jus- 
qu'en 1908. Il présente de graves inconvénients et a notamment 
pour effet de rendre les recherches fort pénibles et fort longues. 
D'après M. Allard [op. cit. p. 14), la méthode rudimentaire de 
classification adoptée par la Belgique ptoduit des résultats ren- 
dant absolument impossible la moindre comparaison du mou- 
vement. 

192. Le matériel statistique est formé des décla- 
rations des importateurs et des exportateurs qui 
doivent, en général, déclarer les marchandises qu'ils 
échangent, en suivant les indications du tarif doua- 
nier. Dans les pays où la statistique commerciale est 
décentralisée — ce sont les plus nombreux — les 
agents des douanes extraient des comptes tenus pour 
le fisc les indications relatives à la statistique et 
reportent celles-ci sur des tableaux spéciaux. Dans 
ce système, Tidentité entre les classifications doua- 
nières et statistiques est absolue. Dans quelques 
pays, il existe une classification statistique indépen- 
dante de celle du tarif douanier ; dans ce cas, le ser- 
vice de la statistique est habituellement séparé de 
celui de la douane. 

La Hongrie a pris la décision de se baser exclusivement sur 
les déclarations faites par le public : « la statistique commer 
ciale hongroise, dit M. de Vargha, ne publie plus de nomen- 
clature alphabétique à l'usage du public et elle ne demande à 
celui-ci que de déclarer chaque marchandise par son nom, 
c'est-à-dire de la même manière qu'on la demanderait en 
voulant l'acheter w. 



De la dénomination des marchandises 



i57 



193. On peut soutenir qu'il y a avantage, au 
point de vue de la statistique, à posséder deux classi- 
fications distinctes : l'une pour l'importation ; l'autre 
pour l'exportation. En effet, les articles importés 
diffèrent de ceux exportés et il semble naturel 
d'adapter les classifications aux nécessités consta- 
tées. Ce pomt de vue doit être abandonné pour la 
raison que la divergence de classement rend impos- 
sible toute comparaison entre le mouvement des 
importations et celui des exportations. Il suffit d'ail- 
leurs pour atteindre le but visé de posséder une 
nomenclature assez détaillée par classes et par 
espèces. 

L'Angleterre s'est servie de i885 à igoS de classifications 
différentes pour les importations et les exportations ; les Etats- 
Unis d'Amérique ont également unifié leurs listes depuis 1906. 

194. D'après ce qui précède, il est clair que dans 
une même statistique toutes les rubriques de la classi- 
fication ne possèdent pas une égale valeur et. ne 
présentent pas la même sûreté. Les rubriques les 
plus simples, celles qui désignent le plus nettement 
une classe d'objets homogènes sont aussi celles qui 
présentent la valeur statistique la plus élevée. De 
deux rubriques portant sur des objets également bien 
désignés, celle qui est la plus sûre est celle qui con- 
cerne la marchandise comprenant le moins de 
variétés, de qualités et de prix diff^érents. Les mêmes 
observations s'appliquent aux comparaisons interna- 
tionales. Si les conditions indiquées plus haut ne se 



i58 



2"^^ Partie. Statistique appliquée 



trouvent pas réalisées, les comparaisons portant sur 
une seule rubrique sont périlleuses; au contraire, 
celles qui s'étendent à de grandes classifications 
présentent moins de dangers à cause de l'influence 
correctrice des grands nombres. 

R É F É R E N c E S . — Allard, La statistique douanière internationale^ 
Paris, Kugelmann, 1908. — Colletti, op. cit.. Voir aussi: British 
aud Foreign trade and industrial conditions, série II. 

CHAPITRE III 
Des groupements de marchandises 

195. A côté des dénominations s'appliquant aux 
produits ou à des classes de produits, les statistiques 
commerciales comprennent aussi des nomenclatures 
plus larges qui ont pour objet de donner une idée de 
la nature des transactions opérées. Un pays qui 
exporte des matières premières ne se trouve pas dans 
les mêmes conditions que celui qui exporte des 
produits manufacturés. Ces divisions suppléent aux 
recherches fort longues qui, sans elles, devien- 
draient nécessaires. 

196. Les grandes divisions adoptées par les prin- 
cipales nations commerciales sont les suivantes : 

Allemagne. — On remarque dans la statistique 
commerciale allemande trois divisions : produits 
alimentaires et animaux vivants, — matières néces- 
saires à l'industrie, — produits manufacturés. 



Des groupements de marchandises 



Autriche-Hongrie. — La statistique de Tempire 
Austro-hongrois comprend trois groupes : i° Matières 
brutes à) produits alimentaires, b) produits de Tagri- 
culture et matières premières pour les industries 
textiles, du bois et autres industries, c) produits des 
mines et des industries métallurgiques ; 2^ produits 
partiellement manufacturés ; 3^ produits manufac- 
turés. 

France. — Mêmes divisions qu'en Allemagne. Il 
est à remarquer toutefois que les chevaux sont 
classés parmi les produits destinés à l'industrie, 
tandis que l'Allemagne les range parmi les animaux 
vivants, réunis aux a produits destinés à l'alimen- 
tation )). 

Italie. — La statistique commerciale de ce pays 
divise les produits qui y figurent en quatre classes : 
produits alimentaires, — matières premières pour 
l'industrie, brutes, — matières premières pour l'in- 
dustrie, mi-façonnées ou préparées, — produits 
manufacturés. Les chevaux sont classés comme en 
France. 

Pays-Bas. — Quatre divisions : produits alimen- 
taires etanimaux vivants, — matières premières, — arti- 
cles manufacturés, — articles divers non classés. La 
statistique hollandaise comprend les métaux pré- 
cieux en lingots et en espèces. 

Russie. — On comprend, dans la statistique russe, 
toutes les marchandises sous quatre rubriques : 
animaux vivants, — produits alimentaires, — matières 



i6o 



2nie Partie. Statistique appliquée 



1 



premières brutes ou mi-manufacturées, — articles I 

manufacturés. ; 

Suisse. — Ce pays fait entrer en ligne de compte, \ 

dans la statistique commerciale, les métaux précieux \ 
en lingots. Cette statistique distingue : les produits , ] 

alimentaires, — les matières brutes, -— et les produits j 

manufacturés. i 

j 

i 

197. En AngleterrCy la classification actuelle date î 
de igo3; c^est dans V Anmtal Statement of Trade de 

cette année que le système a été appliqué pour la ; 
première fois (^). ' j 

Jusqu'en 1882, aucune distinction n'était établie | 

dans les statistiques commerciales du Royaume-Uni ■ 

entre les produits manufacturés et non manufacturés. ! 

En 1882, cependant, le Board of Trade prépara, sur | 

la proposition de M. Ritchie, un rapport spécial \ 

{House of Gommons^ n^ 362 of 1882), dans lequel les \ 

importations et les exportations de i854 à 1882 ? 

étaient données en produits manufacturés et mi-manu- \ 

facturés. La même administration publia ensuite un ■ 

second rapport sur les mêmes bases embrassant les j 

années i883 à i885 Q). \ 

Depuis Tannée i885, la statistique commerciale : 

anglaise {Moiithly trade accounts) a classé les impor- \ 

tations et les exportations sous certaines rubriques \ 

générales, mais ces catégories n'étaient pas iden- | 

tiques pour les importations et les exportations. : 

(1) Cf. British and foreign trade and industrial conditions, • 



Des groupements de marchandises 



i6i 



On justifiait lexistence du double classement en faisant 
observer les différences très grandes qui se remarquent dans 
la nature du commerce d'importation et d'exportation de 
l'Angleterre. Le Royaume-Uni importe principalement des 
substances alimentaires et des matières premières ; il exporte 
principalement des produits manufacturés. 

198. Cependant, les inconvénients résultant de 
cette double classification étaient ressentis chaque 
jour plus vivement et, en igo2, le Board of Trade, 
d'accord avec Tadministration des douanes, en décida 
la revision. Depuis igo3, la classification des mar- 
chandises est la même à Timportation et à Texporta- 
tion et les articles compris sous chaque dénomina- 
tion sont identiques. 

Les importations et les exportations sont divisées 
en quatre groupes : 

I. Substances alimentaires, boissons et tabac. 

II. Matières premières et articles complètement bruts. 

III. Articles complètement ou partiellement manufacturés. 

IV. Articles divers et non classés. 

199. Etats-Unis d'Amérique, — La classification 
des importations et des exportations dans la statis- 
tique commerciale des Etats-Unis a été complète- 
ment modifiée depuis le mois de juillet igo6. Le but 
que s'est proposé le bureau de statistique du Depart- 
ment of commerce and labor est d'adapter les divi- 
sons de la statistique aux conditions actuelles de la 
vie économique de la nation américaine. 

L'ancienne classification des exportations qui comprenait 
les groupes suivants : produits de l'agriculture, des manufac- 

11 



102 



2me Partie. Statistique appliquée 



tures, des mines, des forêts et des pêcheries, avait été adoptée 
en 1870, alors que les États-Unis étaient surtout producteurs 
et exportateurs de produits naturels ; les articles manufacturés 
exportés à cette date ne représentaient pas la dixième partie de 
la valeur qu'ils atteignent aujourd'hui. Quant à la classification 
des importations, elle avait été adoptée en 1886, à une époque 
où les produits importés aux États-Unis différaient considéra- 
blement de ceux qu'on y envoie à la date actuelle. 

200. Il fut donc décidé de substituer à la double 
classification en vigueur, une classification nouvelle, 
unique, des importations et des exportations. C'est 
ce qui a été réalisé de la manière suivante, depuis le 
mois de juillet 1906 : 

I. Produits alimentaires à l'état naturel et animaux des- 
tinés à la consommation ; 
II. Produits alimentaires partiellement ou entièrement pré- 
parés ; 

III. Matières premières destinées à être manufacturées ; 

IV. Produits fabriqués destinés à une nouvelle mise en 

œuvre ; 

V. Produits fabriqués prêts pour la consommation; 
VI. Divers. 

Les avantages de la nouvelle classification sont 
les suivants : elle permet de se rendre compte d'une 
manière plus complète delà nature du commerce exté- 
rieur des Etats-Unis ; grâce à elle une comparaison 
peut s'établir entre les importations et les exporta- 
tions ; on peut désormais rapprocher les chiffres du 
commerce américain, par grandes divisions, de ceux 
relatifs aux principales nations de l'Europe; il est 



Des groupements de marchandises i63 



loisible enfin de comparer les données de la statistique 
du commerce extérieur avec celles du Census, 

201. Belgique, De 1841 à i853, la Belgique a 
introduit dans sa statistique commerciale des divi- 
sions analogues à celles signalées pour d'autres pays. 
On en trouve les résultats dans V Exposé de la sittiation 
du Royaume pour la période 1841-1850. De 1864 à 
1907 cette pratique a été abandonnée et on trouve 
les marchandises énumérées dans Tordre du tarif 
douanier, seulement par ordre alphabétique. 

C'est d'après cette classification du tarif des 
douanes qu'étaient dressés tous les tableaux et 
résumés, à l'exception d'un seul créé en 1907 qui 
groupe les marchandises, selon leur espèce et leur 
nature, en quatre catégories, savoir : 

I. Animaux vivants ; 
II. Boissons et objets d'alimentation ; 

III. Matières brutes ou simplement préparées ; 

IV. Produits fabriqués. 

Ce dernier groupement a été généralisé à partir 
de l'année 1908. Les marchandises sont indiquées 
dans VEtat de développement sous des n°^ d'ordre qui 
sont reproduits dans les autres tableaux et résumés 
rétrospectifs pour faciliter l'intelligence de ces 
derniers. 

En outre, afin de permettre à ceux qui consultent 
la statistique commerciale, de retrouver dans le 
Tableau général de 1907 et des années précédentes 
les rubriques correspondant à celles du Tableau 



164 2"^® Partie. Statistique appliquée 



i^énéral de 1908, on a annexé à ce dernier un tableau 
de concordance. 

Nous avons attiré l'attention, en 1906, sur la méthode suivie 
actuellement et nous avons calculé la valeur du commerce 
belge, de 1901 à igoS, pour les trois groupes suivants : animaux 
vivants et objets d'alimentation — matières brutes ou simple- 
ment préparées — produits fabriqués. Voici nos chiffres, com- 
plétés à partir de 1906 par ceux calculés par l'administration 
des douanes en 1907 ; ceux-ci quoique présentés en quatre 
catégories peuvent se réduire en trois divisions seulement en 
réunissant les animaux vivants aux objets d'alimentation. 



Données proportionnelles pour les années 1901 à 1908, cal- 
culées par rapport à la valeur totale : 

a) des importations^ b) des exportations. 



mées 


Animaux vivants 
et objets d'alimentation 


Matières brutes 
et produits mi-ouvrés 


Produits manufacturés 


< 


Importation 


Exportation 


Importation 


Exportation 


Importation 


Exportation 




P. c. 


P. c. 


P. C. 


P. c. 


P. c. 


P. c. 


1901 


27 .61 


14.27 


51.66 


43.08 


20.73 


42.65 


1902 


26.59 


12.54 


53.94 


44.66 


19.47 


42 80 




25.71 




56.96 


46.55 


17.33 


42.00 


1904 


27.86 


15.22 


55-14 


42.78 


17 00 


42 .00 


1905 


26.60 


14. II 


54-25 


42 91 


19.15 


42 .98 


1906 


24.45 


11.99 


56.11 


4567 


19.44 


42.34 


1937 


26.4 


13-4 


53.2 


43-6 


20.4 


43 0 


1908 


27.9 


15-8 


5Q-9 


43.00 


21 .2 


41.2 



202. Les divisions dont il s'agit présentent un 
caractère un peu conventionnel, comme on Ta fait 
remarquer à propos de celles qui existent dans 



Des groupements de marchandises i65 



d'autres pays, mais il n'en est pas moins vrai que les 
conclusions d'ensemble qu'on tire des chiffres ainsi 
groupés sont vraiment précieuses. Pour que ces 
conclusions aient toute leur valeur, il importe que 
les conditions générales énumérées en ce qui con- 
cerne les désignations de marchandises se retrouvent 
ici. (V. n° 194.) 



La nature de nos relations commerciales avec la Grande- 
Bretagne, par exemple, n'est-elle pas curieusement synthé- 
tisée dans les quelques chiffres proportionnels suivants : 



nées 


Anim:iux vivants 
et objets d'alimentation 


Matières brutes 
et produits mi-ouvrés 


Produits manufacturés 


< 


Importation 


Exportation 


Importation 


Exportation 


Importation 


Exportation 


1907 


7.7 


13.3 


68.2 


27.4 


24. 1 


59-3 


1908 


9 9 


14 2 


62.8 


28.3 


27.3 


57.5 



Références. — Consultez les rapports de Bateman à 
l'Institut international de statistique, déjà cités, et spéciale- 
ment celui présenté à la session de Londres, en collaboration 
avec FouNTAiN, igo5. — Yves Guyot, Le commerce et les commer- 
çants, Paris, 1909 [les nomenclatures douanières). Cf. également 
notre article : De quoi se compose le commerce extérieur de la Belgiqtie 
dans la Revue économique internationale, mars 1907. — Allard, 
dans son rapport cité, et Coletti dans son remarquable essai 
délie valore dei cifre, etc., sont à lire. — Sur le dernier change- 
ment de la classification des importations et exportations aux 
Etats-Unis, voir le Jotirnal of the royal statistical society, Londres, 
1906, p. 582 ; la classification antérieure se trouve indiquée 
dans notre première édition, n^ i32. 



i66 



2Mie Partie. Statistique appliquée 



CHAPITRE IV 
Des poids et des quantités. 

203. La théorie, d'accord avec la pratique, 
indique qu'il existe un intérêt très grand à recher- 
cher non seulement la nature et la valeur" des mar- 
chandises, mais aussi leurs poids et leurs quantités : 

de tous les éléments de comparaison, le plus 
stable est le poids ou la quantité. La valeur de la 
marchandise n'a pas cette fixité, car du lieu d'expor- 
tation au lieu d'importation les frais de transport et 
d'assurance viennent s'ajouter au prix primitivement 
indiqué; 

2^ ]a notation par quantité ou poids est l'une 
des plus sûres qui existent ; les mesures de nombre 
ou de poids sont les mêmes partout ou sont faci- 
lement réductibles : au contraire, le mode de 
calcul des valeurs est fort différent d'un pays à 
l'autre (cf. infra); 

3^ en se bornant à considérer les valeurs seules, 
on s'expose à des erreurs d'appréciation, car les prix 
baissent et montent fréquemment. Pour une même 
quantité échangée, on peut donc enregistrer des 
valeurs diverses. 

204. A l'appui de ce qui précède, il n'est pas inu- 
tile de citer quelques chiffres. Voici, par exemple, 
une comparaison entre le commerce de l'Allemagne 
et celui de la Belgique : 



Des poids et des quantités 



167 



EXPORTATION — COMMERCE SPÉCIAL 





Belgique 






Allemagne 




Années 


Poids 


Valeurs 


Années 


Poids 


Valeurs 




(milliers de tonnes) (millions de francs) 




(milliers de tonnes) (millions de fra 


1901 . 


14,352 


1,828 


1901 . 


32,362 


4,5l2 


1902 . 


14,855 


1,725 


1902 . 


35,029 


4,812 


1903 . 


i5,26o 


2,110 


1905 . 


. 38,280 


5,i3o 


"1904 . 


i5,7ii 


2,i83 


1904 . 


. 38,855 


5,3i5 


1905 . 


i5,638 


2,333 


1905 . 


40,566 


5,841 



En ramenant à 100 tous les chiffres sur la base de l'année 
1901, nous avons : 





Belgique 






Allemagne 




Années 


Poids 


Valeurs 


Années 


Poids 


Valeurs 


1901 . . 


100 


100 


1901 . . 


100 


100 


1902 . . 


io3 


io5 


1902 . . 


108 


107 


1905 . . 


106 


ii5 


1905 . . 


118 


114 


1904 . . 


109 


119 


1904 . . 


120 


118 


1905 . . 


108 


127 


1905 . . 


122 


129 



D'après les chiffres qui précèdent, on voit que l'augmenta- 
tion de valeur du commerce a été à peu près la même dans les 
deux pays, mais que la masse des transactions a été sensible- 
ment plus forte en Allemagne qu'en Belgique. 

205. Il arrive assez fréquemment que le relevé des 
poids ou quantités n'est pas vérifié avec assez de soin, 
surtout aux exportations. Bourne a même trouvé un 
écart de i.5o p. c. entre les déclarations des impor- 
teurs et les chiffres rectifiés. D'autre part toutes les 
marchandises ne sont pas pesées de la même manière 
et, en outre^ les règles suivies diffèrent parfois d'un 
pays à l'autre. C'est un fait dont on devra tenir 



i6S 



2"^^ Partie. Statistique appliquée 



compte, encore que son importance soit minime par 
rapport à la masse. On distingue : 

1° Le poids brut ; 2^ le poids net ; 3"" le poids avec 
tare. 

La manière de calculer le poids des marchandises 
est, en général, indiquée dans les publications statis- 
tiques relatives au commerce extérieur ou dans les 
instructions concernant la matière. Ci-après on trou- 
vera quelques exemples des règles suivies dans cer- 
tains pays. 

A. Belgique. La statistique relève le poids net. Lorsque la 
déclaration de l'importateur ou de l'exportateur ne porte que 
le poids brut, il est fait déduction des tares officielles. 

B. Angleterre. Le poids des marchandises représente leur 
poids net, à l'exclusion de tout emballage, caisses, bou- 
teilles, etc. Les liquides sont en général comptés au moyen 
des unités de volume ; quelques marchandises sont comptées ; 
d'autres sont mesurées. 

C. Hollande, La douane relève le poids brut. 

D. France. Le régime français présente une assez grande 
complexité : d) vins, vinaigres, liqueurs : coefficients de poids 
déterminés par l'administration; de même pour les bêtes de 
somme; l) animaux de boucherie (poids réel à l'importation, 
poids conventionnel à l'exportation) ; c) marchandises taxées à 
moins de 10 francs : poids brut ; d) marchandises taxées à plus 
de 10 francs : poids net; ^) marchandises exportées, poids brut; 
y) marchandises en transit ; fixation d'une tare conventionnelle 
à déduire du poids net. 

E. Italie. On compte le poids brut pour les marchandises 
taxées à moins de 20 francs par 10 kilogrammes, le poids net 
pour les autres. 

Les préoccupations protectionnistes ne sont pas étrangères 
à la fixation de ces règles, au moins en ce qui concerne cer- 
tains pays. 



Des valeurs 



169 



206. Dans un certain nombre de statistiques, on 
rencontre des marchandises simplement comptées, 
d'autres mesurées à Taide des unités de surface ou de 
volume. Il en résulte une impossibilité complète 
d'établir un total. Les statisticiens ont donc exprimé 
le désir que toutes les mesures fussent unifiées en 
unités de poids. C'est ce qui a été réalisé en Belgique 
depuis 1901, grâce à l'adoption de tables de réduc- 
tion pour les liquides et les marchandises comptées 
au mètre cube. La diversité des mesures encore en 
usage nuit beaucoup aux comparaisons interna- 
tionales. 

Références. — Voyez Bateman et Coletïi, ouvrages 
cités, Cf. aussi St. Bourne : Trade, population and food, Londres, 
1880, au chapitre intitulé the officiai trade and navigation 
Statistics. Cet auteur a montré que malgré les précautions 
prises, il se glisse encore des inexactitudes dans l'indication 
des poids ou quantités de marchandises. 

CHAPITRE V 

Des valeurs 

207. Dans l'état actuel des choses, il n'est pas 
possible de connaître dans tous les pays le poids total 
de toutes les marchandises importées ou exportées. 
De là, la nécessité de trouver un même terme d'éva- 
luation qui s'adaptât à tous les produits quelconques : 
c'est la valeur. Le défaut de concordance des mesures 
adoptées n'empêche pas toutefois que les mesures de 
quantités inscrites dans les tableaux du commerce 



lyo , 2"^® Partie. Statistique appliquée 



1 



international soient des plus utiles parce qu'elles ne 
sont pas affectées par les changements survenus dans 
les prix. En réalité, les deux modes d'évaluation se 
complètent et se fortifient l'un l'autre. 

208. Les méthodes en vigueur pour la fixation 
des valeurs dans le commerce international se 
ramènent à 3 types nettement différenciés. Ce sont : 

le type anglais. Depuis 1820, l'exportateur doit 
déclarer lui-même la valeur des marchandises; 
depuis 1870, l'importateur est soumis à la même obli- 
gation. 

Nous trouvons le même système en Russie où la déclaration 
de la valeur se fait par écrit, sauf sur certains points de la 
frontière méridionale, au Portugal et en Serbie. 

2° le type américain. Ce système se base également 
sur les déclarations des importateurs et des exporta- 
teurs, mais il se distingue du type anglais par des 
points fort importants que nous examinerons plus 
loin en détail. 

3^ le système des valeurs ojjicielles, La valeur de 
chaque espèce de marchandise est calculée et fixée 
d'avance et est inscrite sur une liste spéciale. La 
détermination de ces valeurs est confiée générale- 
ment à une commission spéciale nommée par le 
gouvernement. 

209. Le tableau synoptique ci-après résume le 
régime adopté par les divers pays pour la fixation de 
la valeur de leur commerce. 



Des valeurs 



171 









uoi;T3:jioduiy 




9ssiri^ 


uoi:jB;aodxg' 




uo[îL';aoduii 






u'ipBiJodxg; 




uoiiu;.iodiu7 






uopT?3Jodxg[ 




uoiiH^jodmy 




9TlI'BlIinO'^ 


uopH^iodx^ 




uoi:;Tî;joduiy 


* 




uoi;e;aodxg; 




UOnHÎJOdlUJ 




9S9AJO jSJ^ 


uo{;E;.iodxg 




uoqu^jodiuT 




9T'['b:).j 


uoi;r?iaodxg; 




uoiatjuodmy 




9uS'B(ÎS2 


uoi^L'^aodxg; 




uoi;B5Jodiu7 




9DUBTTO"Pr 


uoi;T?;.iodxg; 




ûoi;B3Jodiui 




939jjr) 


uoqB;.iodxg 




uonT?ajoduij 




9011'BJ^ 


uouB^jodxg 




uop-B^aodiuj 




5[JBTII9[I'B(J 


uoi;B;aodxg; 




UOUHlJOduiJ 




9TJBS'[ng[ 


uoi:;B;jodxg; 




U013B5 loduij 




Ti n T ^ T (T 
»j 1 1 u LjO I 


UOfîBÎJOdXTf 




uopB^Jodiuy 




i^TT^'PTTTaTTX-T 
0 U. X) 0 LU. 1 1 V 


UOfJB^JOdX'^^ 




uoi;BiJoduij 




9U§iioir.)i|3|iinv 


uoiîBî.iodxg- 




uonB;jodiuj 




9JJ9;9|SUY 


uoiîBqjodxg 




uoiai?ajodiii j 




MODE 
d'évaluation 


I. Valeurs officielles avec revision 

II. Valeurs officielles avec revision 

II. Valeurs officielles permanentes . 
V. Déclaration par l'importateur et 



orne Partie. Statistique appliquée 



210. Le système américain présente les carac- 
ristiques ci-après : La valeur des marchandises 
libres, de même que de celles soumises à des droits 
spécifiques ou ad valorem doit être déclarée par 
l'importateur. La valeur déclarée doit être la valeur 
actuelle sur le marché aux prix de gros de cette mar- 
chandise, achetée ou vendue en quantité habituelle du 
commerce de gros, au moment de l'exportation aux 
Etats-Unis, valeur calculée sur les principaux 
marchés du pays d'où la marchandise est importée 
et dans les conditions où cette marchandise a été 
achetée et vendue pour l'exportation vers les Etats- 
Unis ou consignée aux Etats-Unis au moment de la 
vente. Cette valeur comprend le coût de tous les 
cartons, boîtes, sacs et emballages de toute espèce, 
ainsi que toutes les autres dépenses nécessaires 
pour placer la marchandise dans les conditions vou- 
lues jusqu'à l'instant de son embarquement pour les 
Etats-Unis. 

211. A l'exportation, la valeur doit être égale- 
ment déclarée, mais en distinguant les produits natio- 
naux exportés et les marchandises étrangères libres 
de droits ou ayant acquitté les droits. 

Les marchandises américaines doivent être éva- 
luées au coût actuel ou à la valeur qu'elles peuvent 
véritablement valoir dans le port des Etats-Unis où 
elles sont embarquées, et ce au moment de leur 
exportation. 



Des valeurs 



173 



Les marchandises étrangères sont portées à la 
valeur qu'elles avaient au moment de leur impor- 
tation aux Etats Unis. 

Aucune exportation ne peut être faite sans qu'il en ait été 
dressé un manifeste spécifiant l'espèce, la quantité et la valeur 
de chaque catégorie de marchandise. Ce document doit être 
accompagné d'une déclaration portant qu'il est la description 
complète, exaçte et sincère de tous les articles dont il s'agit. 
Aucun bateau ne peut quitter le port, aucun wagon ne peut 
franchir la frontière des Etats-Unis si ce manifeste n'est remis 
au fonctionnaire compétent. Pour les transports maritimes, 
chaque infraction peut être punie d'une amende de 5oo dollars. 

Les percepteurs des droits doivent se livrer à un examen 
préliminaire de tous les manifestes de marchandises et s"ils 
les trouvent incorrects ou incomplets sur quelque point, ils 
doivent en requérir la rectification avant de délivrer leur acquit. 

212. Le S3^stème américain se distingue particu- 
lièrement par la rigueur des mesures prises en vue 
d'assurer la sincérité des déclarations de valeur 
faites pour l'entrée aux Etats-Unis. 

Aucune marchandise importée, d'une valeur supé- 
rieure à 100 dollars, sauf les effets personnels des 
voyageurs, n'est admise aux Etats-Unis sans la pro- 
duction d'une facture dûment établie et certifiée 
suivant la loi. 

Toute facture doit, avant l'embarquement de la 
marchandise pour les Etats-Unis, être présentée en 
triple ou en quadruple exemplaire, selon le cas, au 
consul ou agent consulaire de l'Union du district 
consulaire dans lequel la marchandise a été manu- 
facturée ou achetée. 



174 



^me Partie. Statistique appliquée 



Le prix indiqué est le prix courant ou prix de gros 
côté, à répoque de l'exportation vers les États-Unis, 
sur les principaux marchés du pays de provenance. 

Le prix ne comprend pas le fret ni Fassurance. 

Le verso de la déclaration porte les indications suivantes 
que nous reproduisons textuellement : 



For M. 140 



CONSULAR CERTIFICATE 



I, the undersigned, 

of the United States, do hereby certify 

that, on this day of. 

, A D, igo the invoice 

described in the indorsement thereof was 
produced to me by the signer of the an- 
nexed déclaration. 

I do further certify that, I am satisfied 
that the person making the déclaration 
hereto annexed is the person he repre- 
sents himself to be, and that the actual 
market value or wholesale price of the 
merchandise described in tlie said invoice 
in the principal markets of the country at 
the time of exportation is correct and 
true, excepting as noted by me upon said 
invoice, or respecting whichi shall make 
spécial communication to tlie proper au- 
thorities, I, further certify 



(FoRM. N" t:,s) 



Déclaration of Purchaser or Seller 
or Duly Authorized Agent of Either. 



I, the undersigned, do solemnly and 

truly déclare that I am the 

of te iuci,».handise 

inthewithin invoice mentionned and des- 
cribed, that the said invoice is, in ail res- 
pects, correct and true, and was made 

at , whence said 

merchandise is to be exported to the Uni- 
ted States ; that said invoice contains a 
true and full statement of the time when, 
the place where, and the person from 
whom the same was purchased, and the 
actual cost thereof, price actually paid or 
to be paid therefore, and ail charges the- 
reon; that no discounts, bounties, or 
draw^backs are contained in said invoice 
but such as have been actually allowed 
thereon ; that no différent invoice of the 
merchandise mentionned in said invoice 
has been or will be furnished to any one 
and that the currency in which said in- 
voice ismade out is that which was actual- 
ly paid or is to be paid for said merchan- 
dise, I further déclare 



Witness my hand and seal of office the 
day and year aforesaid 

Received 13 francs, equal to $ 2.50 U. 
s. gold. 



I further déclare that it is intended to 
make entry of said merchandise at the 

port of 

in the United States of America. 

Dated at Brussels{Belgium), this 

day of 100.... 



ofthe United States 



Des valeurs 



175 



213. Le système anglais actuel est basé sur les 
déclarations des exportateurs ou de leurs agents 
quand il s'agit de marchandises expédiées d'Angle- 
terre, par les importateurs ou leurs agents quand les 
produits sont destinés à la Grande-Bretagne. Dans 
ce dernier cas, une formule de déclaration doit être 
laissée entre les mains des agents de la douane qui 
procèdent à une vérification sommaire s'il s'agit de 
marchandises libres de droits, et à un examen appro- 
fondi quand les produits importés sont soumis à des 
droits d'entrée. Les marchandises en transit sont 
traitées de la même façon que celles importées, au 
port d'arrivée, et que celles exportées, au port 
d'embarquement. Les formulaires employés com- 
prennent des colonnes avec des indications qui 
doivent être complétées. Si les valeurs n'ont pas été 
indiquées sur les questionnaires, le fonctionnaire 
compétent du port d'arrivée doit les indiquer d'après 
une liste de prix courants mise à sa disposition. Un 
nouvel examen a lieu au Board of Trade où tous les 
documents sont centralisés ; si des erreurs de chiffres 
sont évidentes, ou si certaines données s'éloignent 
absolument trop de la normale, des renseignements 
complémentaires sont réclamés aux agents de la 
douane qui ont transmis les renseignements. 

Ce système donne de bons résultats pour toutes 
les marchandises qui forment l'ensemble des transac- 
tions commerciales. Il offre moins de garanties quand 
les produits importés sont rares ou précieux parce 



176 



oiiie Partie. Statistique appliquée 



que leur valeur est moins bien connue et présente une 
variation infinie. Toutefois, il ne paraît pas que le 
système des valeurs officielles lui soit supérieur 
même à ce point de vue unique. 

214. Quelques nations ont adopté un système 
hybride. La Suisse admet les déclarations à l'expor- 
tation, mais applique le système des valeurs officielles 
à l'importation. En Belgique, les marchandises qui 
ont à acquitter des droits ad valorem ont leur valeur 
fixée au moyen de déclarations, tant à Tentrée et à la 
sortie qu'au transit. Les autres marchandises sont 
évaluées au moyen des valeurs officielles. La Hol- 
lande astreint les importateurs de marchandises 
taxées ad valorem à des déclarations ; ces marchan- 
dises sont peu nombreuses. La valeur de tous les 
autres produits importés est fixée d'après les valeurs 
officielles. A l'exportation, les produits chimiques et 
les drogueries non spécialement dénommées, l'or et 
l'argent, les tableaux doivent être évalués et déclarés 
par les exportateurs. 

215. Le système des valeurs officielles se carac- 
térise par la fixation par l'autorité gouvernementale 
d'une liste de prix se rapportant à chacune des 
espèces de marchandises énumérées au tarif doua- 
nier et, par conséquent, dans la statistique commer- 
ciale. 

La valeur des huiles végétales non dénommées est, 
par exemple, de 8i fr. 65 c. les loo kilogrammes, en 



Des valeurs 



177 



Belgique, en 1907. On en a importé, en commerce 
général, 999,603 kilogrammes. La valeur totale à 
l'entrée, commerce général, est donc de 816, 176 francs. 

On distingue deux modalités différentes dans la 
fixation des valeurs officielles : 

A. les valeurs officielles permanentes ; 

B, les valeurs officielles revisées. 

216. Les valeurs officielles permanentes sont 
fixées, une fois pour toutes, et ne changent jamais. Il 
paraît étrange que les valeurs adoptées pour ces 
statistiques ne suivent pas les fluctuations des prix 
du commerce. On répond à cette objection, qu'on a 
en vue, en adoptant des valeurs fixes, de choisir un 
point de comparaison qui permette de se rendre 
compte des modifications survenues dans le volume 
des transactions commerciales, ce qui ne se peut si 
les prix varient. 

Mais on objecte à cette argumentation que la 
notation des quantités de marchandises importées et 
exportées permet tout aussi bien de se rendre compte 
de ce phénomène et qu'elle n'a pas l'inconvénient de 
substituer à la réalité une pure abstraction. 

Les valeurs officielles permanentes furent adoptées en 
Angleterre depuis l'année 1696 jusqu'à l'année 1725. Une 
grande partie en subsista dans les états de la douane jusqu'au 
moment où l'Angleterre renonça définitivement à utiliser les 
valeurs officielles pour son commerce d'exportation (1820) et 
pour son commerce d'importation (1870). 

En France les valeurs officielles permanentes furent en 
vigueur de 1828 à 1848. 

12 



17S 2°^^ Partie. Statistique appliquée 



217. Les valeurs officielles permanentes consti- 
tuent un régime suranné qui se trouve abandonné 
partout, sauf en Hollande. Dans ce pays, les valeurs 
des marchandises soumises à des droits spécifiques 
— ce sont de loin les plus nombreuses — sont éva- 
luées d'après un tableau datant de 1862 et qui a été 
revisé, pour quelques-unes de ses parties seulement, 
en 1872. On peut dire, en présence du mouvement 
des prix depuis Tépoque où ce tarif des valeurs a été 
fixé, que la statistique hollandaise ne nous renseigne 
en aucune façon sur la valeur des transactions com- 
merciales de ce pays avec les autres nations. C'est 
tomber dans une erreur grossière que de comparer 
les valeurs du commerce néerlandais avec celles 
adoptées par les nations qui soumettent leurs valeurs 
officielles à une revision périodique ou qui ont adopté 
le système de la déclaration des valeurs. 

La Grèce a admis les valeurs officielles permanentes de 
1888 à 1893, après avoir adopté de 1886 à 1888 le système 
américain. Actuellement, le régime en vigueur est celui des 
valeurs officielles revisées. 

218. Les valeurs officielles revisées sont déter- 
minées chaque année, ou à des intervalles réguliers, 
par une commission nommée par le gouvernement. 
Ces commissions s'entourent de renseignements 
puisés à diverses sources et fixent le prix de chaque 
espèce de marchandises énumérées au tarif, pour 
Tannée écoulée. Il en résulte donc que les chiffres 
représentant la valeur du commerce au cours de 



Des valeurs 



179 



l'année, chiffres publiés en général mois par mois, 
sont sujets à revision. 

Voici quelques renseignements sur la manière de 
procéder en usage dans divers pays : 

Belgique. La commission des valeurs officielles est exclusi- 
vement composée de fonctionnaires du Ministère des Finances. 
Elle procède chaque année à la revision des valeurs officielles 
de l'année précédente et utilise les sources de renseignements 
ci-après : les prix courants de la Bourse d'Anvers, les mercu- 
riales officielles du Ministère de l'Agriculture, les renseigne- 
ments fournis par l'Administration des Mines, celle des Accises 
et l'Inspection de l'industrie, les rapports des chambres de 
commerce, les indications données à titre personnel par des 
industriels et des commerçants, spécialement pour les pro- 
duits fabriqués. La statistique commerciale publie chaque 
année les taux d'évaluations qui ont fait l'objet de modifications. 

Allemagne. Une commission d'experts, sous la direction de 
l'office impérial de statistique, fixe chaque année le prix des 
marchandises d'après les renseignements fournis par les 
chambres de commerce, les corporations et sociétés commer- 
ciales, les industriels et les commerçants. Elle s'aide en outre 
des mercuriales des marchés les plus importants. Une double 
liste est dressée, l'une pour l'importation, l'autre pour l'expor- 
tation. Ce système date de 1880. 

Autriche. Les valeurs officielles sont re visées chaque année 
par une commission composée de fonctionnaires et de représen- 
tants de l'industrie, de l'agriculture et du commerce. Les 
valeurs sont fixées séparément d'après le pays de provenance 
et de destination. 

Le système des déclarations a subsisté en Hongrie jusqu'en 
i883 ; depuis cette époque, une commission officielle revise les 
valeurs en constituant deux listes distinctes pour Timportation 
et l'exportation. 



iSo 



2"^® Partie. Statistique appliquée 



France. Depuis 1848, le commerce extérieur de la France est 
calculé d'après les valeurs revisées établies par une commis- 
sion officielle comprenant des fonctionnaires, des industriels 
et des commerçants. Cette commission publie chaque année, 
dans les Annales du commerce extérieur un rapport qui est un 
document de haute valeur au point de vue économique. 

Espagne. L'Espagne adopte et revise périodiquement les 
valeurs officielles fixées par une commission spéciale composée 
de fonctionnaires, sénateurs, députés, commerçants, etc. La 
revision annuelle est de principe mais ne semble pas être suivie 
avec une grande régularité. 

Italie. Une commission centrale des valeurs douanières insti- 
tuée en 1894 auprès du ministère de l'agriculture, de l'industrie 
et du commerce procède à la recherche et à la détermination 
annuelle des valeurs des marchandises reprises dans les statis- 
tiques douanières. Elle se compose , de fonctionnaires et de 
délégués de quelques corps consultatifs de l'Etat. Comme 
sources d'informations elle utilise les douanes, les chambres 
de commerce, les comices agricoles, etc. Les valeurs se 
relèvent séparément pour les marchandises importées et pour 
celles exportées. 

Norvège. Sont admises, en Norvège, les valeurs officielles 
re visées. 

Suisse. La Suisse a adopté, il n'y a pas longtemps, pour les 
importations, les valeurs officielles fixées par une commission 
d'experts formée habituellement d'industriels et d'importateurs. 
Au contraire, les exportations sont fixées d'après les déclara- 
tions des intéressés. Elles sont attentivement contrôlées. 

219. Le système des valeurs officielles revisées 
est-il supérieur ou inférieur au système des décla- 
rations? La question est extrêmement importante si 
Ton veut comparer entre elles des statistiques com- 
merciales dressées d'après des systèmes différents. 



Des valeurs 



i8i 



Nous pensons que les valeurs officielles offi^ent 
moins de garanties et de. sécurité que les valeurs 
déclarées, et ce pour les raisons suivantes : 

il est extraordinairement difficile de déterminer 
le prix moyen d'une marchandise quelconque lorsque 
cette moyenne doit être calculée pour un espace de 
temps assez long, tel qu'une année. On peut dire 
qu'il est matériellement impossible de calculer des 
moyennes pour des groupes renfermant une énorme 
quantité d'espèces et de genres de marchandises, 
tels que nous en vo3'^ons de nombreux exemples dans 
toutes les statistiques, belges et étrangères; 

2^ les prix fixés par les commissions officielles 
peuvent être influencés par des considérations poli- 
tiques et économiques. Malgré la réfutation du faux 
dogme de la balance du commerce, les gouverne- 
ments craignent encore, en certains cas, qu'on leur 
reproche une balance défavorable. Les commissions 
peuvent être parfois suspectées de choisir des chiffres 
favorables à la thèse gouvernementale; 

3° presque tous les pays publient mensuellement 
le chiffre des transactions commerciales enregistrées. 
Or, partout où les valeurs officielles sont en usage, 
ces chiffres sont faux puisqu'aux quantités échangées 
en 1909, par exemple, on est forcé d'appliquer les 
prix moyens calculés pour 1908. Ce n'est en eflet 
que plusieurs mois après l'expiration de l'année 1909 
qu'on pourra connaître les prix mo3^ens applicables 
à cette époque. Au contraire, dans les pays où le 



l82 



oine Partie. Statistique appliquée 



régime des déclarations est en usage, on possède, 
mois par mois, un relevé exact de la valeur du 
commerce ; 

4^ enfin, une autre source d'erreurs dans la fixation 
des valeurs officielles vient de la nature de certaines 
sources d'information. Pour un bon nombre d'articles, 
les valeurs sont fixées d'après des renseignements 
particuliers. Le commerçant, l'industriel interrogés 
répondront évidemment en se plaçant au point de 
vue spécial de leurs aff'aires. Est-on sûr qu'ils tien- 
dront compte des qualités qu'ils n'emploient pas ou 
ne vendent pas couramment ? Que leurs évaluations 
seront établies, non pas d'après le marché local, 
mais d'après le marché national? Des hommes pra- 
tiques, qui participent à la confection des listes de 
valeurs officielles, n'ont dans les résultats obtenus 
qu'une confiance médiocre. 

220. On répond à ces critiques en disant : 
1° les déclarations. faites par les importateurs ou 
les exportateurs sont fausses, soit intentionnellement, 
soit par pure négligence. Il vaut mieux avoir recours 
à une liste de prix dressée par des institutions respon- 
sables que d'avoir égard aux fantaisies des commer- 
çants ou de leurs agents ; 

2° déjà maintenant la douane éprouve les plus 
grandes difficultés à obtenir des renseignements tant 
soit peu exacts au sujet des quantités exportées, des 
endroits de provenance et de destination, etc. Ces 
difficultés grandiraient jusqu'à un point insurmon- 



Des valeurs 



i83 



table si Ton voulait en outre réunir des informations 
précises sur la valeur des marchandises. On a 
d'ailleurs prouvé que, dans certains pays, les décla- 
rations se font fort en dessous de la valeur. 

221. Nous répondons à cette argumentation : 
1° en ce qui concerne la Belgique, la statistique com- 
merciale ne peut jeter le discrédit sur le système de 
la déclaration sans se condamner elle-même, puisque, 
sur 430 catégories de marchandises, 127 ont leur 
valeur fixée, en vue de la statistique, au moyen des 
déclarations ; 2^ si les importateurs et les exporta- 
teurs se montrent négligents dans Taccomplissement 
des formalités nécessaires à la rédaction des statis- 
tiques, c'est qu'on ne tient aucunement la main à ce 
qu'ils se conforment aux règlements; l'administration 
est armée, à elle de faire respecter les prescriptions 
légales ; 3^ les fraudes dans la déclaration des valeurs 
n'ont été signalées que dans un petit nombre de 
pays ; on les évitera sûrement au moyen de la trans- 
formation des droits ad valorem en droits spécifiques; 
4^ les difficultés signalées sont d'ordre pratique et 
peuvent être vaincues ; les erreurs commises dans 
la fixation des valeurs officielles ne peuvent se réparer 
parce que les procédés auxquels on a recours pour 
les fixer ne sont pas conformes aux règles de la 
méthode scientifique. 

222. La valeur des marchandises ne comprend 
pas seulement leur coût originaire, mais encore cer- 



184 



2"^^ Partie. Statistique appliquée 



taines dépenses accessoires. Le principe général est 
que les prix sont évalués au port ou à la frontière 
d'arrivée sur la base du coût originaire majoré des 
dépenses de transport et des autres frais nécessaires 
pour amener la marchandise aux frontières de TEtat 
qui la reçoit. 

Les Etats-Unis et environ la moitié des colonies 
anglaises font exception à la règle et ne comprennent 
pas les frais de transport dans la valeur de la 
marchandise. 

223. La question des frais de transport présente 
de rimportance au point de vue de l'appréciation de 
la balance du commerce. 

D'ordinaire, les marchandises exportées sont 
évaluées par la douane au moment du départ, au 
port d'expédition, c'est-à-dire quand elles n'ont 
encore supporté que de très faibles frais de manie- 
ment et de transport. Les marchandises importées 
sont, au contraire, évaluées au port d'arrivée ou de 
destination, c'est-à-dire quand elles sont déjà grevées 
de tous les frais qu'entraîne un long voyage. Il 
résulte de là que, fort souvent, en calculant les 
résultats de telle opération donnée et en supposant 
d'ailleurs les évaluations parfaitement exactes on 
trouverait, entre les chiffres comparés de l'exporta- 
tion et de l'importation, une différence sensible, 
qu'on supposerait devoir être soldée en numéraire, 
tandis qu'en réalité, tout se serait réduit à un simple 
échange de marchandises. {Dict, Econ, polit,) 



Des valeurs 



i85 



224. Les chiffres exprimant la valeur annuelle du 
commerce sont le produit de deux facteurs : le ton- 
nage et les prix. Dans quelle mesure la hausse ou la 
baisse des prix intervient-elle dans la valeur globale 
enregistrée ? Etant connues les quantités et les 
valeurs pour les années à comparer, on peut pro- 
céder comme suit : le tonnage d'une année multiplié 
par le prix moyen de la tonne pendant Tannée prise 
comme base a pour produit la valeur que le com- 
merce aurait atteinte si les prix n'avaient subi aucune 
modification depuis cette année de base {Valeur 
fictive). La différence de valeur entre Tannée de base et 
la valeur fictive de Tannée considérée représente donc 
l'augmentation ou la diminution de valeur résultant 
de modifications dans les quantités, par rapport à 
Tannée de base. Reprenant de nouveau la valeur fic- 
tive et la comparant à la valeur réelle, la différence 
représentera la modification imputable aux prix com- 
parés de Tannée de base et de Tannée considérée. 

Références. — Bowley, Eléments of Statistics, lire le chapitre 
consacré à la statistique du Commerce extérieur de l'Angle- 
terre. — YvES-GuYOT, Le Commerce et les Commerçants, Paris, 1909, 
déjà cité. — St. BouRNE, Trade, production and food, Londres, 
1880. — TiMiRiAZEw, De Vinflitence de la laisse des prix des mar- 
chandises sur le commerce international [Bulletin de TInstitiit interna- 
tional de Statistique, t. XI, p. i53). — Actes des Congrès de législation 
douanière d'Anvers et de Paris, et du Congrès d'expansion écono- 
mique mondiale^ Mons, 1900, spécialement les rapports de 
M. Ch. De Launoy, Cam. Jacquart et A. Julin présentés à la 
Ile section du Congrès. — Coletti et Bateman, op. cit. 



i86 2™e Partie. Statistique appliquée 



CHAPITRE VI 
Des divisions statistiques du commerce extérieur 

225. Les classifications introduites dans la sta- 
tistique du commerce extérieur ne sont pas purement 
conventionnelles comme on pourrait le croire à 
première vue; elles expriment des rapports écono- 
miques, se modèlent sur les faits et doivent évoluer 
à mesure que les faits se modifient eux-mêmes. 

La distinction entre le commerce général et spécial, par 
exemple, n*a pu naître qu'après que les moyens de transport 
eussent été assez perfectionnés pour permettre l'exportation 
à de grandes distances ; le commerce de perfectionnement 
[improvement trade) est né de la s])écialisation industrielle de 
certaines nations, etc. 

226. Au début, il convient donner une idée géné- 
rale des catégories adoptées par la statistique com- 
merciale. Plus loin, on verra que la signification 
précise de tous ces termes n'est pas la même dans les 
divers pays* 

Par importation, on entend Tensemble des mar- 
chandises venant dans un pays de tous les autres 
pays; 

par exportation, Tensemble des marchandises 
sortant d'un pays pour tous les autres pays. 

Le commerce général comprend tout ce qui arrive 
de l'étranger, sans égard à l'origine ni à la destina- 
tion des marchandises (importation), ou tout ce qui 



Des divisions statistiques du commerce extérieur 1S7 



sort du pays quelle que soit l'origine de ces mar- 
chandises (exportation). 

Le commerce spécial est compris d'une manière 
très différente dans les divers Etats. Théoriquement, 
il comprend toutes les denrées introduites dans un 
pays pour les besoins de ce pays et, à l'exportation, 
toutes les marchandises d'origine nationale. 

Le transit direct est formé des produits qui ne 
font que traverser le pays; on nomme transit indirect 
celui qui est constitué par les marchandises qui 
traversent le pays après un séjour plus ou moins 
prolongé dans les entrepôts. 

Il y a de nombreuses divergences de pays à pays, 
mais on ne peut méconnaître qu'une tendance très 
accentuée à l'uniformité se fait jour depuis quelques 
années, grâce surtout aux efforts de certaines asso- 
ciations, telles que V Institut international de statistique 
dont tous les travaux sur la matière sont à lire. 

227. Belgique, La statistique belge établit deux 
grandes divisions : le commerce général et le com- 
merce spécial. 

Le commerce général embrasse : à V importation^ 
tout ce qui est entré en Belgique, sans avoir égard 
à la destination ultérieure des marchandises (pour 
l'entrepôt, pour la consommation ou pour le transit) ; 
à V exportation^ toutes les marchandises qui passent 
à l'étranger, sans distinction de leur origine belge ou 
étrangère. 

Le commerce spécial comprend : à Vimportation, les 



iSS 



orne Partie. Statistique appliquée 



marchandises qui sont déclarées pour la consomma- 
tion intérieure lors de l'importation ou de la sortie 
d'entrepôt; à V exportation, les marchandises belges 
ainsi que les marchandises étrangères nationalisées. 

On entend par marchandises nationalisées, d'une 
part, les marchandises d'origine étrangère pour les- 
quelles les droits d'entrée ont été acquittés, d'autre 
part, celles qui, libres à l'entrée, ont été déclarées en 
consommation pour le commerce ou l'usage des per- 
sonnes résidant dansle Royaume, et encore celles aux- 
quelles il a été fait application de l'article 40 (modifié) 
de la loi du 4 mars 1846 (complément de main-d'œuvre 
dans le pays). On en excepte les marchandises qui 
n'ont été déclarées en consommation que pour être 
soustraites aux formalités inhérentes au transit (^). 

Les droits de sortie et de transit qui étaient visés 
par l'article 4 de la loi générale du 26 août 1822 sont 
abolis. Néanmoins le transit reste soumis à un cer- 
tain nombre de formalités qui ont'pour effet de faire 
déclarer en consommation une quantité de produits 
libres de droits. -En matière de transit, on distingue 
en premier lieu le transit direct ou transit de;s mar- 
chandises qui ne passent pas par les entrepôts. Le 
transit indirect ou transit j^ar entrepôts s'entend de la 
réexportation des marchandises entreposées. 

Voici quelques-unes des formalités auxquelles sont soumis 
les envois en transit. Les marchandises importées en transit 



( 1) StaUstiqîie de la Belgique, Tableau général du commerce avec les pays 
/'S. Observations préliminaires, pp. 16 et 18. Bruxelles, 1900. 



Des divisions statistiques du commerce extérieur 189 



direct par le chemin de fer sont exemptes de la déclaration et 
de la vérification au bureau d'entrée, mais elles restent sous 
la surveillance non interrompue de la douane ; le transport doit 
avoir lieu, autant que possible, directement du bureau d'entrée 
au bureau de sortie ; si les convois ne peuvent passer la fron- 
tière le même jour, ils restent la nuit sous la surveillance con- 
tinue de la douane. 

Les marchandises en transit par toute autre voie que le che- 
min de fer doivent être en caisses, futailles, paniers, sacs ou 
autres emballages fermés ; le transit en vrac n'est admis que 
pour les produits pondéreux ou encombrants passibles de droits 
peu élevés et transportés par bateaux sous écoutilles ou sous 
bcâches susceptibles de plombage ; si le plombage ne peut être 
opéré de manière à prévenir toute tentative d'abus, le transit 
doit être refusé. 

Les expéditions en transit sont assujetties à la déclaration 
générale et à la déclaration en détail ; toute fausse déclaration 
de transit reconnue au bui eau d'importation est punie des 
mêmes peines que si les marchandises étaient déclarées en 
consommation. Il faut que la déclaration en détail désigne les 
marchandises de manière à en faire reconnaître, partout où 
elles doivent être représentées, non seulement la parfaite 
identité quant à la nature, à l'espèce, au nombre, à la qualité, 
au poids brut et net, mais aussi toutes les bases d'après 
lesquelles elles seraient susceptibles d'être soumises au droit 
d'entrée. 

Les colis postaux qui ne font que transiter sont souvent 
dépoTirvus des indications indispensables, tant sous le rapport 
de la nature ou de l'espèce des marchandises que de leur poids 
ou de leur valeur ; pour établir ces deux derniers éléments 
en vue de la statistique, l'Administration des douanes adopte 
une moyenne, basée sur les déclarations faites pour les colis 
postaux en transit à l'égard desquels on possède les éléments 
voulus. 



orne Partie. Statistique appliquée 



228. France, Le commerce ^^';z^Va/ comprend, à 
r importation., la totalité des marchandises étrangères 
arrivées de l'étranger des colonies et de la grande 
pêche, par terre ou par mer et déclarées tant pour la 
consommation que pour Je transit, l'entrepôt, le 
transbordement, la réexportation ou l'admission tem- 
poraire. 

Le commerce spécial comprend à Vimportation 
toutes les marchandises mises en consommation, 
c'est-à dire la totalité des marchandises importées en 
exemption définitive des droits, et s'il s'agit de mar- 
chandises taxées, les quantités qui ont été soumises 
à l'acquittement des droits, soit à l'arrivée, soit après 
avoir été déclarées pour le transit, l'entrepôt ou 
l'admission temporaire. 

D'après la définition ci-dessus, le commerce général devrait 
présenter des chiffres supérieurs au commerce spécial. Mais 
comme ce dernier comprend des marchandises qui ont été 
extraites des entrepôts pour être mises en consommation, 
après avoir été relevées au commerce général à une époque 
antérieure, il peut arriver ainsi que les chiffres du commerce 
spécial soient, pour une période déterminée, supérieurs à 
ceux du commerce général. 

Le commerce général d'exportation comprend la 
totalité des marchandises qui sortent effectivement 
de France, sans distinction de leur origine nationale 
ou étrangère, c'est-à-dire les marchandises reprises 
au commerce spécial, plus les marchandises étran- 
gères qui ne font que transiter ou qui sont transbor- 
dées dans les ports français à destination de l'étranger. 



Des divisions statistiques du commerce extérieur 191 



celles qui ont été extraites des entrepôts pour la 
réexportation et celles qui, après avoir été admises 
temporairement en franchise, sont réexportées après 
main-d'œuvre pour l'apurement des soumissions. 

Le commerce spécial d' exportation comprend la 
totalité des marchandises nationales exportées et les 
marchandises d'origine étrangère qui, ayant été 
admises en franchise ou nationalisées par le payement 
des droits et se trouvant, par suite, sur le marché 
libre de l'intérieur, sont renvoyées à l'étranger. 

Dans ces conditions, les chiffres du commerce 
spécial ne peuvent jamais, à l'exportation, être supé- 
rieurs à ceux du commerce général. 

Les sucres qui jouissent de la faculté d'admission tempo- 
raire en vertu de la loi du 7 mai 1864 figurent au commerce 
spécial d'importation, au même titre que les sucres directement 
acquittés. Au commerce spécial d'exportation figurent tous 
les sucres raffinés en France. 

Les colis postaux introduits en France pour la consomma- 
tion font l'objet de déclarations de détail au même titre que 
tous les autres produits importés de l'étranger. 

Quant à ceux qui ne font que transiter, venant de l'étranger, ils 
sont compris en nombre et en poids sous une rubrique spéciale au 
commerce général d'entrée et de sortie. Ceux expédiés de France 
figurent de la même manière au commerce général de sortie. 

229. Angleterre, Pendant de longues années, 
l'Angleterre n'établit pas de distinction entre le com- 
merce général et spécial à l'importation. Aucune 
comparaison avec les pays étrangers n était donc 
possible. Le mouvement général de toutes les mar- 
chandises importées formait l'importation; on ne 



192 



orne Partie. Statistique appliquée 



distinguait le commerce spécial qu'en ce qui concer- 
nait les marchandises soumises à des droits d'entrée 
— on sait qu'elles sont peu nombreuses — et qui 
avaient été déclarées en consommation. 

A riieure actuelle, on trouve dans la dernière 
section du Supplément to annual statement le moyen 
de faire la distinction entre les marchandises expé- 
diées de chaque pays étranger et des possessions 
britanniques qui sont retenues dans le Royaume-Uni 
et celles qui sont réexportées vers d'autres destina- 
tions. En^d'autres termes, on peut se faire une idée 
du commerce spécial d'importation et ce, pour la 
première fois, à partir de 1906. 

Les exportations se divisent en deux parties : celles 
qui comprennent des produits naturels ou manufac- 
turés du Royaume-Uni et sont désignées sous le nom 
de Spécial exports, et celles qui concernent les produits 
étrangers ou venus des colonies que l'on comprend 
ensemble sous la dénomination de Re-exports, 

230. Allemagne, On distingue en Allemagne le 
commerce général {Gêner alhandel), le commerce 
effectif {gesamt-Eigenhandel) et le commerce spécial 
(Spezialhandel). 

Le commerce général se compose du gesa^nt-Eigen- 
handel et du commerce de transit. Quant au com- 
merce spécial, il comprend : 

a) A l'importation : 

Les marchandises entrant en franchise, directe- 
ment ou avec feuilles de route ; 



Des divisions statistiques du commerce extérieur 193 



2^ Les marchandises entrant en franchise prove- 
nant de districts Hbres, entrepôts et magasins; 

3° Les marchandises introduites pour recevoir 
une main-d'œuvre indigène, pour compte de Tinté- 
rieur, et soumises au contrôle de la douane; 

b) AT exportation : 

Toutes les marchandises sortant en franchise, y 
compris les marchandises de l'intérieur sortant sous 
le contrôle du fisc ; 

2° Les marchandises sortant après avoir subi une 
main-d'œuvre indigène, et placées sous le contrôle 
de la douane. 

La statistique annuelle de l'Empire donne la défi- 
nition suivante du commerce spécial : a Le commerce 
spécial embrasse d'une part les marchandises venant 
de l'étranger et destinées à la consommation sur le 
territoire allemand et, d'autre part, les marchandises 
produites en territoire douanier allemand et dirigées 
sur l'étranger. Il faut ajouter à ces dernières, les 
marchandises étrangères qui, par suite de leur 
passage en franchise en territoire douanier, sont 
assimilées aux marchandises de l'intérieur. » 

l^e gesamt'Eigenhandel embrasse tout le commerce 
d'importation et d'exportation du territoire douanier 
allemand avec l'étranger, à l'exclusion des marchan- 
dises qui ne font que transiter. 

231. Italie, La Statistique comprend deux divi- 
sions : Commerce général et commerce spécial. 

13 



194 



21110 Partie. Statistique appliquée 



Le commerce spécial comprend, à Vimportation : 
a) les marchandises étrangères introduites dans le 
Ro3^aume en consommation, soit qu'elles proviennent 
directement de l'extérieur, soit qu'elles sortent des 
entrepôts, soit enfin qu'elles ne soient pas réexportées 
dans les conditions prescrites après qu'on les a fait 
pénétrer dans le pays en admission temporaire; b) les 
marchandises étrangères qui ont été importées en 
franchise temporaire pour fecevoir une main-d'œuvre; 
c) la soie et les fils de soie réimportés après avoir été 
teints à l'étranger; d) les marchandises nationales 
réintroduites en franchise aux conditions de la loi du 
7 avril 1898 (marchandises envoyées à l'étranger pour 
y subir une main-d'œuvre). A Vexporlation, le com- 
mence spécial comprend : a) les marchandises 
nationales expédiées à l'étranger, soit pour être 
mises immédiatement en consommation, soit en vue 
de toute autre destination; b) les produits étrangers 
qui ont été importés en franchise temporaire et ont 
reçu une main-d'œuvre nationale ; c) la soie grège et 
les fils de soie exportés temporairement pour être 
teints; d) les marchandises nationales exportées 
temporairement pour en tenter la vente et non réin- 
troduites. 

Le transit fait partie du commerce général. 

232. Roumanie, La statistique du commerce exté- 
rieur de la Roumanie ne distingue pas le commerce 
général et le commerce spécial. Elle enregistre à 
l'importation toutes les marchandises qui entrent et 



Des divisions statistiques du commerce extérieur igS 



ne sont pas destinées au transit ou aux entrepôts, 
mais déclarées pour l'exportation; à l'exportation, 
toutes les marchandises nationales ou nationalisées 
qui sortent du pays et pour lesquelles on a fait des 
déclarations d'exportation. C'est donc une véritable 
statistique du commerce spécial. 

» Presque tous les produits enregistrés à l'importation sont 
consommés dans le pays, de très petites quantités sont réex- 
portées ; presque tous les produits enregistrés à l'exportation 
sont indigènes, fort peu d'entre eux sont nationalisés. » [Coin- 
mercml exterior al româniei in IÇ04, p. IX.) Comme il y a une sta- 
tistique spéciale du transit et du commerce d'entrepôt, on 
obtiendrait par l'addition de toutes ces données le chiffre du 
commerce général. 

233. La comparabilité des statistiques commer- " 
ciales souffre de grandes difficultés à raison des 
règles différentes qui sont adoptées dans plusieurs 
pays dont les transactions commerciales ont une 
grande importance. 

Le commerce général n'est pas compté partout de 
la même manière. Tandis que certains pays en cal- 
culent la valeur, d'autres ne l'expriment que sous des 
unités de poids; l'Autriche, l'Allemagne, la Russie et 
la Hollande se trouvent dans ce cas. 

Les admissions temporaires et le transit font en 
général partie du commerce général. Cependant il y 
a des exceptions à signaler : ainsi les Etats-Unis ne 
comprennent pas le transit dans leur commerce, 
l'Angleterre n'en tient compte que pour les marchan- 



196 



onie Partie. Statistique appliquée 



dises transitant avec connaissement, la Suisse ne 
relève pas les admissions temporaires. En ce qui 
concerne ces dernières nous les trouvons évaluées 
tantôt d'après la valeur seulement (Grèce), tantôt 
d'après la quantité seulement (Norvège, Roumanie, 
Espagne, Suède), d'autres fois avec la quantité et la 
valeur (Allemagne, Autriche-Hongrie, Belgique, 
Bulgarie, France, Etats-Unis, Italie). La Russie 
n admet pas les importations temporaires. 

Les divergences sont également nombreuses en ce 
qui concerne le transit. 

234. La signification économique du commerce 
spécial est, en théorie, aussi nette qu'importante. 
Elle s'étend à tout ce que la nation commerçante a 
produit elle-même et exporté à l'étranger d'une part, 
à tout ce qu'elle a fait venir de l'étranger pour sa 
consommation propre d'autre part. 

Cette netteté de classification ne se retrouve mal- 
heureusement pas dans la ^pratique et ce serait 
s'illusionner beaucoup que de croire la trouver dans 
les statistiques. 

La première et la plus importante cause d'inexac- 
titude réside dans ce fait que beaucoup de marchan- 
dises libres de droits sont déclarées pour la consom- 
mation alors qu'elles auraient dû être déclarées pour 
le transit et portées — d'après la règle la plus habi- 
tuellement suivie — au commerce général. 

En confrontant certaines données statistiques 
entre elles, ce fait apparaît d'une façon indubitable. 



Des divisions statistiques du commerce extérieur 197 



COMMERCE DU CAFE 



//// 



^1 / fj^carÂ/Zin // 



En 1904, par exemple, les minières belges produisent 
pour 897,600 francs de minerais, et la statistique 
commerciale nous en fait exporter — en commerce 
spécial — pour 3,128,000 francs! 

Un exemple assez typique de l'influence des droits 
de douane sur la sincérité des déclarations à Timpor- 
tation est le suivant : Timportation du café a suivi en 
Belgique une progression assez lente jusqu'en igo3. 
Les droits de 10 fr. les 100 kilogrammes sur les cafés 
crus ayant été abo- 
lis le 10 février 
1903, les importa- 
tions s'élevèrent 
de 23,523,000 kil. 
à 70,028,000 kil., 
et les exporta- 
tions passèrent de 
173,000 kilogr. 
à 12,758,000 kil. 
L'abolition du 
droit avait permis 
de déclarer encon- 
sommation une 
quantité énorme 
de café qui, aupa- 
ravant, devait être 

déclarée en transit pour éviter le paiement de la taxe. 

Il est vrai que les administrations chargées de la 
statistique commerciale ont coutume de répondre 
à cette critique en disant que leur responsabilité 



^mc Partie. Statistique appliquée 



n'est pas engagée et que c'est par le fait des fausses 
déclarations des exportateurs et des importateurs 
que la statistique commerciale se trouve faussée. 

L'excuse est sans valeur pour tous les produits qui 
sont manifestement d'origine étrangère, ou pour les 
quantités qui excèdent visiblement les facultés de 
production du pays. Aux États-Unis, dans le com- 
merce d'exportation, on distingue les domestic exports 
des foreign exports. 

Il faudrait arriver à généraliser ce système. 

235. D'ailleurs dans certains pays, ce sont les 
classements arrêtés par l'administration qui sont 
vicieux, indépendamment des déclarations des com- 
merçants. 

Le commerce spécial à l'exportation comprend en 
France, « la totalité des marchandises nationales 
exportées et les marchandises origine étrangère qui, 
ayant été admises en franchise ou nationalisées par 
le paiement des droits et se trouvant, par suite, sur 
le marché libre de l'intérieur, sont renvoyées à 
l'étranger ». Il résulte donc nettement de ce qui 
précède qu'une partie du transit — celui des mar- 
chandises étrangères qui sont admises en France en 
exemption définitive des droits — est comprise dans 
les chiffres du commerce spécial d'exportation. 

En Allemagne, après avoir donné la définition 
officielle du commerce spécial d'exportation, l'avant- 
propos du Bulletin anmiel de statistique de l'Empire 



Des divisions statistiques du commerce extérieur 199 



allemand porte : « Il faut ajouter à ces dernières (les 
marchandises produites en territoire douanier alle- 
mand et dirigées vers l'étranger) les marchandises 
étrangères qui, par suite de leur passage en franchise 
en territoire douanier, sont assimilées aux marchan- 
dises de l'intérieur. » C'est la même règle que celle 
adoptée en France; elle entraîne la même consé- 
quence: confondre une partie du commerce de transit 
avec le commerce spécial d'exportation, qui est censé 
représenter l'expansion économique nationale. 

Certains auteurs ont proposé, pour remédier à cet 
état de choses, de punir de peines sévères les décla- 
rations inexactes, même lorsqu'elles s'appliquent à 
des marchandises qui ne sont pas soumises à des 
droits de douane. Le remède est illusoire; déjà cer- 
tains gouvernements dont les statistiques sont 
faussées par des déclarations inexactes, possèdent le 
droit de réprimer cet abus; en France, l'article ig 
de la loi du 16 mai i863 permet de punir d'une amende 
de 100 francs le défaut de déclaration ou le cas de 
fausse déclaration, soit à l'entrée, soit à la sortie, 
même en cas d'exemption de droits. Il est clair que 
si la douane n'applique pas les pénalités, il est inutile 
de promulguer celles-ci. 

Références. — Consultez les importants travaux de Bate- 
MAN, déjà cités, dans le Bulletin de rinstihit international de 
Statistique. — Colletti, op. cit. — Julin, De quoi se compose le 
commerce extérieur de la Belgique, déjà cité ; les travaux du Congrès 
de législation douanière d'Anvers et de Paris; les mémoires pré- 
sentés à la IP Section du Congrès international d'expansion écono- 
mique mondiale (Mons, igoSj renferment aussi de nombreuses 



200 



2"^® Partie. Statistique appliquée 



indications. — Cf. également : Extrads from the Report of the 
Comuiiticc of the British Association appointed to inquireintothe accuracy 
and coynparalility of British and Foreign Statistics of international 
trade (Journal of the royal S tatistical Society of London, t. 67, p. 438). 

CHAPITRE VII 
Des provenances et des destinations 

236. Au point de vue de la politique douanière, la 
question la plus importante qu'envisage la statistique 
commerciale est celle de la provenance et de la des- 
tination des marchandises. Aucune ne devrait être 
réglée d'une manière plus uniforme; or, il en est peu 
où les méthodes suivies présentent tant et de si 
graves divergences. Celles-ci tiennent d'une part à la 
situation insulaire de certains pays, d'autre part au 
conflit de deux principes opposés. La direction des 
échanges commerciaux peut être notée de fac^on 
différente selon que l'on considère, aux importations, 
l'endroit où la marchandise a été produite ou achetée, 
aux exportations, le lieu où elle est vendue ou con- 
sommée. La difficulté s'augmente de cette circons- 
tance que certains pays n'adoptent pas Tune ou l'autre 
de ces méthodes, mais en font un amalgame on ne 
peut plus regrettable. 

Nous avons déjà établi la différence qui existe entre la sta- 
tistique de la production et celle des échanges. La statistique 
commerciale envisage les échanges ; il est donc rationnel 



Des provenances et des destinations 



201 



qu'elle envisage les pays où la marchandise est achetée et 
vendue, plutôt que ceux où elle est produite et consommée. 
Sans doute, il y a souvent confusion entre les deux points de 
vue, mais il n'en est pas moins vrai que la distinction a fré- 
quemment sa raison d'être. 

237. Il existe entre les procédés adoptés par les 
divers pays pour déterminer la provenance et la des- 
tination des marchandises de fréquentes divergences. 
Aussi ne peut-on résoudre la question d'une manière 
uniforme. Il convient d'examiner chaque cas séparé- 
ment. On trouvera, en général, les renseignements 
nécessaires dans les publications statistiques rela- 
tives au commerce. Nous résumons Tétat actuel de 
la question en ce qui concerne les statistiques com- 
merciales de quelques-unes des nations les plus 
importantes au point de vue économique. 

238. Belgique. Il y a lieu de distinguer deux 
périodes. La première s'étend de i83l à 1840. Durant 
ces dix années, on est parti de ce principe que le 
pays de provenance était celui d'où la marchandise 
sortait au moment de son introduction en Belgique, 
même lorsqu'elle provenait en réalité d'une autre 
contrée. Les exportations par terre étaient considé- 
rées comme étant en destination des pays où la 
marchandise entrait en quittant le sol belge. 

D'après les principes suivis, il semblait que la Belgique 
n'eut point de relations commerciales avec certains Etats, la 
Suisse notamment. Si, dans des comparaisons statistiques, on 



202 



2me Partie. Statistique appliquée 



est amené à considérer les années i83i à 1840, on prendra 
garde à ce qui vient d'être dit et l'on exclura ces années de 
la comparaison en ce qui concerne les provenances et 
les destinations. 

239. Cette règle fut abandonnée en 1841. Les 
prescriptions sur la matière furent coordonnées dans 
les instructions sur la statistique commerciale, 
du 20 décembre 1882 (n^ 1820), où nous lisons 
sous le § 3i : (( Les receveurs doivent employer tous 
les moyens en leur pouvoir pour obtenir du commerce 
la déclaration des pays réels de provenance et de 
destination. Ils peuvent puiser d'utiles indications 
sous ce rapport dans les lettres de voiture et autres 
documents qu'ils ont le droit de se faire représenter. 
Toutefois, si le commerce refuse de modifier une 
déclaration, on se borne à renseigner le pays 
déclaré. )) 

240. Cette méthode est encore en usage 
et elle a été précisée dans des instructions que 
nous reproduisons d'après les documents offi- 
ciels : 

Les articles 120 et 148 de la loi générale du 26 août 1822 
imposent aux importateurs et aux exportateurs l'obligation 
d'indiquer dans leurs déclarations la provenance et la destina- 
tion des marchandises. 

La statistique commerciale n'étant pas une statistique de 
production^ mais bien une statistique à' échanges internationaux^ 
ce n'est pas le pays d'origine des marchandises qu'il y a lieu 
d'y indiquer, c'est le pays de provenance. 



Des provenances et des destinations 



2o3 



Le pays d'origine est celui où la marchandise a été produite. 

Le pays de provenance est celui d'où la marchandise a été 
expédiée en destination de la Belgique, soit directement, soit 
en transitant par d'autres pays, même avec changement de 
moyens de transport, mais sans qu'elle ait fait dans ces 
derniers pays l'objet d'une transaction commerciale de 
nature à la nationaliser. C'est le pays expéditeur, le pays 
de provenance, que le commerce est tenu de déclarer 
et que les agents de la douane doivent indiquer dans leurs 
écritures. 

Le pays de provenance peut être en même temps le 
pays d'origine ; c'est ce qui se présente chaque fois que la 
marchandise est un produit du pays d'où elle est expédiée. 

Par exemple, si du coton d'Egypte est expédié d'Alexandrie, 
directement par mer sur le port d'Anvers, cette marchandise 
sera relevée au compte de l'Egypte. C'est encore ce pays que 
l'on doit déclarer si le coton, débarqué à Marseille et chargé 
ensuite sur wagon, est réexpédié en Belgique sans avoir fait 
l'objet en France d'une transaction commerciale de nature à 
nationaliser cette marchandise. Le changement de moyen de 
transport opéré en France ne modifie en aucune façon la nature 
de l'échange, celui-ci étant exclusivement effectué entre 
l'Egypte et la Belgique. Il en serait autrement si le coton, après 
son débarquement à Marseille, y était nationalisé et faisait 
ensuite l'objet d'un échange avec la Belgique. Dans ce cas. 
c'est la France qui deviendrait le pays de provenance que l'im- 
portateur serait tenu d'indiquer dans sa déclaration, et c'est au 
compte de ce pays que la marchandise devrait être portée. 

Les mêmes règles sont à suivre quant à l'exportation. Le 
pays de destination est celui vers lequel la marchandise est 
réellement expédiée, que cette marchandise soit d'origine belge 
ou qu'elle ait été nationalisée. (Tableau du Commerce extérieur de 
la Belgique avec les pays étrangers^ introduction.) 



204 



Partie. Statistique appliquée 



241. L'obligation imposée aux importateurs et 
aux exportateurs d'indiquer dans leur déclarations la 
provenance et la destination des marchandises vient 
des articles 120 et 143 de la loi générale du 
26 août 1822. 

Malgré l'ancienneté de cette prescription, celle-ci 
n'est encore observée et contrôlée que d'une manière 
imparfaite, ainsi qu'il résulte d'un avis publié dans 
le Bulletin mensuel du Commerce spécial de la Bel- 
gique avec les pays étrangers en ce qui concerne les 
principales marchandises : 

La statistique commerciale est formée d'après les éléments 
contenus dans les déclarations d'entrée et de sortie. Or, lors- 
qu'il s'agit de marchandises exemptes de droits, la douane ne 
vérifie, à l'importation, d'une manière détaillée, que l'espèce ; 
elle n'opère qu'un examen sommaire des autres indications des 
déclarations. A défaut d'intérêt fiscal, la vérification des mar- 
chandises exportées sous le couvert de déclarations de libre 
sortie est toujours fort sommaire; quand les produits sont 
emballés, elle est souvent limitée à la reconnaissance des colis. 
On ne pourrait agir autrement, ni dans Pun, ni dans l'autre 
cas, sans occasionner des frais considérables au commerce et 
sans entraver les expéditions. Il en résulte que les inexactitudes 
contenues dans les déclarations faites pour les marchandises 
libres importées et les marchandises exportées sont générale- 
ment reproduites dans la statistique, et ces erreurs sont le fait 
des déclarants eux-mêmes. 

Pour faire disparaître ces défectuosités, l'Administration 
engage les importateurs et les exportateurs à vouloir bien la 
seconder en formant toujours lesdites déclaTations avec exac- 
titude, tant sous le rapport de l'espèce, de la quantité et de la 



Des provenances et des destinations 



2o5 



valeur des produits que de leur provenance et de leur destina- 
tion réelles. 

242. Angleterre. La règle suivie par T Angleterre 
en ce qui concerne l'indication de la provenance et 
de la destination des marchandises peut être résumée 
en disant que la Grande-Bretagne a égard au par- 
cours du navire. Les Trade-Accounts exposent en ces 
termes la méthode adoptée par la statistique com- 
merciale anglaise : 

« Les importations reçues par ce pays sont géné- 
ralement classées comme étant reçues du pays d'où 
elles sont embarquées en destination directe du 
Royaume-Uni. Dans la majorité des cas, le pays 
d'expédition {country of shipment) est aussi le pays 
d'origine ; mais on peut penser que tel n'est pas tou- 
jours le cas et que, dans une plus ou moins- grande 
mesure, des marchandises originaires d'un pays sont 
portées au compte d'un autre pays dans les ports 
duquel elles ont été transbordées ou à travers le ter- 
ritoire duquel elles ont été transportées par rail pour 
être finalement embarquées à destination de l'An- 
gleterre. )) 

La conséquence de cette méthode est que les pays continen- 
taux, qui ne possèdent pas de port de mer, ne sont pas men- 
tionnés dans les statistiques anglaises. De plus, ceux qui, par 
leurs ports de mer, expédient des produits étrangers, paraissent 
faire avec l'Angleterre un commerce plus important qu'ils 
n'ont en réalité ; et les pays qui expédient ainsi leurs marchan- 
dises par des ports situés en dehors de leur territoire, ont, par 



:2o6 2'"^' Partie. Statistique appliquée 



contre, une situation inférieure à celle qu'ils devraient 
avoir. 

243. Les règles suivies par la statistique anglaise 
suscitèrent à plusieurs reprises des réclamations de 
commerçants anglais qui demandaient que désor- 
mais on prit des mesures pour connaître le pays de 
consignation originaire, en cas d'importation. A la 
suite de ces protestations, le Board of Trade nomma 
une commission spéciale {Committee appointed by the 
Board of Trade to consider and report how for any 
change is désirable in the for m- in which the trade 
accounts of the United Kingdom are published as regards 
the countries front which imports are received and to 
which exports are sent) dont nous reproduisons 
ci après les conclusions. (Juillet igo8.) 

La Commission recommande : 

1^ Que lepouvoir législatif oblige les importateurs à déclarer, 
outre l'endroit où les marchandises importées ont été embar- 
quées, les localités où ces marchandises ont été d'abord 
consignées en destination du Royaume-Uni; et qu'il ordonne 
aux exportateurs de déclarer sur leurs spécifications les endroits 
de destination finale des marchandises exportées, tels qu'ils 
les connaissent; 

2° (Omis) ; 

30 Qu'à partir du commencement de l'année 1909, la dispo- 
sition des comptes rendus mensuels du commerce et de la navi- 
gation soit changée de façon à ce qu'ils puissent classer les 
importations d'après les pays où les marchandises ont été 
consignées pour la première fois, au lieu de viser les pays où 
les marchandises se trouvaient embarquées en destination 
directe de l'Angleterre, comme précédemment; et que les 



Des provenances et des destinations 



207 



exportations d'Angleterre soient indiquées d'après le pays de 
destination finale (pour autant qu'on le connaisse) sans avoir 
égard si cette destination finale est un pays continental 
ou non: 
40 (Omis) ; 

5^ Qu'à partir de la publication du « Compte rendu annuel 
du commerce » pour 1908, un volume complémentaire soit 
élaboré et publié montrant les importations dans le Royaume- 
Uni suivant l'ancienne méthode des pays d'embarquement et 
les changements qui auraient été introduits dans les exporta- 
tions si les données avaient continué à être publiées sous la 
forme ancienne ; 

60 Que la préparation et la publication de ces volumes 
supplémentaires soit continuée pendant un laps de six ans, 
c'est-à-dire jusqu'à et y compris igiS, et qu'elles cessent 
ensuite ; 

70 (Omis.) 

244. L'ancienne méthode et la nouvelle conduisent 
à des résultats extrêmement différents. En ce qui 
concerne la Belgique, cette différence est particu- 
lièrement sensible. En effet, le port d'Anvers expédie 
non seulement des produits belges, mais aussi une 
grande quantité de produits allemands, car ce port a 
pour Hinterland une partie du bassin rhénan. De là, 
une diminution notable des transactions allemandes 
avec l'Angleterre et une augmentation factice des 
exportations belges. Tous les pays, d'ailleurs, voient, 
dans une mesure plus ou moins grande, leurs chiffres 
commerciaux se modifier à la suite de l'application 
de la méthode nouvelle. 

C'est ce dont témoignent les chiffres réunis par la Commis- 



20S 



2"^®. Partie. Statistique appliquée 



sion spéciale désignée plus haut (no 248; et que nous repro- 
duisons ci-après : 

Etat comparatif montrant la valeur totale des importations 
dans le Royaume-Uni venant de certains pays au cours de 
l'année 1907, d'après l'ancienne méthode et d'après la 
nouvelle. 









Diminutions oa excé- 




Méthode ancienne 


Méthode nouvelle 


dents par rapport 
à l'ancienne méthode 












Allemagne .... 


37,782,000 


57,i58,ooo 




18,376 000 




36,832,000 


16,073,000 




20,759,000 


Belgique 


28,291,000 


17,499,000 




10,792,000 


France 


52,833,000 


46,334,000 




6,499,000 






8,401,000 


+ 


8,401,000 


Italie 


3,85i,ooo 


6,618,000 


1 

-r 


2,767,000 


Autriche-Hongrie 


1,089,000 


6,796,000 




5,707,000 


Etats-Unis d'Am. 


133,684,000 


134,347,000 


+ 


663,000 




28,029,000 


25,467,000 




2,562,000 



245. France, L'administration envisage à l'entrée 
le pays de la provenance effective actuelle ; à la sortie, 
le pays de la destination effective actuelle. Cette 
règle n'est pourtant pas appliquée lorsque la douane 
est à même de connaître le pays de provenance ini- 
tiale ou le pays de destination finale. En cas de trans- 
port par terre ou par canaux, le pays limitrophe est 
toujours censé être le pays de provenance ou de desti- 
nation. 

246. Allemagne. En vertu de la loi du 7 février 1906, 
est considéré comme pays de provenance le pays du 
territoire duquel l'expédition est faite et, comme pays 
de destination, celui vers lequel les marchandises 
sont expédiées. 



De l'interprétation des Statistiques commerciales 209 



247. Hollande. Pour l'importation par eau, on 
prend comme pays de provenance celui d'où vient le 
bateau important les marchandises d'après Tacte de 
déclaration. Pour l'exportation par mer, on prend 
comme pays de destination celui où va le bateau, à 
moins qu'il ne résulte de la déclaration à la douane 
que les marchandises sont destinées à un autre pays. 
Pour l'importation et l'exportation par terre ou par 
canaux, on considère toujours le pays limitrophe, par 
conséquent la Belgique ou la Prusse, comme pays de 
provenance ou de destination. Les marchandises 
importées de France et celles exportées par chemin 
de fer sont comprises dans les chiffres de la Belgique. 

248. Suisse, Dans ce pays, la statistique commer- 
ciale s'écarte de la règle communément suivie et note 
le pays d'origine (et non de provenance) et le pays de 
consommation (et non de destination) des marchan- 
dises. C'est le seul pays, parmi les Etats industriels 
de l'Europe, qui adopte cette règle. 

Références. — La question des provenances et des desti- 
nations a été traitée par tous les auteurs cités précédemment 
aux travaux desquels il suffira de renvoyer en bloc. Pour 
l'Angleterre, voyez les procès -verbaux de la Commission spé- 
ciale, indiqués au n° 243. 

CHAPITRE VIII 
De rinterprétation des Statistiques commerciales 

249. Les règles générales de Tinterprétation 
(Voir i^® partie, ch. VII, p. gS) trouvent leur applica- 
tion à la statistique commerciale, comme à toute 

14 



2IO 2°^^ Partie. Statistique appliquée 



autre matière. Nous n'avons pas pour but de les exa- 
miner à nouveau, mais il n'est pas sans utilité de rap- 
peler ou d'indiquer quelques-unes des précautions qui 
s'imposent dans le maniement des statistiques du com- 
merce extérieur. Au surplus, on ne peut prévoir toutes 
les questions qui se présentent. Les cas envisagés 
ci-après sont donc purement exemplatifs et ne doivent 
pas être considérés comme une énumération (^). 

250. D'ordinaire, on évalue les progrès commer- 
ciaux d'une nation en se reportant au chiffre de la 
valeur globale des transactions. On ne peut cepen- 
dant, dans tous les cas, affirmer que toute augmen- 
tation des chiffres du commerce corresponde seule- 
ment à une extension des relations commerciales 
C'est qu'en effet, on peut relever une valeur supé- 
rieure pour des quantités inchangées. Il suffit pour 
cela d'une hausse des prix. Aussi est-il prudent de 
faire, en ce qui concerne les chiffres exprimant la 
valeur du commerce, la discrimination entre la part 
qui revient à l'augmentation des quantités échangées 
et celle qui appartient à la hausse des prix. La 
méthode se trouve exposée au n^ 224. 

251. Toute augmentation de valeur n'a pas une 
signification identique. Il convient de distinguer 
dans quelle division du commerce elle se présente. 
C'est pourquoi le commerce général, qui comme son 



(ij Sur ces questions, Cf. le remarquable exposé de Giffen, 
Use of import mid export statistics, déjà cité. 



De l'interprétation des Statistiques commerciales 211 



nom l'indique, embrasse toutes les divisions quel- 
conques, est un mauvais terme de comparaison. Sup- 
posons que le commerce général de deux nations 
augmente de 200 millions pour chacune, mais l'aug- 
mentation enregistrée par la nation A concerne le 
transit; pour la nation B, elle est relative au com- 
merce spécial à l'exportation. Il paraît superflu de faire 
remarquer que les deux cas ne sont pas les mêmes. 

252. Les modifications dans la valeur du com- 
merce peuvent tenir à des causes générales, d'ordre 
politique ou économique, qui n'affectent que momen- 
tanément les transactions commerciales. Ainsi, une 
guerre a pour effet de restreindre l'essor commercial 
de l'un des belligérants ou de tous deux; en même 
temps, elle peut avoir pour conséquence de déve- 
lopper les transactions dans un autre pays. Cer- 
taines nations manufacturières qui importent de 
très grandes quantités de matières premières voient 
parfois le chifi're de leur commerce augmenter ou 
diminuer, simplement à cause de la hausse ou de la 
baisse des produits qu'elles sont forcées d'importer. 

253. L'une des difficultés les plus grandes qui se 
rencontrent dans l'interprétation des statistiques 
commerciales résulte da classement vicieux de 
marchandises importées de l'étranger et qui sont 
considérées, après des manipulations peu nombreuses 
ou peu importantes, comme nationalisées. Nous 
voyons par exemple que la Belgique exporte, en 



212 



orne Partie. Statistique appliquée 



commerce spécial, du café, des épices, du caout- 
chouc, de l'ivoire, etc., que son sol n'a pu produire. 
Encore qu'une certaine main-d'œuvre soit parfois 
incorporée dans ces produits pendant le court séjour 
qu'ils font en Belgique, il semble peu rationnel de les 
mettre sur le même pied que nos exportations de 
machines, d'armes, de dentelles, qui sont vraiment les 
produits de notre industrie. Onrelève d'ailleurs de pa- 
reilles anomalies dans les statistiques de tous les pays. 

254. Les chiffres du commerce extérieur ne 
représentent pas toujours vraiment des acquisitions 
définitives, ni des ventes réelles de produits natio- 
naux. La situation des différents pays est très dis- 
semblable d'après la nature de leur commerce. 
Certains pays doivent importer une grande quantité 
de matières premières; celle-ci est contenue dans les 
exportations qu'ils font et constitue une véritable 
réexportation. Il se pourrait que le chiffre d'affaires 
brut de deux pays fut très dissemblable et qu'après 
déduction des matières premières importées Tégalité 
apparaisse. Geering a fait remarquer, à ce sujet, que 
tous les produits d'un pa3^s sont loin de présenter la 
même importance au point de vue économique ; au 
fond, la valeur des matières premières venues de 
l'étranger ne devrait pas être portée à l'actif écono- 
mique de la nation qui les met en œuvre, 

255. Le tableau ci-contre montre nettement 
combien la situation des différentes nations est dis- 
semblable à cet égard : 



De l'interprétation des Statistiques commerciales 2i3 



Proportions «/o par rapport à la valeur totale 
des importations et des exportations. 



PAYS 


Années 


Animaux vivants 
et objets 
d'alimentation 


Matières 
brutes et produits 
mi-ouvrés 


Produits 
manufacturés 


Import. 


Export. 


Import. 


Export. 


Import. 


Export. 




i 1900 


42. I 


4- 


8 


32.8 


i5.3 


24 


5 


78.6 




1 I9OI 


43. I 


5. 


6 


32. 0 


i3.o 


24 


4 


79.9 


Angleterre. 


) 1902 


42. I 


6. 


0 


32. 0 


12.2 


25 


I 


8o;3 




1903 


42.8 


5. 


6 


32 .0 


i3 


2 


24 


.8 


80.7 




1900 


18.5 


57.4 


5l.2 


38. 


0 


30.3 


4.6 


Russie . . . 


1 I9OI 


20.6 


60. 


8 


5i .3 


34. 


I 


28 


I 


5.1 


Comm, spécS 


1 IQ02 


21.0 


65. 


3 


52.2 


00 


3 


26 


8 


4.4 




1903 


19 8 


63. 


3 


53.3 


01 . 


9 


26 


6 


4.8 


1 


IQOO 

i ^ 


17.4 


18. 


7 


64.6 


20. 


4 


18 


0 


54 8 


France . . . 


iqoi 

1 J. -M. 


17.9 


18. 


6 


64 4 


25 . 


4 


17 


7 


56 0 


Comm. spéc' 


1 IQ02 


18 6 


16. 


7 


63.7 


27 


5 


17.7 


55.8 


i 

1 


1903 


20.0 


i5. 


6 


62. 9 


27 


6 


17 


I 


56 8 


1 


1900 


3o 6 


II . 


2 


48.6 


24. 


I 


20 


8 


64 7 


A llemagne . 


I9OI 


35.0 


10 


2 


45 4 


24. 


5 


19 


6 


65 3 


Comm. spéc.i 


1902 


34.9 


9. 


I 


45 . 5 


24 


9 


19 


6 


66 0 


1 

I 


IQ03 


02 . D 


10. 


2 


47 4 


24 


4 


20 


I 


00 . 4 


1 


IQOO 


26 0 


61. 


5 


45 8 


6 


6 


28 


2 


3i 9 




1 I9OI 


26.5 


65 


2 


42.8 


6. 


4 


3o 


7 


28 4 


États-Unis .< 


1902 


22.8 


63 


4 


45 8 


6 


4 


' 3i 


I 


3o 2 




1903 


21 0 


63. 


3 


47.7 


6 


9 


3i 


3 


29 8 




1900 


27. I 


12.3 


40 4 


10 


7 


32 


5 


77 0 


Suisse . • 


I9OI 


29.2 


12. 


8 


39 6 


II 


0 


3i 


2 


76 2 


Comm. spéc. 


1 1902 


29 9 


i3. 


9 


39 4 


10 


8 


3o 


7 


75.3 


1 


1903 


3o.6 


i3. 


4 


38 I 


10 


8 


3i 


3 


75.8 



214 



^me Partie. Statistique appliquée 



256. Enfin, on n'oubliera pas que toutes les 
rubriques de la statistique commerciale n'offrent 
point le même degré de sécurité, que d'importantes 
différences de méthode existent entre les divers pays, 
que ces méthodes subissent elles-mêmesdes remanie- 
ments , que la composition des rubriques statistiques est 
parfois telle qu'elle ne se prête à aucune comparaison. 

Voici les titres des principales publications officielles rela- 
tives à la Statistique commerciale : 

Allemagne. Statistik des Deutschen Reichs, anwàrtiger Han- 
del des deutschen Zollgebietes. 

Angleterre Annual statement of the trade of the United King- 
dom with foreign countries and British Possessions. 

Autriche' Hongrie. Statistik des Auswàrtigen Handels des 
Œsterreichisch-Ungarischen Zollgebiets . 

Belgique. Tableau général du commerce avec les pays étran- 
gers. 

Chili Estadistica comercial de la Repàblica de Chile. 
Chine. Returas of trade and trade reports, 
Espagne. Estadistica gênerai del commercio exterior de 
Espana. 

États-Unis . The foreign commerce and navigation of the 
United States. 

France. Tableau général du commerce et de la navigation. 
Italie. Movimento commerciale del regno d'Italia. 
Japon. Annual return of the foreign trade of the Empire of 
Japan. 

Norvège. Statistique du commerce de la Norvège. 

Pays-Bas. Statistiek van den in-, uit- en doorvoer. 

Portugal. Commercio en Navigaçao. Estatistica especial. 

Roumanie. Comerciul exterior al României. 

Russie. Aperçu du commerce extérieur de la Russie par les 
frontières d'Europe et d'Asie. 

Serbie. Statistique du commerce extérieur du royaume de 
Serbie 

Suisse. Statistique du commerce de la Suisse avec l'étranger. 



De l'objet et de l'importance de la Stat. des transports 2i5 



2^ Section. Statistique des transports 



CHAPITRE PREMIER 

De l'objet et de Timportance de la Statistique 
des transports 

257. L'économie industrielle et la vie sociale ont 
été profondément modifiées à la suite de l'évolution 
des moyens de transport. La construction des voies 
ferrées, Tamélioration des routes, la substitution gra- 
duelle de la vapeur à la voile dans la navigation mari- 
time, la création de nombreux canaux ont favorisé les 
échanges à l'intérieur et à Textérieur. La statistique 
des transports est liée intimement à celle du com- 
merce international : elle montre, en efïet, quels sont 
les moyens dont nous disposons pour effectuer les 
échanges commerciaux dont nous avons appris à 
connaître la nature, la valeur et la direction. 

258. La valeur d'un instrument de transport, con- 
sidérée indépendamment de son prix de revient, se 
ramène à ces trois éléments : sa capacité, sa rapidité 
et le nombre d'unités de transport dont on dispose. 

La statistique des transports se divise en cinq . 
parties : la navigation au long cours, le cabotage, la 
navigation intérieure, la circulation sur routes et par 



2l6 



2°^® Partie. Statistique appliquée 



chemins de fer. On peut y ajouter la statistique des 
postes et celle de l'émigration si Ton comprend la 
statistique des transports dans un sens très large. 

Nous ne traiterons ici que de la statistique de la 
navigation maritime. 

259. La statistique de la navigation maritime au 
long cours se compose surtout de deux parties : le 
matériel, c'est-à-dire le nombre et le genre de navires 
(à vapeur, à voiles, en bois, en fer) et leur tonnage 
ou capacité ; ce dernier élément peut être considéré 
à différents points de vue, comme on le verra au cha- 
pitre suivant ; — le mouvement, c'est-à-dire le nombre 
de bateaux entrés et sortis, leur provenance et leur 
destination, le poids et la nature des marchandises 
embarquées, le poids des marchandises en rapport 
avec la longueur qu'elles ont parcourue. 

260. La statistique de la navigation intérieure 
comprend la description des canaux et rivières navi- 
gables, le nombre des bateaux et leur capacité, le 
mouvement de la navigation. 

261. La statistique des routes relève le nombre, 
la nature, le poids brut et le poids utile des véhicules. 

262. La statistique des chemins de fer relève les 
longueurs exploitées, Tefifectif et le parcours du 
matériel roulant, le mouvement des voyageurs et des 
marchandises. 



Des unités 



217 



CHAPITRE II 
Des unités 

263. La statistique de la navigation maritime au 
long cours comprend une série d'unités qui servent à 
marquer des situations différentes. Malheureusement 
on en confond généralement le sens, de sorte que les 
déductions qu'on en tire peuvent se trouver erronées. 
Malgré leur aridité, les définitions ci-après ont donc 
une grande importance. 

L'effectif naval est facile à établir. L'unité est le 
navire. On distingue dans cette classe : les navires 
en bois à voiles ; 2^ les navires en bois à vapeur ; 
3^ les navires en fer à voiles ; 4® les navires en fer à 
vapeur. 

264. Les mesures de capacité sont plus difficiles 
à saisir. La capacité d'un navire s'exprime par 
son tonnage. On distingue plusieurs tonneaux de 
mer : 

le tonneau de déplacement qui exprime le poids 
total d'un navire ; il est égal à 1,000 kilogrammes. Un 
cuirassé qui a un déplacement de i5,ooo tonnes pèse 
donc i5 millions de kilogrammes; 

2^ le tonneau de j ange marque le vohime du navire. 
Cette mesure est équivalente à 100 pieds cubes 
anglais, ou 2 mètres cubes 83. Le jaugeage d'un bâti- 
ment est établi en général d'après la méthode Moor- 



2lS 



orne Partie. Statistique appliquée 



som, mais en fait il y a de nombreuses divergences 
dans le mode de calcul ; 

3^^ le tonneau encombrement représente aussi le 
volume mais considère à la fois le poids et la place 
occupée par la marchandise. Ce tonneau représente en 
France, i mètre cube 44 soit un peu plus que la moitié 
de la tonne de jauge; en Angleterre et en Belgique 
I mètre cube i35. On désigne sous le nom de mar- 
chandise légère celle qui pèse moins de 1,000 kilo- 
grammes sous le volume du tonneau, et celui de mar- 
chandise lourde est appliqué à la marchandise pesant 
plus de 1,000 kilogrammes ; 

4^ le tonneau d'affrètement (en anglais : unit) est la 
quantité, généralement évaluée au poids, que Ton 
admet dans le commerce pour un tonneau de cette 
marchandise, au point de vue du paiement du fret; 
ainsi, pour les marchandises lourdes, il est de 
1,000 kilogrammes ou i,oi5 kilogrammes. Pour les 
céréales (mer Noire, Danube) : 



265. L'unité adoptée par la statistique de la cir- 
culation sur routes est le collier^ c'est-à-dire un animal 
de trait attelé à un véhicule quelconque. On distingue 
généralement entre les diverses catégories de voi- 
tures en leur assignant à chacune un coefficient difïé- 



Blés, maïs de 
Seigles. 
Graines de lin 
Orges . 



i,oi5 kilog. 
i,o65 )) 

983 )) 
929 )) 



etc. 



Des unités 



219 



rent. Le tonnage brut correspond au poids de la 
marchandise et du véhicule; le tonnage net om utile 
comprend les choses transportées seulement. 

266. Dans la statistique des chemins de fer l'unité 
est le voyageur ou la tonne (de 1,000 kilogrammes) 
pour les marchandises. 

L'importance d'une ligne de chemin de fer ne peut 
se mesurer d'une manière satisfaisante par le nombre 
de tonnes transportées. Soit une ligne de loo kilo- 
mètres de longueur; on enregistre 10,000 tonnes de 
marchandises ayant parcouru une section de 10 kilo- 
mètres, 10,000 tonnes ayant effectué 5o kilomètres, 
10,000 tonnes transportées à 100 kilomètres ; le total 
forme 3o,ooo tonnes, mais le poids doit être mis en 
rapport avec la distance parcourue. De là, les unités 
suivantes : 

le tonnage absolu ou effectif qui représente simple- 
ment le total des tonnes mises en circulation ; 

le tonnage kilométrique (ramené au parcours d'un 
kilomètre) qui consiste dans le produit du tonnage 
effectif par la distance parcourue ; (10,000 t. X 10 k.; 
10,000 t. X 5o k. ; 10,000 t. X 100 k.) ; 

le tonnage moyen (ramené à la distance entière) qui 
s'obtient en divisant le tonnage kilométrique par la 



le parcours moyen d'une tonne, qui résulte de la 
division du tonnage kilométrique par le tonnage 



longueur de la voie parcourue ; 



100,000 1. +500, 000 1. 4-1 .000,000 1. 




220 



2me Partie. Statistique appliquée 



CHAPITRE III 
Du tonnage brut et du tonnage net 

267. En 1873, une conférence diplomatique inter- 
nationale réunie à Constantinople pour préciser le 
sens du mot tonnage, a donné de ce mot la défini- 
tion suivante : le tonnage brut {gross Tonnage) doit 
comprendre la mesure exacte de tous les espaces, 
sans aucune exception, situé sous le pont {zipper- 
deck), de même que de tous les espaces couverts 
et clos d'une manière permanente situés sur ce pont. 

Cette définition catégorique n'a pu être acceptée 
intégralement; ainsi^ en Angleterre, on ne comprend 
pas dans le tonnage brut les espaces occupés au 
dessus du pont par les tambours des roues, les con- 
densateurs, l'espace réservé pour éclairer et aérer la 
chambre des chaudières et des machines, etc. La 
France, l'Italie, et la Compagnie du canal de Suez 
opèrent aussi des déductions spéciales. 

268. Le tonnage net ou register tonnage est calculé 
en déduisant du volume du tonnage brut certains 
espaces qui sont notamment ceux occupés par le 
logement de Téquipage. Mais ces déductions ne sont 
pas les mêmes dans tous les pays. Comme, d'un 
accord universel, les taxes et droits sur la navigation 
sont perçus d'après le tonnage net, l'armateur et les 
constructeurs ont un intérêt considérable à savoir 



Du tonnage brut et du tonnage net 



221 



comment se calcule le tonnage net des navires qu'ils 
destinent à faire le commerce avec un pays déterminé. 

269. L'espace occupé par les moyens de propul- 
sion étant déterminé, on admet en Angleterre que la 
déduction à opérer de ce chef représente pour les 
navires à hélice 32 p* c, pour les navires à roues 
37 p. c. du tonnage brut, lorsque le tonnage de la 
machine à vapeur et de ses accessoires représente 
lui-même de i3 à 20 p. c. du tonnage brut des navires 
à hélice et 20 à 3o p. c. du même tonnage pour les 
navires à roues. 

Si le tonnage de la machine à vapeur représente 
une proportion plus élevée ou plus basse que celle 
indiquée ci-dessus, la déduction peut être de i fois 
3/4 ce tonnage s'il s'agit de navires à hélice, i fois 1/2 
en cas de navires à roues. 

270. La règle admise par l'administration du 
canal de Suez est double : on peut déduire l'espace 
réellement occupé par la machine et ses accessoires, 
ou l'on peut opérer la déduction d'après la règle 
danubienne : celle-ci consiste à déduire l'espace 
occupé par la machine et en outre à déduire 75 p. c. 
de cet espace pour les navires à hélice, ou 5o p. c. 
pour les navires à roues. 

Il est à remarquer que ces divergences qui ont une 
grande importance pour l'armateur ne présentent 
qu'un intérêt assez minime au point de vue statistique : 
d'une part, elles sont toujours les mêmes pour un 



222 2"^^ Partie. Statistique appliquée 



pays donné, d'autre part elles ne peuvent exercer une 
influence sur le tonnage comparé entre plusieurs pays 
qu'à la condition qu'il s'agisse de lignes de naviga- 
tion régulière, sans changement de régime. 

CHAPITRE IV 

Des provenances, des destinations et du 
chargement des bateaux 

271, Dans la plupart des pays, on note avec soin 
la destination des navires qui viennent à quitter les 
ports nationaux et la provenance de ceux qui y 
entrent. On a réussi à éliminer les doubles emplois 
qui résultaient des arrêts dans les ports d'escale. Au 
point de vue international il y a par contre de nom- 
breuses erreurs à relever. 

272'. La statistique de la navigation en Belgique, 
relève de la manière suivante les renseignements 
relatifs aux provenances et destinations. 

Services réguliers. Le pays de provenance est le 
pays auquel appartient le port que ce service relie en 
premier lieu au port belge. — Le pays de destination 
est celui auquel appartient le dernier port étranger 
relié au port belge. 

Navigation irrégiilière. Le pays de provenance est 
le pays du port où le navire a pris son premier char- 
gement en destination de la Belgique. Le pays de 
destination est le pays du port où doivent être 
déchargées les marchandises provenant du port belge. 



Des provenances, etc., des bateaux 



223 



273. D'une manière très générale, les comparai- 
sons que l'on établit entre le mouvement des ports 
sont basées sur le nombre de tonnes de jauge, mais 
cette mesure de capacité est insuffisante à exprimer le 
mouvement commercial, les bateaux pouvant navi- 
guer avec tous les degrés de chargement. Le tonnage 
de jauge ne peut convenir comme mesure du trafic 
commercial international. Il faut nécessairement 
recou]*ir à l'unité de poids lorsqu'elle peut être déter- 
minée. 

Références. — Sur la question de la statistique des trans- 
ports maritimes, voir les excellents travaux de Kiaér, à l'Institut 
international de Statistique et notamment : Sur les moyens d'uni- 
fier les systèmes de jaugeage des navires dans les différents pays, loc. cit., 
t. IV, livr. II, p. 104: Rapport fait au nom du comité du jaugeage des 
navires, eod., t. VI, livr. I, p. 284; Sur quelques défauts importants 
des statistiques du mouvement de la navigation, t. VI, livr. I, 
p. 240; Rapport fait au nom du Comité pour la statistique de la navi- 
gation maritime, t. VIII, livr. I, p. 17. — Voir aussi 
Salvesex, Aperçu sommaire des di férences les plus importantes relatives 
à l'application du système international de jaugeage dans les divers pays, 
t. VI, livr. L p. 236. — Vauthier, Mémoire sur la nécessité 
d'établir des hases uniformes pour la statistique inter)iationale du trafic 
maritime, t IV, livr. II, p. 184. — Pour la statistique des 
transports à Tintérieur. que nous n'avons fait qu'indiquer, on 
peut consulter les mémoires de Borbowsky, Cheyssox, Adams, 
RiEBENACH et Taland, parus dans les tomes IV, VI, VIII, IX, 
XI, XII du Bulleti]i de l'Institut international de Statistique. Sur la 
question des transports maritimes, voyez aussi Owen : Ton- 
nage and Freehoard of MercJiant ships, Glasgow, Brown and 
Son, 1906. 



224 Partie. Statistique appliquée 



C. — STATlSTiaUE DES PRIX 



CHAPITRE PREMIER 

De l'objet et de Timportance de la Statistique 
des prix 

274. Le prix est Texpression concrète de la 
valeur d'échange, en monnaie. Au fond, la statistique 
des prix n'est donc autre chose qu'une statistique des 
valeurs; elle exprime des rapports de valeur entre 
un certain nombre de choses nécessaires ou utiles à 
la vie. Elle aura donc une portée d'autant plus grande 
qu'elle comprendra un plus grand nombre d'articles 
dont la possession ou la consommation nous est 
indispensable. 

Lorsqu'on exprime les variations du salaire réel en tenant 
compte des modifications de prix d'un article unique ou d'un 
petit nombre de marchandises, on commet une erreur, car il 
importe peu, sous le rapport social, de connaître les oscil- 
lations de prix d'une denrée unique ; ce n'est que l'ensemble 
des prix qui est intéressant à consulter. 

275. L'objet de la statistique des prix peut être 
défini comme suit : 

déterminer le prix d'une chose donnée, de 
manière à pouvoir en noter les modifications; 



De l'objet et de Timportance de la Statistique des prix 225 



2^ combiner des moyennes de prix, de façon à 
montrer les changements d'une période à l'autre; 

3° grouper les prix d'un grand nombre d'articles 
de sorte que l'on puisse observer les mouvements 
des prix considérés en masse ; 

4^ recherc'her les causes des modifications qui 
s'observent dans les prix. 

276. Il est utile et nécessaire de relever les chan- 
gements des prix pour les raisons suivantes : 

a) Au point de vue général : si l'on veut apprécier, 
au point de vue économique, une situation passée 
par rapport à la situation actuelle, il est indispen- 
sable d'être au courant des variations des prix; par 
exemple, le pouvoir d'acquisition du salaire, des 
traitements et revenus fixes, etc. — Le commerce et 
l'industrie sont atteints, parfois d'une façon désas- 
treuse, par les changements des prix; il importe donc, 
pour l'histoire économique, de connaître ceux-ci. — 
La statistique commerciale est souvent éclairée d'un 
jour nouveau quand on l'interprète en tenant compte 
des modifications survenues dans le prix des choses. 

b) Au point de vue particulier : le commerçant, 
l'homme d'affaires peuvent puiser d'utiles indications 
dans les listes de prix lorsque celles-ci ont une 
portée générale; les modifications qui se remarquent 
dans les prix d'un article déterminé montrent les 
fluctuations du coût de production; elles peuvent 
être suivies avantageusement par les producteurs de 
cet article et ceux qui en font le commerce. 

15 



226 



orne Partie. Statistique appliquée 



277. On peut distinguer dans la statistique des 
prix, le groupe des prix de détail et celui des prix 
de gros. Ce dernier seul intéresse le commerçant, 
aussi ne nous occuperons-nous que de lui, exclusive- 
ment. Nous nous bornerons à faire observer, au sujet 
des prix de détail, que cette matière trouve son utilité 
dans certaines études d'économie sociale. Elle n'a pu 
se dégager entièrement jusqu'à présent de certaines 
méthodes empiriques et elle présente des difficultés 
spéciales à cause du défaut de comparabilité de ses 
données (^). 

CHAPITRE II 
Généralités sur les « Index-Numbers » 

278. Le problème qu'on se propose de résoudre 
au moyen de la statistique des prix est de noter 
exactement les prix d'une série d'objets bien déter- 
minés et d'observer les modifications de ces prix. 
Le problème paraît simple, mais il ne l'est pas, en 



(1) Il n'entre pas dans notre programme de donner la biblio- 
graphie de la question des prix de détail. On trouvera des 
indications à ce sujet dans un article du Jotirnal of the Royal 
Statistical Society , de Londres, t. 65, p. 685 : The investigation of 
y etail priées, par G. -H. Wood, avec de nombreuses références 
sur les sources. — Voyez aussi de Fo ville, Enquête sur les 
prix de détail [Bulletin du Comité des travaux historiques et scienti- 
fiques, Paris, 1887, p. 34-101). 



Généralités sur les « Index-Numbers w 



227 



réalité Les Index-Niimbers sont rinstrument de cette 
recherche. Considérée sous son aspect le plus 
général, la méthode des Index-Numbers est une 
application des pourcentages, c'est-à-dire que pour 
rendre plus sensibles et plus facilement perceptibles 
les variations de plusieurs nombres, on les compare 
à un chiffre pris comme base et ramené à l'unité. 
Voici, par exemple, les variations du prix du blé en 
Angleterre, données par Sauerbeck : 



Il y a de nombreuses difficultés à vaincre dans l'observation 
des prix. Où ces prix doivent-ils être notés? Dans une ville ou 
dans plusieurs? A quelle époque de l'année? Que fera-t-on si, 
un même jour, plusieurs prix sont admis? Comment combinera- 
t-on les moyennes ? etc. 

La méthode des /^t/^A;-A/'em&^;'s, une fois le prix connu, est 
commode, parce qu'elle nous montre, d'un seul coup d'œil, 
l'amplitude des variations des prix. 

279. Dans la méthode des Index-Numbers on 
compare donc des moyennes entre elles, après avoir 
ramené à 100, ou à 1,000, la moyenne des prix 
adoptée pour base. Mais la question qui se pose 
immédiatement est de savoir quel est le genre de 
moyennes qui doit être adopté. Est-ce la moyenne 
arithmétique simple, ou la moyenne composée, ou la 
moyenne géométrique, ou la médiane? 



s. d. 

Moyenne 1867-77 54.6 

— i855 74.8 

— 1898 34.0 



100 



137 
62 



228 2"'^ Partie. Statistique appliquée 



Toutes les méthodes ont été employées, défendues par de 
bons arguments et attaquées par des raisons qui ne semblent 
pas moins bonnes. Ainsi, Stanley Jevons s'est fait le champion 
de la moyenne géométrique dans ses Investigations in Currency 
and Finance (p. 23). — Au contraire, Laspeyres a défendu le sys- 
tème de la moyenne arithmétique. — Padan a réfuté Stanley 
Jevons dans son article Priées and Index-Numbers, publié dans 
le Journal of Political Economy^ mars 1900. — Bowley et Edge- 
woRTH se sont, à leur tour, prononcés en faveur de la moyenne 
géométrique qui, d'après eux, aurait pour effet de neutraliser 
les nombres les plus forts et qui aurait pour avantage particu- 
lier de rendre le résultat final indépendant de l'année choisie 
pour base. — Walsh [The measurement of gênerai e^change value, 
1901), qui a fait une étude détaillée du problème, se prononce 
aussi en faveur de la moyenne géométrique. Ces divergences 
ne doivent pas nous conduire au scepticisme; en réalité, 
chaque méthode a son bon et son mauvais côté et tout dépend 
des circonstances; ce sont elles qui doivent nous guider dans 
le choix de la méthode. 

280. Les différents systèmes donnent en pratique 
des résultats sensiblement égaux. Il semble plus 
important de faire en sorte que les moyennes com- 
prennent un grand nombre de termes, relevés dans 
de bonnes conditions, que de combiner avec minutie 
les poids dont chaque donnée sera affectée. Bien 
que la Commission spéciale constituée au sein de 
la (( British Association for the advancement of 
Science » ait préconisé l'emploi des moyennes pon- 
dérées, il lui a fallu reconnaître que les divers modes 
de calcul ne paraissent pas donner des résultats trop 
éloignés les uns des autres. En travaillant par 



Généralités sur les « Index-Numbers » 



229 



diverses méthodes sur les mêmes chiffres, on obtient 
en effet ce qui suit : 





1885 


1873 


MODE DE CALCUL 


2 1 articles 
communs à la 
commission 
et à 
M. Sauerbeck 


45 articles 
de 

M. Sauerbeck 


21 articles 
communs à la 

commission 
et à 
\l. Sauerbeck 


45 articles 
de 

M. Sauerbeck 


Moyenne arithmé- 
tique simple 


70 


74 


no. 5 


III 


Moyenne pondé- 
rée de la commis- 
sion 


70.6 


— 


ii5 


— 


Moyenne pondé- 
rée de M Sauer- 
beck. 


73 


72.5 


ii5 


Il5.2 


Moyenne géomé- 
trique ajustée de 
Stanle}^ Jevons 


69 


— 


— 


— 


Médiane simple 


72 


72 


108 


109 


Médiane ajustée 
d'après la quan- 
tité 


72 




108 




Médiane ajustée 
d'après un prin- 
cipe arbitraire 


69.5 


72 







281. Voici quelques indications pratiques rela- 
tives à la manière de construire les Index-Numbers. 
Nous prenons les difïérentes opérations dans Tordre 
où elles se présentent logiquement. 



23o 



2"ie Partie. Statistique appliquée 



a) Il convient de déterminer, en premier lieu, les 
marchandises dont on veut relever les prix. Elles 
seront : i° suffisamment nombreuses pour que, de 
leur masse, on puisse tirer une conclusion sur le 
mouvement des prix en général ; 2^ elles ne seront 
pas h'op nombreuses, car alors les difficultés augmen- 
teraient au point d'être insurmontables ; 3° elles 
seront importantes, c'est-à dire qu'on choisira de pré- 
férence celles qui font l'objet de transactions consi- 
dérables et jouent un rôle réel dans la vie sociale ; 

b) On arrête ensuite le choix des. années à consi- 
dérer comme base : on ne prend jamais une seule 
année, mais bien la moyenne de plusieurs années 
{Economist ^ 5 années; Sauerbeck 10 années); 
2^ autant que possible, on évitera de choisir des 
années de baisse ou de hausse des prix caractérisées; 

c) On recherche les prix des marchandises choi- 
sies, pendant les années prises comme point de com- 
paraison. Les prix obtenus pour chaque marchandise 
sont notés sur un tableau spécial ; 

d) Les prix des années de base sont chacun rame- 
nés à 100. Pour obtenir ce qu'on appelle VIndex 
général, on additionne toutes les données relatives 
à chaque marchandise. Il en résulte que le grand 
total est égal au nombre de marchandises considé- 
rées, multiplié par 100 {Economist recense 22 mar- 
chandises, son grand total =. 22 X 100 = 2,200); 

é) Pour chacune des années qui suivent les années 
de base, on relève les prix de chaque marchandise; 



Généralités sur les « Index-Numbers « 23 1 



on les compare aux chiffres notés pour la période de 
base et on exprime en pour cent le rapport entre les 
deux chiffres. L'ensemble des proportions ainsi trou- 
vées forme un nouveau grand total relatif à l'année 
observée; 

/) Pour faciliter la comparaison, le grand total 
est exprimé lui-même en pour cent, l'année de base 
étant égale à loo. 

Exemple : Sauerbeck a pour total de sa période 
de base le chiffre de 4,5oo; en 1892, il obtient 3,071. 

^ 1 3,071 X 100 ^- 
On a donc ^ ' ^ — — 68. 
4,500 

. g) Dans plusieurs Index on forme des groupes 
d'après les divisions naturelles des marchandises et 
l'on constitue un Index spécial pour chacun de ces 
groupes ; leur réunion forme Vhtdex général de 
l'année. 

282. Les Index commerciaux ont été l'objet de 
critiques assez acerbes. Quelques auteurs modernes 
se montrent très sévères à leur égard ; en Angleterre 
et aux Etats-Unis, ce système, au contraire, jouit 
d'une grande considération. 

On reproche aux Index : 1° d'opérer des sélections 
arbitraires de marchandises. U Economist en adopte 
22, Sauerbeck 45, Soetbeer va jusqu'à 114, etc. Pour- 
quoi ? 2^ de mettre sur le même pied des produits qui 
ont une importance très différente. Ainsi, dans V In- 
dex de VEconomist l'indigo et le blé comptent chacun 
pour un vingt-deuxième. 



232 



Partie. Statistique appliquée 



283. C'est pour répondre à la seconde objection 
que l'on s'est efforcé de déterminer des poids 
variables d'après Timportance de chaque marchan- 
dise. La British Association a même cru pouvoir 
adopter un tableau de ces poids; nous le reproduisons 
ci-après, d'après Bowley, sous toutes réserves : 

Basis of Index=Nuinber 1888. 





Estimated 








Expenditure 


Hence 




ARTICLES 


per Annum 
en each. 

000,000 's 
omitted. 


Weights 
assigned 


Price to be taken from 



Wheat , . 
Barley. . . 
Oats . . . 
Potatoes, rice 
Meat . . . 



Cheese, butter, 

milk 
Sugar . 
Tea . 
Eeer . 
Spirits. 
Wine . 
Tobacco 
Cotton. 
Vs'ool . 
Silk . 
Leather 
Coal . 
Iron . 
Copper 
Lead, zinc, tin 
Timber 
Petroleum 
Indigo 
Flax and linseed 
Palm oil . . 
Caoutchouc . 



£ 60 
30 
50 
50 
100 

20 



60 
30 
20 

100 
40 
10 
10 
20 
30 
20 
10 

100 
50 
25 
25 
30 
5 
5 

10 
5 
5 



> 20 



1/2 I 



7 1/2 

2 T/2 
2 1/2 I 

9 

2 1/2 I 
I 
2 
2 



1/2, 
1/2 
2 1/2 I 
2 1/2 i 
2 1/2 , 
10 

2 1/2 ' 
21/2, 
3 



20 



> 10 



Gazette average, English wheat. 
» » barley. 

» ♦» oats. 

Av. import price, " potatoes. 
Market quotations, live meat. 

B. of T. Ret. ; aver. per cwt. 
landed. 

Cheese and butter, average im- 
port price. 
Av. import price, refined sugar. 
» » tea. 



export 
import 



export 



beer. 

spirits. 

wine. 

tobacco. 

cotton. 

wool. 

raw silk. 

hides. 

coal. 



Market price, Scotch pig iron. 
Av. import price, copper ore. 

♦» w lead ore. 

Average import price. 



Généralités sur les a Index-Numbers » 



233 



284. Différents systèmes ont été préconisés pour 
déterminer le poids dont chaque marchandise devrait 
être affectée, de façon que les variations de prix n'in- 
terviennent dans le total que dans la mesure de Tim- 
portance même du produit qu'ils concernent. Nous 
examinerons brièvement les principales méthodes 
proposées. 

I. Méthode de Roland P. Falkner, — Le statisticien 
américain Falkner a proposé d'assigner à chaque 
marchandise un coefficient proportionnel à l'impor- 
tance qu'elle présente dans les budgets ouvriers. La 
base adoptée pour le calcul des coefficients est la col- 
lection des budgets ouvriers groupés par le Btireaii 
of Labor des Etats-Unis dans son septième rapport. 
Il est à remarquer que beaucoup de produits ne sont 
pas consommés dans les familles ouvrières, ou sont 
englobés dans les dépenses de telle manière qu'on ne 
peut savoir quel est le pourcentage qu'on devrait 
leur attribuer. Cette méthode a un caractère plus 
(( social » que commercial et économique. 

IL Méthode française des valeurs en douane, — 
Cette méthode consiste dans le calcul des valeurs 
d'une année par les prix d'une autre année. De Fo- 
ville a très bien expliqué le système suivi : 

En France, j'ai montré, il y a déjà longtemps (1879), que 
l'on peut construire à peu de frais un bon baromètre commer- 
cial au moyen des publications annuelles de la Direction 
générale des douanes. Rappelons que, pour convertir en 
argent et totaliser ainsi les quantités de marchandises (nombres, 
poids, volumes...) dont ses agents ont constaté l'entrée ou la 



234 2"^^ Partie. Statistique appliquée 



sortie, la douane applique d'abord les derniers prix connus, 
c'est-à-dire ceux de la précédente année et que plus tard, 
aussitôt après la session de la Commission permanente des 
valeurs, elle substitue les prix vrais aux prix antérieurs. 
Exemple : nos importations et exportations de igoS (commerce 
spécial) ont d'abord été évaluées à 4,674 et 4,762 millions de 
francs, au moyen des prix de 1904; puis à 4,779 et 4,867 mil- 
lions avec les prix de igo5 ; soit en plus io5 millions à l'im- 
portation et io5 aussi à l'exportation. Cela revient à dire que 
les prix de toutes les marchandises, pris collectivement et en 
tenant compte du rôle inégal qui leur échoit dans nos échanges 
internationaux, avaient, de 1904 à igoS, augmenté de 2.25 p. c. 
d'un côté et 2.2 p. c. de l'autre. 

L'échelle des prix se construit ainsi d'elle-même, échelon par 
échelon. La large base et la formation quasi automatique de 
notre double Index, ainsi organisé, expliquent le regret qu'ont 
plus d'une fois exprimé les statisticiens allemands et anglais de 
ne pouvoir nous emprunter une si complaisante formule. 

Un mode de comparaison non moins rapide, mais moins 
sûr, consisterait à calculer, chaque année, au moyen des 
statistiques douanières, la valeur moyenne de la tonne de 
marchandise, soit importée, soit exportée. J'ai autrefois (1879) 
appliqué ce procédé à la France. Plus récemment (1890), 
Sir Ravv^son Rawson en a fait l'application au Royaume-Uni ('). 

III. Méthode du R. Inglis Palgrave. — Cet auteur 
part du principe que chaque article doit présenter 
une importance égale à celle qu'il occupe dans la vie 
économique, au point de vue de la co7îsommation. La 
consommation d'une marchandise est égale au chiffre 
de la production, augmenté de celui de l'importation 
et diminué du chiffre de l'exportation. On calcule 



(^) A. DE FoviLLE, La Monnaie. Paris, Lecofïre, 1907, p i83. 



Des « Index-Numbers » en particulier 



235 



ensuite le pourcentage de chaque article par rapport 
au total. Reprenant enfin V Index-Numbers de V Econo- 
miste Palgrave multiplie le chiffre de V Index par le 
coefficient obtenu ; la réduction se fait enfin par la 
règle de trois. 

CHAPITRE III 
Des (( Index=Nunibers » en particulier 

285. U Index-Numbers du journal a The Econo- 
mist )). Le journal anglais The Economist publie chaque 
semaine une liste des prix ayant cours dans le com- 
merce, prix qui sont fournis, pour chaque article, 
par une ou plusieurs maisons de commerce de 
Londres ou de Manchester. 

Ces chiffres furent utilisés une première fois par 
Tooke et Newmarch dans leur Histoire des prix. 
Ils le furent, une seconde fois, par Newmarch 
et furent publiés en 1864 par The Economist, la 
moyenne des prix des années i845-i85o étant prise 
comme base et égale à 100. The Economist continué 
cette publication qui fut faite par les soins de New- 
march jusqu'en 1880, et depuis cette date par ceux 
de la Direction du journal. Cet Index comprend 
22 marchandises qui interviennent chacune avec le 
même poids dans le résultat final. 

286. Ces marchandises sont par espèces : le café, 
le sucre, le thé, le tabac, le grain, la viande, la soie, 
le lin, le chanvre, la laine, l'indigo, les huiles, le bois. 



236 



2"^^ Partie. Statistique appliquée 



le suif, le cuir, le cuivre, le fer, le plomb, Tétain, le 
coton brut, les fils de coton et les tissus de coton. 
Plusieurs de ces marchandises sont cotées en deux 
ou trois espèces, de sorte que le nombre total des 
quotations est égal à 47. 

287. Chaque année, The Economist publie son 
IndeX'Numbers à la suite d'un article intitulé « Com- 
mercial history and review of... » 

Le dernier en date que nous ayions pu consulter 
est publié à la suite du n° du 20 février 1909, p. 49. 



DATES 


Total des 
quotations 


.2 

£ 


DATES 


Total des 
quotations 


.2 

fi 0 
0 


1845-1850 


2.200 


100 


1845-1850 


2 200 


100 


1857 


jer juillet 


2.996 


136 


1900 i^^^ janvier 


2.145 


97-5 


1870 


ler janvier 


2.689 


122 


1901 id. 


2. 126 


96.6 


1880 


id. 


2.538 


115 


1902 id 


1.948 


88.5 


1890 


id. 


2.236 


102 


1903 id. 


2.003 


91 


1894 


id. 


2.082 


95 


1904 id. 


2.197 


99.8 


1895 


id. 


1.923 


87 


1905 id. 


2.136 


97.1 


1896 


id. 


1.999 


91 


1906 id. 


2.342 


106 4 


T897 


id. 


1.950 


89 


1907 id. 


2.499 


113. 6 


1898 


id. 


1.890 


86 


1908 id. 


2.310 


105 


1899 


id. 


1.9x8 


87 


1909 id. 


2.197 


99.9 



288. IndeX'Numbers de M. Inglis Palgrave. Les 
données qui figurent dans le tableau dressé par The 
Economist contribuent, chacune pour une partie égale, 
à former la moyenne générale. Cependant, il paraît 
absurde d'attribuer la même importance à Tindigo et 



Des (( Index-Numbers >i en particulier 287 



au blé. M. Inglis Palgrave a déterminé le degré 
relatif d'importance de chaque marchandise d'après 
la consommation, en calculant le total de la produc- 
tion et des importations et en déduisant le montant 
des exportations. Cet Index couvre les années 
i865 à i885, la moyenne des années i865 à 1869 
étant prise comme égale à 100. (C/r. n^ 284, III.) 



289. En comparant V Index de M. Palgrave avec 
celui de The Economist, on a d'après Falkner, le 
tableau suivant : 



ANNÉES 


Mouvement des prix selon 


ANNÉES 


Mouvement des prix selon 


The 
Economist 


M. Inglis 
Palgrave 


The 
Economist 


M. Inglis 
Palgrave 


1865-1869 


2.200 


100 


2.200 


100 


1865-1869 


2.200 


100 


2 200 


100 


1870 


1-995 


91 


t. 975 


90 


1878 


1 .910 


87 


2.081 


95 


1871 


1.981 


90 


2.046 


93 


1879 


I 676 


76 


1.805 


82 


1872 


2. 132 


97 


2 197 


TOO 


1880 


T. 918 


87 


T. 967 


89 


1^73 


2.237 


102 


2 298 


104 


1881 


1.782 


81 


2.054 


93 


1874 


2.207 


too 


2.378 


ro8 


1882 


1.830 


83 


1 .908 


87 


1875 


2.098 


95 


2 125 


97 


1883 


1-755 


80 


1.924 


88 


1876 


2.044 


93 


T.T86 


99 


1884 


1 .660 


75 


1.750 


80 


1877 


2.064 


94 


2.205 


100 


1885 


1.550 


70 


1.669 


76 



290. Index-Numbers de M. Sauerbeck. Un négo- 
ciant londonnien, M. Aug. Sauerbeck, est Fauteur 
d'un Index bien connu, dont la publication se 
continue chaque année. Les denrées pour lesquelles 
les données sont régulièrement recueillies sont au 
nombre de 46. Les années qui servent de point de 



238 



2me Partie. Statistique appliquée 



comparaison sont 1866-77, dont la moyenne est prise 
comme égale à 100. Pour les premières années, les 
prix viennent des journaux commerciaux; plus tard, 
ils furent recueillis directement par M. Sauerbeck, 
auprès de firmes importantes. La moyenne arithmé- 
tique simple est employée pour la formation de ces 
tables; celles-ci sont publiées chaque année dans le 
Journal of the Royal Statistical Society . 



1867-77 = 100 





Produits alimentaires 


Matières 


premières 


Total 




















Années 




CD 






S 












OJ 


Viand 
etc. 


Sucre 
café, t: 


Total 


Minéra 


Textil. 


Divers 


Total 


général 


T889 


65 


86 


75 


75 


75 


70 


68 


70 


72 


1890 


65 


82 


70 


73 


80 


66 


69 


71 


72 


189T 


75 


8t 


?I 


77 


76 


59 


69 


68 


72 


1892 


65 


84 


69 


73 


71 


57 


67 


65 


68 


1S93 


59 


^5 


75 


72 


68 


59 


68 


65 


68 


1894 


55 


80 


65 


66 


64 


53 


64 


60 


63 


1895 


54 


7^ 


62 


64 


62 


52 


65 


60 


62 


1896 


53 


73 


59 


62 


63 


54 


63 


60 


61 


1897 


60 


79 


52 


65 


66 


51 


62 


59 


62 


1898 


67 


77 


51 


68 


70 


51 


63 
65 


61 


64 


1899 


60 


79 


53 


65 


92 


58 


70 


68 


1900 


62 


85 


54 


69 


108 


66 


71 


80 


75 


I9OI 


62 


85 


46 


67 


89 


60 


71 


72 


70 


1902 


63 


87 


41 


67 


82 


61 


71 


71 


69 


1903 


62 


84 


44 


66 


82 


66 


69 


72 


69 


1904 


63 


83 


50 


68 


81 


71 


67 


72 


70 


1905 


63 


87 


52 


69 


87 


72 


68 


75 


72 


1906 


62 


89 


46 


69 


lOT 


80 


74 


83 


77 


1907 


69 


88 


48 


72 


107 


77 


78 


86 


80 


1908 


70 


89 


48 


72 


89 


62 


73 


74 


73 



291. IndeX'Numbers du Soetbeer. La série de 
prix la plus complète qui ait été publiée en Europe 
est celle formée par le Bureau de statistique commer- 



Des « Index-Numbers » en particulier 



ciale de Hambourg. Le Adolf Soetbeer Ta utilisée 
pour la formation d'une table d'Index qui date de 
1886. M. Soetbeer a fait choix d'environ une centaine 
des denrées les plus importantes, dont les prix étaient 
relevés à Hambourg; il y ajouta d'autres prix dont 
les éléments furent choisis à Hambourg et en Angle- 
terre; au total: 114. Les années 1847-50 forment l'unité 
de base et les données couvrent les années i85i-go. 
U IndeX'Numhers du Soetbeer est basé sur la 
moyenne arithmétique simple. Les calculs sont 
poussés à la deuxième décimale. 

1847=50 ^ 100.00 







PRODUITS 




ANNÉES 


Agricoles 


Animaux 


Tropicaux 


des Indes 


Minéraux | 


Textiles 


Divers 


Anglais 


Total de 
114 articl 


1851-1 


^55 


129.99 


114.79 


110.43 


110.97 


107.03 


105.20 


106.65 


98.47 


112.22 


1856-1 


I60 


131.84 


132.31 


134-72 


122.61 


113 59 


107.12 


£08.21 


102.41 


120.91 


1861-1 


565 


124.46 


128.24 


114.13 


118.64 


102.11 


131.83 


144.33 


127.56 


123.59 


1866-1 


370 


137-74 


136.35 


121.54 


118.32 


95-47 


129.17 


105. ço 


130.55 


123.57 


jSyi-i^ 


^75 


144.90 


Î54-57 


13^-50 


130.72 


1 T 6.90 


117.17 


114.98 


126.44 


133.29 


1876-1^ 


58o 


138.12 


146.76 


138.91 


126.38 


94-35 


102.33 


96.79 


111 .70 


123.07 


1881-1 


585 


130.77 


150-65 


134-41 


119 91 


8.T.55 


96.65 


91. Il 


103.28 


117.68 


1886-1 


3qo 


101.07 


130.64 


126.10 


117-32 


76.13 


84.86 


8i.6ç 


95.88 


104.46 



292. C'est sur la même base, connue communé- 
ment sous le nom de Prix de Hambourg, que sont 
établis deux autres Index-Ntimbers que nous ne 
citons que pour mémoire : celui du Franz Kral, 



240 2"^^ Partie. Statistique appliquée 



qui comprend 255 articles (1871 = 100) et celui du 
professeur Conrad, de Halle, de 3i8 articles, 
(1837 = 100). 

On peut encore citer les recherches du Bureau de 
statistique prussien qui a donné les prix de 17 articles 
de consommation courante (exclusivement alimen- 
taires) sur i55 marchés locaux en Prusse, et les 
études de l'Office Impérial de statistique allemand 
qui embrassent les prix de 37 articles recueillis sur 
3o marchés principaux répartis sur le territoire de 
l'Empire. 

293. Enfin, parmi les recherches les plus 
récentes, on doit noter celles instituées en 1902 par 
le Bureau de statistique du Department of Labor des 
États-Unis. Le nombre de marchandises dont les 
prix sont observés a été de 25 1 au début et de 259 
à l'époque actuelle. La base est constituée par la 
moyenne des prix de 189099. L'ensemble des prix 
se divise en 9 groupes : produits de la ferme 16 
articles; nourriture 53; vêtement 76; chauffage et 
éclairage i3; métaux et outillage 38; bois et 
matériaux de construction 27; produits chi- 
miques 9; objets d'ameublement 14; divers i3 ; 
total : 259. 



Des « Index-Numbers » en particulier ,241 



Voici les chiffres les plus récents d'après le 
Bulletin of the Bureau of Labor, 81, mars igog, 
p, 209 : 



1890=1899 = 100.0 





Produits bruts 


Produits manufacturés 


Tous produits réunis 






.2 'S 




S ^ 




C (U 


ANNÉES 












0 

1-2 


Prix 

7o 




Prix 


-ti 00 c 


Prix 

% 




/o d'augmei 
en igc 
sur chaque 
précédei 


7o d'augmei 
en iço 
sur chaque 
précède 


"j.d'augmer 
en igo 
sur chaque 
précède 


1890 


115.0 


9.1 


112. 3 


8.8 


112.9 


8.8 


189T 


116. 3 


7-9 


II0.6 


10.5 


111.7 


9.9 


1892 


107.9 


16.3 


105.6 


157 


106.1 


15.7 


^^93 


104.4 


20.2 


105.9 


15 4 


105.6 


16.3 


1894 


93.2 


34-7 


96.8 


26.2 


96.1 


27.8 


1895 


91.7 


36.9 


94.0 


30.0 


93.6 


31. 2 


1896 


84.0 


49.4 


91.9 


330 


90.4 


35.8 


1897 


87.6 


43.3 


90.1 


35.6 


89.7 


36.9 


1898 


94.0 


33.5 


93.3 


31.0 


93.4 


31.5 


1899 


105.9 


18.5 


100.7 


21.4 


101.7 


20.7 


1900 


III .9 


12.2 


110.2 


10.9 


110.5 


II. 1 


1901 


III. 4 


12.7 


107.8 


Ï3-4 


108.5 


13.2 


1902 


122.4 


2.5 


110.6 


10.5 


112.9 


8.8 


1903 


122.7 


2.3 


III. 5 


9.6 


113.6 


8.1 


1904 


119. 7 


4.8 


HT. 3 


9.8 


113.0 


8.7 


1905 


121. 2 


3.5 


114. 6 


6.6 


115.9 


6.0 


1906 


126.5 


—0.8 


I2T.6 


0.5 


122.5 


0.2 


1907 


133.4 


—5-9 


128.6 


—5.0 


129.5 


—5.2 


1908 


125.5 




122.2 




122.8 





Références. — Sur la question des Index-Numhers, il 
existe une très nombreuse littérature dont on peut consulter 
avec fruit les ouvrages ci après : Stanley Jevons, Investi- 
gations in Currency and Finance^ 18S4. — E. Laspeyres, Ham- 
burger Waarenpreise (Jahr.f. Nat. undStat.), 1864. — H. Paasciie, 
Studien ûber die Natur der Geldentwerthung, 1878 — S Bournk, 
On Index-Numbers, rapports présentés à la British Association 
en 1886, 1889 et 1890. — de Foville, Le mouvement des prix 
dans le commerce extérieur de la France, dans V Economiste français 
de 1879 et de" 1882. — Edgewortii, voir ses travaux dans le 



16 



242 2'"- Partie. Statistique appliquée 



Journal of the Royal Statistical Society et à la Bvitish Association. — 
Falkner, Report of Finance Committee^ of Senat^ 52^ Congrès, 
2^ session, n° 1894 (iSgS) ; Bulletin ofthe Bureau ofLabor : course 
of K'JioIesale priées , iSço to içoS, n° 63, mars 1906, Washing- 
ton, 1906. — Mayo-Smith, Statistics and Economies ^ 1899. — Bow- 
LEY, Eléments (déjà cité). — Walsh (déjà cité). — Lawrence 
Laughlin, llte principles of Money, 1903, remarquable exposé 
avec une bibliographie très complète. 



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